jeudi 30 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2201712 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP THEMIS AVOCATS & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 25 avril 2022 et 7 mai 2024, M. A B, représenté par Me Ciaudo, membre de l'AARPI Thémis, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 509,10 euros, assortie des intérêts au taux légal, eux-mêmes capitalisés, correspondant au reliquat de salaires qu'il estime lui être dû au titre de son emploi occupé en atelier de production entre les mois de juin à octobre 2021 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les dispositions des articles 717-3 et D. 432-1 du code de procédure pénale et de l'article R. 381-105 du code de la sécurité sociale ont été méconnues dès lors qu'il n'a pas perçu une rémunération brute en pourcentage du SMIC horaire applicable et que les cotisations salariales sont prises en charge par l'administration ;
- le reliquat de salaires dû s'élève à 509,10 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 février 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il fait valoir qu'il a versé à M. B une somme de 444,41 euros, correspondant au reliquat de salaires non perçu, en tenant compte de la contribution sociale généralisée et de la contribution au remboursement de la dette sociale, auxquelles il est assujetti en vertu de l'article R. 381-105 du code de la sécurité sociale.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 22 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'ordonnance n° 96-50 du 24 janvier 1996 ;
- le décret n° 2020-1598 du 16 décembre 2020 ;
- l'arrêté du 27 septembre 2021 relatif au relèvement du salaire minimum de croissance ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Cotraud, premier conseiller,
- et les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique,
Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Alors qu'il était détenu au centre pénitentiaire du Havre, M. A B a été affecté sur un emploi d'opérateur/contrôleur en atelier de production du mois de juin au mois d'octobre 2021. Par courrier du 25 novembre 2021, M. B a demandé au garde des sceaux, ministre de la justice, que lui soit versé le reliquat de salaires non perçus pour cette période en raison de l'absence de prise en compte de l'augmentation du SMIC. Par un courrier du 14 février 2022, le ministre de la justice l'a informé de son accord pour lui verser une somme de 444,41 au titre de ce reliquat. M. B sollicite toutefois, au même titre, une somme de 509,10 euros.
Sur les conclusions tendant au versement du reliquat de salaires :
2. D'une part, aux termes de l'article 717-3 du code de procédure pénale applicable au litige : " () / La rémunération du travail des personnes détenues ne peut être inférieure à un taux horaire fixé par décret et indexé sur le salaire minimum de croissance défini à l'article L. 3231-2 du code du travail. Ce taux peut varier en fonction du régime sous lequel les personnes détenues sont employées ". Par ailleurs, aux termes de l'article D. 432-1 du même code applicable au litige : " Hors les cas visés à la seconde phrase du troisième alinéa de l'article 717-3, la rémunération du travail effectué au sein des établissements pénitentiaires par les personnes détenues ne peut être inférieure au taux horaire suivant : / 45 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance pour les activités de production ; () ". Aux termes de l'article D. 433-4 dudit code applicable au litige : " () / Ces rémunérations sont soumises à cotisations patronales et ouvrières selon les modalités fixées, pour les assurances maladie, maternité et vieillesse, par les articles R. 381-97 à R. 381-109 du code de la sécurité sociale. () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 381-99 du code de la sécurité sociale : " Le taux de la cotisation d'assurance maladie et maternité sur les rémunérations versées aux détenus est fixé à 4,20 % du montant brut de ces rémunérations. Cette cotisation est à la charge de l'employeur. () ". S'agissant de l'assurance vieillesse, l'article R. 381-104 de ce même code prévoit que : " Les cotisations, salariale et patronale, sont fixées au taux de droit commun du régime général. Elles sont assises sur le total des rémunérations brutes des détenus ". En application de l'article D. 242-4 dudit code applicable au litige, la part salariale du taux de cotisation des assurances vieillesse et veuvage est fixée à compter du 1er janvier 2017, à 6,90 % de la rémunération dans la limite du plafond prévu au premier alinéa de l'article L. 241-3 et à 0,40 % sur la totalité de la rémunération. Enfin, aux termes de l'article R. 381-05 de ce même code : " Lorsque le travail est effectué pour le compte de l'administration et rémunéré sur les crédits affectés au fonctionnement des services généraux, les cotisations, salariale et patronale, sont intégralement prises en charge par l'administration. En outre, elles sont assises sur un montant forfaitaire établi par mois et égal au salaire minimum de croissance en vigueur au 1er janvier de l'année et calculé sur la base de 67 heures ".
4. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que, lorsque le travail est effectué au titre des services généraux de l'établissement pénitentiaire, tant la cotisation pour l'assurance maladie et maternité que les cotisations, salariales et patronales, pour l'assurance vieillesse sont prises en charge par l'employeur. En revanche, lorsque le travail est effectué au titre d'une activité dite de production, seule la cotisation d'assurance maladie et maternité et la cotisation patronale pour l'assurance vieillesse sont prises en charge par l'employeur, à l'exclusion de la cotisation salariale pour l'assurance vieillesse qui reste à la charge de la personne détenue.
5. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 136-1 du code de la sécurité sociale : " Il est institué une contribution sociale sur les revenus d'activité et sur les revenus de remplacement à laquelle sont assujettis : / 1° Les personnes physiques qui sont à la fois considérées comme domiciliées en France pour l'établissement de l'impôt sur le revenu et à la charge, à quelque titre que ce soit, d'un régime obligatoire français d'assurance maladie ; () ". Aux termes de l'article L. 136-1-1 dudit code : " () / III.- Par dérogation au I, sont exclus de l'assiette de la contribution mentionnée à l'article L. 136-1 les revenus suivants : () / e) Un pourcentage fixé par décret de la rémunération versée aux personnes mentionnées au 5° de l'article L. 412-8, qui ne peut excéder 40 % de cette rémunération ; () ". Les détenus exécutant un travail pénal, défini par les articles D. 412-36 et D. 412-37 du code de la sécurité sociale, sont au nombre des personnes mentionnées au 5° de l'article L. 412-8 du même code. Le pourcentage prévu à l'article L. 136-1-1 précité est fixé à 38 % par le II de l'article D. 136-1 du code de la sécurité sociale. Enfin, aux termes de l'article L. 136-2 du même code : " I.- Pour le calcul de l'assiette de la contribution prévue à l'article L. 136-1 du présent code, les revenus bruts suivants bénéficient d'une réduction représentative de frais professionnels fixée à 1,75 % pour leur montant inférieur à quatre fois la valeur du plafond mentionné à l'article L. 241-3 : / 1° Les revenus d'activité () ".
6. Aux termes de l'article 14 de l'ordonnance du 24 janvier 1996 susvisée relative au remboursement de la dette sociale : " I.- Il est institué une contribution assise sur les revenus d'activité et de remplacement mentionnés à la section 1 du chapitre 4 du titre 3 du livre 1 du code de la sécurité sociale perçus par les personnes physiques désignées à ce même article. Cette contribution est soumise aux conditions prévues aux articles L. 136-1-1 à L. 136-4 du même code. () ".
7. Il résulte de ces dispositions que la rémunération due aux personnes détenues en contrepartie du travail qu'elles effectuent dans le cadre d'activités de production est assujettie à la contribution sociale généralisée, ainsi qu'à la contribution au remboursement de la dette sociale.
8. Enfin, en application des dispositions des articles L. 136-2 et L. 136-8 du code de la sécurité sociale ainsi que des articles 14 et 19 de l'ordonnance du 24 janvier 1996 susvisée, la contribution sociale mentionnée à l'article L. 136-1 du code de la sécurité sociale s'élève à 9,2 % du montant brut des rémunérations préalablement réduit de 1,75 % après exclusion de l'assiette de la contribution de 38 % des revenus concernés. La contribution prévue par l'article 14 de l'ordonnance du 24 janvier 1996 susvisée s'élève quant à elle à 0,5 % du brut des rémunérations également préalablement réduit de 1,75 %, après exclusion de l'assiette de la contribution de 38 % des revenus concernés.
9. Il résulte de l'instruction que M. B a occupé un emploi dans une activité de production au sein du centre pénitentiaire du Havre. Conformément aux dispositions de l'article D. 432-1 citées au point 2, sa rémunération brute au titre des activités de production ne pouvait être inférieure au taux horaire correspondant à 45 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance, soit, pour la période du 1er juin au 30 septembre 2021, un montant brut de 1 512,90 euros, et pour le mois d'octobre 2021, un montant de 367,85 euros.
10. Il convient, pour déterminer les rémunérations nettes dont aurait dû bénéficier M. B, de déduire de la rémunération brute qui lui était due, les différentes cotisations salariales dont il avait à s'acquitter. À ce titre, concernant les activités de production, il doit être soustrait à la rémunération brute, non seulement les cotisations relatives à la contribution sociale généralisée et à la contribution pour le remboursement de la dette sociale, calculées selon les taux indiqués au point 8, mais également la cotisation salariale pour l'assurance vieillesse selon les taux mentionnés au point 3.
11. Il résulte de l'instruction que compte tenu du nombre d'heures travaillées et des salaires effectivement perçus par l'intéressé au titre des périodes travaillées, la somme correspondant au reliquat des salaires non perçus durant la période de juin à octobre 2021 s'élève à 452,27 euros. Toutefois, ainsi qu'il a été dit, le ministre de la justice a donné son accord pour verser, à ce titre, à M. B une somme de 441,41 euros. Celui-ci est dès lors seulement fondé à solliciter le versement d'une somme de 10,86 euros au titre d'un reliquat de salaires non perçus pour la période précitée.
Sur les intérêts au taux légal :
12. M. B a droit aux intérêts de la somme de 10,86 euros à compter du 25 novembre 2021, date de réception de sa réclamation préalable par le ministre de la justice.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
13. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Ciaudo, membre de l'AARPI Thémis et avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Ciaudo d'une somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. B une somme de 10,86 euros. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 25 novembre 2021.
Article 2 : L'Etat versera à Me Ciaudo, membre de l'AARPI Thémis, une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Ciaudo renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Ciaudo et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Armand, premier conseiller faisant fonction de président,
M. Cotraud, premier conseiller,
Mme Esnol, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 30 mai 2024.
Le rapporteur,
J. Cotraud
Le premier conseiller,
faisant fonction de président,
G. ArmandLa greffière,
A. Hussein
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
ah
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