jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2201610 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3 ème Chambre |
| Avocat requérant | EDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 avril 2022, Mme G A, représentée par la SELARL EDEN Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 8 février 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de l'admettre au séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour d'un an mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; subsidiairement, de lui enjoindre de réexaminer sa situation sous un mois et de lui délivrer sans délai, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour, sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme A soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'erreur de droit ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er juillet 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés sont infondés.
Vu :
- la décision d'admission à l'aide juridictionnelle totale du 23 mars 2022 ;
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller ;
- et les observations de Me Madeline, pour Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme G A, ressortissante ougandaise née en 1987, est entrée en France, via la Belgique, le 2 novembre 2014, accompagnée de son compagnon et de leur fille, tous deux de nationalité française. L'intéressée a bénéficié, jusqu'en juillet 2021, de titres de séjour en qualité de parent d'enfant français. Séparée de son compagnon, elle s'est vue opposer, le 8 février 2022, un refus de renouvellement de son titre de séjour, dont elle demande l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, est la mère d'une fille de nationalité française prénommée C, née le 12 décembre 2013 de sa relation avec M. D F, ressortissant français. Le lien de filiation, pas plus que la nationalité de l'enfant, ne sont contestés, par l'administration, en défense. En outre, la jeune C, âgée de huit ans, à la date d'adoption de la décision litigieuse, réside sur le territoire national depuis l'âge d'un an et y a suivi toute sa scolarité. Il est, enfin, établi par les pièces versées aux débats, que l'enfant et sa mère, ainsi que le jeune E, né en France, le 12 mars 2020, d'une autre union, résident chez M. B F, grand-père de la jeune C, circonstance de nature à révéler l'existence de liens affectifs d'une particulière intensité. Dans ces conditions, en opposant à la mère de l'enfant le refus de séjour en litige, le préfet de la Seine-Maritime a lésé l'intérêt supérieur de la jeune C et ce, nonobstant la circonstance que la décision n'emporte pas, par elle-même, de séparation entre l'enfant et sa mère. Il suit de là, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant refus de séjour que celle-ci doit être annulée.
Sur l'injonction :
4. Eu égard au motif d'annulation énoncé ci-dessus, le présent jugement implique nécessairement la délivrance à Mme A d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de l'intéressée. Ainsi, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, ou au préfet compétent au regard du lieu de résidence actuel de la requérante, d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
5. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que la SELARL Eden Avocats, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à cette SELARL de la somme de 1 000 euros.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 8 février 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Maritime, ou au préfet compétent au regard du lieu de résidence actuel de la requérante, de délivrer à Mme A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à la SELARL Eden Avocats une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que cette SELARL renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme G A, à la SELARL Eden Avocats et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Gaillard, présidente,
M. Bouvet, premier conseiller,
M. Mulot, premier conseiller,
Assistés de M. Tostivint, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
Le rapporteur,
signé
C. BOUVET
La présidente,
signé
A. GAILLARDLe greffier,
signé
H. TOSTIVINT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Signé
S. Combes
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