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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2201692

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2201692

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2201692
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantTSARANAZY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 avril 2022 et un mémoire complémentaire enregistré le 4 mai 2022, M. G C, représenté par Me Tsaranazy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour " sur le fondement de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ", à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- n'a pas été précédée d'une saisine de la commission du titre de séjour ;

- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;

- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les articles 3 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

L'obligation de quitter le territoire français :

- est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- est illégale " pour les mêmes motifs que précédemment ", s'agissant de la légalité externe ;

La décision fixant le pays de renvoi :

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est illégale pour " les mêmes motifs que précédemment sur la légalité externe de l'obligation de quitter le territoire français ".

Par un mémoire en défense enregistré le 13 juin 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Par un courrier en date du 26 août 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français contenue dans l'arrêté contesté, à les supposer formées, au motif que cette décision n'existe pas.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte européenne des droits fondamentaux ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, le rapport de M. Bouvet, premier conseiller, a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. M. G C, ressortissant turc né le 17 juin 1985, déclare être entré sur le territoire national le 26 juillet 2011 muni d'un visa long séjour. Le 3 janvier 2022, il a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté contesté du 17 mars 2022, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour, a obligé le requérant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué :

2. Par arrêté n°22-003 du 23 février 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, Mme F E, sous-préfète du Havre, a reçu délégation du préfet de la Seine-Maritime, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans l'arrondissement du Havre, à l'exception d'actes expressément listés, parmi lesquels ne figurent pas les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne le refus de séjour :

3. En premier lieu, par les pièces qu'il produit, M. C n'établit pas qu'il résidait en France depuis dix ans à la date d'adoption de la décision en litige. En outre, ainsi qu'il sera exposé infra, le requérant ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit. Par suite, le préfet n'était nullement tenu de saisir la commission du titre de séjour pour avis, préalablement à l'édiction de l'acte attaqué. Le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie par l'autorité préfectorale doit dès lors être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. C avant de lui opposer le refus de séjour litigieux.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

6. M. C a déposé une demande de titre de séjour en qualité de salarié, sur le fondement de l'article L. 435-1 précité. L'intéressé verse aux débats trois bulletins de salaire établis par l'EURL " Gusto di Pablo " au sein de laquelle il est employé polyvalent, au titre du mois de décembre 2021 et des mois de janvier et février 2022. Toutefois, ces éléments ne suffisent pas à justifier d'une insertion professionnelle stable. Si l'arrêté litigieux fait cependant référence au fait que l'intéressé travaille dans la restauration depuis 2015 et dispose d'un contrat à durée indéterminée depuis juin 2021, ces circonstances ne sont, en tout état de cause, pas de nature à caractériser des circonstances humanitaires ni des motifs exceptionnels tel que prévu par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit donc être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

8. M. C fait valoir qu'il est père d'une fille de nationalité française prénommée D, issue de son union avec Mme A B, ressortissante française dont il est aujourd'hui divorcé. Toutefois, l'intéressé ne fournit aucun élément de nature à démontrer qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de cet enfant, la jeune D n'étant pas même évoquée dans sa demande de titre de séjour, pas plus qu'il n'allègue entretenir de liens avec elle. La circonstance que la Cour d'Appel de Nancy ait, dans un arrêt du 18 mars 2016, d'une part, rétabli son autorité parentale, qui avait été accordée de façon exclusive à Mme B, par le tribunal judiciaire de Nancy en 2015, en raison du désintérêt du père pour l'enfant, et, d'autre part, fixé sa part contributive à la somme de 100 euros par mois, n'est, en tout état de cause, pas de nature à démontrer cette contribution, en l'absence de toute preuve de versements correspondants. Dans ces conditions, l'intérêt supérieur de la jeune D ne saurait être tenu pour lésé par la décision litigieuse. Si M. C peut se prévaloir d'une insertion professionnelle, ainsi qu'il a été dit au point n°6, cette circonstance ne suffit pas à caractériser l'existence d'une vie privée et familiale intense et stable en France. L'intéressé ne justifie d'aucun motif exceptionnel ou circonstance humanitaire de nature à permettre son admission exceptionnelle au séjour. Enfin, M. C n'est pas dépourvu d'attaches personnelles ou familiales en Turquie, où demeurent toujours ses parents, selon les indications portées par le requérant lui-même dans sa demande de titre de séjour. Au regard de l'ensemble de ces éléments, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les moyens tirés de la méconnaissance des articles 3 et 9 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, le refus de séjour opposé à M. C n'étant pas illégal, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. En second lieu, l'autorité administrative n'est tenue de saisir la commission du titre de séjour que dans des cas, déterminés par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où elle envisage de refuser la délivrance ou de retirer certains titres de séjours. En l'espèce, pour les motifs exposés précédemment, le préfet n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de refuser d'admettre M. C au séjour. En tout état de cause, l'intéressé ne peut utilement se prévaloir du défaut de saisine de cette commission au soutien de sa demande tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, ce moyen doit être écarté en tant qu'il est inopérant.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire français opposée à M. C n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision fixant son pays de renvoi.

12. En second lieu, l'autorité administrative n'est tenue de saisir la commission du titre de séjour que dans des cas, déterminés par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où elle envisage de refuser la délivrance ou de retirer certains titres de séjours. En l'espèce, pour les motifs exposés précédemment, le préfet n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de refuser d'admettre M. C au séjour. En tout état de cause, l'intéressé ne peut utilement se prévaloir du défaut de saisine de cette commission au soutien de sa demande tendant à l'annulation de la décision fixant son pays de renvoi. Par suite, ce moyen doit être écarté en tant qu'il est inopérant.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté du 17 mars 2022 du préfet de la Seine-Maritime. Sa requête doit dès lors être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G C et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Bouvet, premier conseiller,

M. Mulot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.

Le rapporteur,

C. BOUVET

La présidente,

A. GAILLARD

La greffière,

A. HUSSEIN

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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