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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2201441

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2201441

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2201441
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantSUXE HERVE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 avril 2022, M. B C et Mme G C, représentés par Me Suxe, demandent au tribunal :

1°) d'annuler le permis de construire n°PC 76575 21 00047 délivré par le maire de la commune de Saint-Etienne-du-Rouvray à M. F A, pour l'édification d'un garage et clôture ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Etienne-du-Rouvray une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision accordant un permis de construire à M. A a été signée par une autorité incompétente ;

- le permis de construire est intervenu au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que les services intéressés n'ont pas été consultés préalablement à sa délivrance, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-4 du code de l'urbanisme ;

- le dossier de demande de permis de construire était insuffisamment précis au regard des dispositions des articles R. 431-8 à R. 431-10 du code de l'urbanisme pour apprécier l'insertion du projet dans son environnement ;

- il méconnait les dispositions de l'article 3.2 et 4.1.6 UBA1 du plan local d'urbanisme intercommunal de la métropole de Rouen Normandie.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 février 2023, la commune de Saint-Etienne-du-Rouvray, représentée par son maire en exercice, conclut à titre principal au rejet de la requête et à titre subsidiaire, à ce que le tribunal sursoie à statuer sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le règlement du plan local d'urbanisme de la métropole Rouen Normandie ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Duff, conseiller,

- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique,

- et les observations de Me Suxe, pour M. et Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté non daté notifié le 23 juillet 2021, le maire de la commune de Saint-Etienne-du-Rouvray a délivré à M. F A un permis de construire n° PC 76575 21 00047 pour l'édification d'un garage et d'une clôture en limite de propriété sur un terrain d'assiette situé 49, rue Paul Bert, situé sur le territoire de la commune, et cadastré section BV n°273. Par leur requête, M. et Mme C, voisins immédiats de ce terrain, demandent l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la compétence du signataire de l'arrêté attaqué :

2. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté en litige a été signé par M. E D, 2e adjoint au maire de la commune de Saint-Etienne-du-Rouvray, chargé des affaires foncières et de l'urbanisme municipal, qui dispose d'une délégation en vertu d'un arrêté du 28 mai 2020, transmis à la préfecture et régulièrement affiché le 3 juin 2020, en matière d'urbanisme, notamment en ce qui concerne " l'instruction, la délivrance et signature des autorisations d'urbanisme ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire du permis de construire doit être écarté.

En ce qui concerne l'absence de consultation préalable :

3. Aux termes de l'article L. 422-4 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour statuer sur les demandes de permis ou sur les déclarations recueille l'accord ou l'avis des autorités ou commissions compétentes, notamment dans les cas prévus au chapitre V du titre II du présent livre. ". Aux termes de l'article R. 423-50 du même code : " L'autorité compétente recueille auprès des personnes publiques, services ou commissions intéressés par le projet, les accords, avis ou décisions prévus par les lois ou règlements en vigueur. ".

4. Contrairement à ce que font valoir les requérants, le projet de construction contesté n'entre dans aucune des catégories prévues par la loi ou le règlement comme nécessitant une consultation préalable. Dès lors, le moyen soulevé à ce titre ne pourra qu'être écarté.

En ce qui concerne le dossier de demande de permis de construire :

5. Aux termes de l'article R. 431-7 du code de l'urbanisme : " Sont joints à la demande de permis de construire : a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; b) Le projet architectural défini par l'article L. 431-2 et comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 431-8 à R. 431-12 ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".

6. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

7. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que le plan de situation comporte, de manière lisible, les noms des rues permettant de localiser le projet, d'autre part, que la demande de permis de construire comporte bien les plans des façades et de la toiture du garage, le plan de coupe, le document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet ainsi qu'une photographie de l'environnement proche et une autre de l'environnement lointain. Il en résulte que, contrairement à ce que soutiennent les requérants, l'ensemble des documents énumérés au présent point permettait au service instructeur d'apprécier le projet dans son environnement, y compris par rapport à la construction voisine de M. et de Mme C, ainsi que son impact visuel. Par suite, le moyen tiré du caractère insuffisant du dossier de demande de permis de construire doit être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance des dispositions de l'article 3.2 applicable à la zone UBA 1 du plan local d'urbanisme relatif à l'implantation des constructions :

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 3.2 applicable à la zone UBA1 du règlement du plan local d'urbanisme de la métropole Rouen Normandie : " Implantation des constructions par rapport aux limites séparatives. / Dans la bande de constructibilité renforcée. / " Dans une bande de 15 m comptée perpendiculairement depuis l'alignement, les constructions peuvent s'implanter sur les limites séparatives. / En cas de retrait, elles doivent observer une distance au moins égale à la moitié de la hauteur de la construction, avec un minimum de 3 m vis-à-vis de la limite séparative (soit L=H/2 et = 3 m) (..) ". Il résulte des dispositions précitées que, lorsque le projet s'insère dans la bande de constructibilité renforcée, le pétitionnaire peut l'implanter soit sur les limites séparatives, soit en retrait de celles-ci, avec dans cette dernière hypothèse des règles de recul minimal.

9. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier du plan de masse, que le projet de construction, situé dans la bande de constructibilité renforcée des 15 mètres, est implanté en limite séparative latérale Est, et observe un recul de trois mètres par rapport à la rue. Les requérants ne peuvent, par suite, utilement contester le permis accordé, en se prévalant des règles, inapplicables à l'espèce, relatives aux constructions situées au-delà de la bande de constructibilité limitée. Le moyen invoqué tiré de l'illégalité de la construction en ce qu'elle dépasserait la hauteur du point le plus haut du mur de clôture existant ne peut, par suite, qu'être écarté comme étant inopérant.

En ce qui concerne la méconnaissance des dispositions de l'article 4.1.6 applicable à la zone UBA1 du plan local d'urbanisme relatif aux clôtures :

10. Aux termes de l'article 4.1.6 du règlement du livre 2 du plan local d'urbanisme de la métropole Rouen Normandie applicable à la zone UBA 1 : " Les clôtures doivent respecter les conditions prévues à l'article 4.1.6 de la section 5 du Livre 1 : Dispositions communes applicables à toutes les zones. Ces conditions sont complétées par les dispositions suivantes : () Le long des autres emprises publiques et des limites séparatives, la hauteur maximale des clôtures autorisées est de 1,8 m ".

11. Cependant, l'article 4.1.6 " Clôtures " du livre 1 des dispositions communes du règlement du plan local d'urbanisme de la métropole Rouen Normandie prévoit des " règles alternatives " permettant d'adapter le dispositif de clôture au contexte urbain dans un certain nombre de cas et ainsi de déroger aux dispositions prévues dans les règlements de zone. Ainsi, en application de cet article " Des dispositions différentes de celles proposées dans les règlements de zones peuvent être autorisées ou imposées pour adapter le dispositif de clôture au contexte urbain dans les cas suivants : / () - pour des raisons architecturales, de sécurité ou de protection acoustique et visuelle contre des nuisances liées à la présence d'entreprises () il pourra être dérogé à la hauteur maximale dans la limite de 3 m ".

12. Il est constant que la hauteur de la clôture en litige en limite séparative Est de la parcelle des pétitionnaires, est de 2,70 mètres dans la continuité de la façade du garage. Pour justifier cette dérogation la commune de Saint-Etienne-du-Rouvray fait valoir qu'il a été décidé pour des raisons architecturales, afin d'assurer la continuité de la construction projetée et ainsi maintenir une cohérence d'ensemble, de déroger à la règle de hauteur maximale, comme le permettent, dans un tel cas, les dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme. Au vu de la configuration des lieux, le maire de la commune de Saint-Etienne-du-Rouvray a pu, conformément aux dispositions précitées, autoriser, à titre dérogatoire, la construction d'un mur de clôture de plus de 1,80 mètre de haut, dans la continuité du garage construit en limite séparative. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4.1.6 du règlement applicable à la zone UBA 1 doit, par suite, être écarté.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de la présente requête.

Sur les frais d'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Saint-Etienne-du-Rouvray, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, verse la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C, à M. A, et à la commune de Saint-Etienne-du-Rouvray.

Délibéré après l'audience du 3 octobre, à laquelle siégeaient :

Mme Bailly, présidente,

M. Le Duff, premier conseiller, Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

Le rapporteur,

V. Le Duff

La présidente,

P. BaillyLa greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

ah

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