Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2201350

mardi 11 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2201350
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantBOUDJELLAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête, un mémoire et des mémoires en production de pièces, enregistrés le 30 mars 2022, le 6 avril 2022, le 23 août 2022, le 24 août 2022 et le 29 août 2022, ainsi qu'un mémoire en production de pièce enregistré le 23 septembre 2022 qui n'a pas été communiqué, M. C B, représenté A Me Boudjellal, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 mars 2022 A lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que s'agissant de l'ensemble des décisions :

- elles sont insuffisamment motivées et particulièrement la décision de ne pas accorder un délai supérieur à trente jours ;

- elles n'ont pas été adoptées à la suite d'un examen personnalisé de sa situation alors notamment que sa demande de séjour au titre du travail et au titre de l'admission exceptionnelle n'ont pas été examinées et qu'il est ostracisé A sa famille en Algérie ;

- elles méconnaissent les stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles procèdent d'une erreur manifeste d'appréciation.

A un mémoire en défense, enregistrés le 19 août 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés A M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision A laquelle le président de la formation de jugement a décidé de dispenser la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Deflinne, premier conseiller.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né le 20 novembre 1996, est, selon ses dires, entré sur le territoire français le 5 janvier 2021. Il a déposé une demande d'asile le 14 avril 2021, qui a été rejetée A l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 27 mai 2021 et A la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 2 septembre 2021. Il a déposé une demande d'admission au séjour le 27 décembre 2021 au titre du 2 de l'article 6 et du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien. A décision du 15 mars 2022, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer le titre sollicité et a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours aux motifs que M. B n'était pas entré en France de façon régulière et était dépourvu de visa, que la communauté de vie avec son épouse était récente, que son séjour en France était récent, qu'il n'établissait pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résidaient son frère et ses parents qu'il ne remplissait aucune des conditions permettant la délivrance de plein droit d'un titre, que sa situation personnelle ne permettait pas de considérer qu'il serait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, que sa situation ne contrevenait pas aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et que rien ne s'opposait à ce qu'il fût obligé de quitter le territoire français. M. B demande l'annulation de ces décisions.

2. En premier lieu, les décisions attaquées, qui contrairement à ce que soutient le requérant font bien état de la demande présentée au titre du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et n'avaient pas à se prononcer sur l'éventualité d'une admission exceptionnelle lorsque, comme c'est le cas en l'espèce, elle n'avait pas été sollicitée, comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ces décisions, prises après un examen particulier de la situation de M. B A le préfet de la Seine-Maritime, sont donc suffisamment motivées.

3. En deuxième lieu, M. B n'a pas présenté de demande de séjour au titre du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 mais seulement au titre du 2 de l'article 6 et du b) de l'article 7 de cet accord. A suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien est inopérant.

4. En dernier lieu, M. B, qui serait entré sur le territoire français le 5 janvier 2021, soutient que le centre de ses intérêts privés et familiaux est en France et qu'il est ostracisé A sa famille en Algérie. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé, marié le 4 septembre 2021, n'était entré en France que moins d'une année auparavant, à l'âge de vingt-cinq ans, après avoir toujours vécu dans son pays d'origine où résident son frère et ses parents. Il ne justifie ni du rejet familial dont il fait état, ni d'une insertion particulière dans la société française. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de l'intéressé en France, il n'est pas établi que la décision en litige du préfet de la Seine-Maritime du 15 mars 2022 ait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et qu'elle aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision contestée n'est, en tout état de cause, pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 mars 2022 A lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi. A voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public A mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.

Le rapporteur,

Signé

T. DEFLINNE

Le président,

Signé

P. MINNE

Le greffier,

Signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY