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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2201773

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2201773

jeudi 18 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2201773
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantLEGENDRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 avril 2022 et 9 juillet 2023, M. J K et Mme B K, M. E I et Mme A M, représentés par Me Dubois, avocat, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler le permis de construire du 28 février 2022 délivré à M. C F et Mme H D pour la construction d'une maison d'habitation avec garage accolé sur le terrain situé allée du petit clos à Aulnay-sur-Iton, sur la parcelle cadastrée 23 section AK n°329 ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Aulnay-sur-Iton la somme de 6 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que :

- leur requête est recevable dès lors qu'ils justifient d'un intérêt leur donnant qualité à agir ;

- l'avis rendu par le maire de la commune d'Aulnay-sur-Iton en application des dispositions de l'article R. 410-6 du code de l'urbanisme est dépourvu de base légale, un tel avis n'étant requis que lorsque le certificat d'urbanisme est délivré au nom de l'Etat ;

- le certificat d'urbanisme dont bénéficiait les pétitionnaires le 15 février 2021, visé par l'arrêté litigieux, est en réalité un certificat d'urbanisme de simple information au sens du a) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme, conformément à l'article R. 410-12 de ce code, l'autorisation d'urbanisme est donc entachée d'erreur de droit

- l'arrêté contesté est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet dès lors que la notice du projet est insuffisante, que le dossier ne fait pas apparaître les modalités de raccordement aux réseaux publics, qu'il ne comprend pas l'ensemble des mentions prévues par R. 431-8 du code de l'urbanisme, qu'il ne permet pas d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement ;

- la décision attaquée méconnait l'article AU-3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Aulnay-sur-Iton ;

- elle méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en raison des risques de mouvements de terrain auquel est exposé le projet ;

- elle méconnaît l'article AU-4 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Aulnay-sur-Iton ainsi que l'article R. 111-8 du code de l'urbanisme ;

- elle méconnaît l'article AU-10 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Aulnay-sur-Iton ;

- elle méconnaît l'arrêté du 16 janvier 2012 instituant un périmètre de protection des forages d'Ansières-sur-Iton ;

- ils sont fondés à se prévaloir de l'exception d'illégalité entachant le plan local d'urbanisme de la commune d'Aulnay-sur-Iton au regard des articles L. 101-2 et R. 111-27 du code de l'urbanisme, en ce qu'il ne prévoit aucune protection de la ZNIEFF de type 2 concernant la forêt d'Evreux.

Par des mémoires enregistrés les 4 octobre 2022 et 16 août 2023, M. C F et Mme H D, représentés par Me Brémond, concluent, dans le dernier état de leurs écritures, au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 14 décembre 2022, la commune d'Aulnay-sur-Iton conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par courrier du 15 décembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article AU 10 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Aulnay-sur-Iton compte tenu de la cristallisation des moyens en application de l'alinéa 1er de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme.

Une réponse à ce moyen d'ordre public présentée par M. J K et autres a été enregistrée le 19 décembre 2023 et communiquée.

Une réponse à ce moyen d'ordre public présentée par M. F et Mme D a été enregistrée le 20 décembre 2023 et communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Aulnay-sur-Iton ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Duff,

- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique,

- et les observations de Me Dubois, représentant M. et Mme K, M. et Mme I, L substituant Me Brémond, représentant M. F et Mme D, et de Me Legendre, représentant la commune d'Aulnay-sur-Iton.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 28 février 2022, le maire de la commune d'Aulnay-sur-Iton a délivré à M. F et Mme D un permis de construire en vue de la construction d'une maison d'habitation avec garage accolé, sur un terrain situé allée du petit clos, cadastré 23 section AK n°329, à Aulnay-sur-Iton. M. et Mme K et M. et Mme I, ont adressé le 24 janvier 2022 au maire de la commune d'Aulnay-sur-Iton, un recours gracieux contre cet arrêté, auquel il n'a pas été apporté de réponse. Par la présente requête, M. et Mme K et M. et Mme I demandent l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'avis rendu par le maire :

2. Aux termes de l'article R. 410-6 du code de l'urbanisme : " Lorsque le certificat d'urbanisme est délivré au nom de l'Etat, l'instruction est effectuée par le service de l'Etat dans le département chargé de l'urbanisme. / Le maire adresse son avis au chef du service de l'Etat dans le département chargé de l'urbanisme dans un délai de quinze jours à compter du dépôt de la demande, dans le cas prévu au a de l'article L. 410-1, et dans un délai d'un mois dans les autres cas. Passé ce délai, il est réputé n'avoir à formuler aucune observation () ". L'article R. 410-11 du même code dispose que : " Le certificat d'urbanisme est délivré dans les conditions fixées aux articles R. 422-1 à R. 422-4 pour le permis de construire () ". Aux termes de l'article R. 422-1 du même code : " Lorsque la décision est prise au nom de l'Etat, elle émane du maire, sauf dans les cas mentionnés à l'article R. 422-2 où elle émane du préfet ". Les communes visées au b) de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme sont celles qui sont dépourvues de document local d'urbanisme.

3. Il est constant que la commune d'Aulnay-sur-Iton dispose d'un document local d'urbanisme. Ainsi, en application des dispositions précitées, les autorisations d'urbanisme sont instruites puis délivrées par le maire. Dès lors, il n'appartenait pas au maire de la commune d'Aulnay-sur-Iton de rendre un avis sur le projet de construction. Toutefois, la circonstance que le maire a émis un avis favorable au projet est par elle-même sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. Les requérants ne peuvent pas plus utilement soutenir que le permis de construire serait entaché d'une irrégularité au motif que le maire de la commune d'Aulnay-sur-Iton a rendu le 8 février 2021 un avis favorable à la suite de la demande de certificat d'urbanisme formulée par Mme G, alors propriétaire du terrain. Si les requérants font valoir que la décision contestée vise le propre avis du maire en date du 11 février 2022, une erreur dans les visas est sans influence sur la régularité de l'autorisation délivrée. Enfin, si les requérants allèguent de l'incomplétude de l'avis du maire, cette circonstance, alors que l'avis rendu par le maire n'était pas requis, est sans incidence sur la régularité du permis de construire. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant en toutes ses branches.

En ce qui concerne le certificat d'urbanisme :

4. Aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : / a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; / b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus. / Lorsqu'une demande d'autorisation ou une déclaration préalable est déposée dans le délai de dix-huit mois à compter de la délivrance d'un certificat d'urbanisme, les dispositions d'urbanisme, le régime des taxes et participations d'urbanisme ainsi que les limitations administratives au droit de propriété tels qu'ils existaient à la date du certificat ne peuvent être remis en cause à l'exception des dispositions qui ont pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique ".

5. Si la règle ainsi fixée confère à la personne à laquelle un certificat d'urbanisme a été délivré un droit à voir sa demande de permis de construire déposée durant les dix-huit mois qui suivent, examinée au regard des dispositions d'urbanisme mentionnées dans ledit certificat, elle ne saurait avoir pour effet de justifier la délivrance par l'autorité administrative d'un permis de construire pour le projet concerné. Il ressort des termes de la décision en litige que le maire s'est fondé sur les dispositions du code de l'urbanisme et du plan local d'urbanisme d'Aulnay-sur-Iton approuvé le 27 février 2008, applicables à la date de la délivrance du certificat d'urbanisme le 15 février 2021. Si les requérants soutiennent que le certificat d'urbanisme serait irrégulier, dès lors que le certificat d'urbanisme n'a pas été sollicité sur le fondement du b) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme, l'illégalité alléguée est toutefois sans incidence sur celle de l'autorisation d'urbanisme délivrée. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le maire de la commune d'Aulnay-sur-Iton a méconnu les dispositions de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme.

En ce qui concerne la motivation des prescriptions figurant au permis de construire :

6. Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. /Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision (). / Il en est de même lorsqu'elle est assortie de prescriptions () ". Aux termes de l'article R. 424-5 du même code : " Si la décision () est assortie de prescriptions (), elle doit être motivée ". En vertu des dispositions de l'article A. 424-4 du même code, si la décision est assortie de prescriptions, " l'arrêté précise les circonstances de droit et de fait qui motivent la décision () ".

7. Il résulte des dispositions précitées que l'arrêté par lequel le maire délivre un permis de construire et l'assortit de prescriptions doit comprendre les circonstances de fait et de droit qui motivent la décision. A cet égard, l'arrêté du 28 février 2022 énonce notamment des prescriptions dénuées de tout ambigüité aux termes desquelles " les poubelles devront être déposées en bordure de la voie publique ", s'agissant des observations de l'agence régionale de santé de l'Eure " le pétitionnaire devra veiller à ce que le vide technique soit remblayé par des matériaux adéquats (inertes) ", outre des observations relatives à l'assainissement " () La parcelle AK n°329 est actuellement desservie par une voie privée (parcelle AKn°333) appartenant à l'association syndicale du lotissement permettant l'accès sur la route des Beaux Sainte Croix () En cas de rétrocession ultérieure de la parcelle AK n°333, pour un classement dans le domaine public, la communauté de commune du Pays de Conches devra être associée au projet () ". Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation des prescriptions de l'arrêté du 28 février 2022 doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne la composition du dossier de demande de permis de construire :

8. Aux termes de l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire comprend : / a) Les informations mentionnées aux articles R. 431-5 à R. 431-12 ; / b) Les pièces complémentaires mentionnées aux articles R. 431-13 à R. 431-33-1 ; / c) Les informations prévues aux articles R. 431-34 et R. 431-34-1. () " La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

9. Aux termes de l'article R. 431-8 du même code : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages () ".

10. Les requérants soutiennent que le dossier de permis de construire est incomplet en ce que la notice architecturale ne décrit pas le bâti avoisinant ni la végétation existante. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la notice architecturale décrit les caractéristiques essentielles de l'état initial du terrain d'assiette, et notamment la forte déclivité de celui-ci, ainsi que l'intégration du projet dans son environnement essentiellement composé de maisons à toiture dont les pentes sont de 30 à 40° recouvertes de tuiles de teinte rouge vieillies ou ardoisées, implantées en retrait de rue. Cette notice d'insertion est notamment complétée par un plan cadastral. Par ailleurs, des plans de coupe longitudinale et de façades qui situent le projet de construction par rapport aux limites séparatives, matérialisent la pente du terrain. Des documents graphiques, qui se composent de cinq clichés photographiques situent le projet de construction dans son environnement proche et lointain. Le service instructeur a ainsi pu apprécier tant l'insertion du projet dans son environnement que l'incidence du projet de construction sur le bâti environnant notamment sur l'ensemble bâti homogène situé à proximité. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que si la notice paysagère est succincte en ce qu'elle mentionne uniquement le traitement des espaces libres envisagé, sans préciser la totalité de la végétation existante, elle est complétée par un plan de masse sur lequel sont identifiés les arbres à planter dont un existant, ainsi que la haie vive d'essence locale. Si la notice ne mentionne pas la présence de la forêt d'Evreux à proximité du terrain d'assiette, les clichés photographiques joints au dossier pallient cette insuffisance. Partant, il convient d'écarter cette branche du moyen comme étant infondée.

11. Les requérants exposent également qu'aucune pièce dans le dossier ne permet d'apprécier la distance de l'habitation par rapport au massif forestier ni par rapport à la limite séparative nord-est. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le plan de situation mentionne expressément les distances par rapport aux limites séparatives. Les requérants n'établissent pas que la distance par rapport au massif forestier serait inférieure à cinq mètres. Par ailleurs, si les requérants reprochent au plan de masse d'omettre d'indiquer les caractéristiques de la servitude de passage de l'allée du petit clos, propriété privée de l'association syndicale du lotissement, il ressort des pièces du dossier et en particulier des statuts de l'association syndicale libre du lotissement dénommé résidence le Petit Clos, que cette association est chargée de gérer les voies en commun des colotis, au rang desquels figurent les requérants. Aux termes de l'acte de vente du 12 octobre 2011, le lotissement a été autorisé par permis d'aménager n°PA 02702309F0001 en date du 22 octobre 2009, un extrait du plan faisant figurer l'allée du petit clos. Par suite, il convient d'écarter les différentes branches du moyen comme manquant en fait.

12. Les requérants soutiennent que le plan masse ne ferait pas apparaître les modalités de raccordement au réseau électrique. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et en particulier du plan de masse, la présence d'un coffret électrique situé à l'entrée de la propriété des pétitionnaires dont il n'est pas contesté qu'il sera raccordé au réseau public d'électricité. Par suite, ce moyen manque également en fait.

13. Enfin, si les requérants font valoir que les éléments indiqués relatifs à la hauteur de la construction projetée seraient erronés, il ressort des pièces du dossier que les plans de coupe retranscrivent la réalité topographique du terrain et comportent des indications quant au niveau du terrain naturel et du terrain fini. Les requérants n'établissent pas que les mentions y figurant seraient erronées ni même l'existence d'une fraude de la part des pétitionnaires, de sorte que le service instructeur a pu s'assurer de la hauteur maximale de la construction à partir du terrain naturel. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait en ce qui concerne l'insuffisance du plan de masse doit également être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des articles

R. 431-8 et R. 431-10 du code de l'urbanisme doit être écarté comme n'étant pas fondé.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article AU-3 du règlement du plan local d'urbanisme :

15. Aux termes de l'article 3 " Accès et voierie " du règlement applicable en zone AU du plan local d'urbanisme de la commune d'Aulnay-sur-Iton : " () les caractéristiques des accès doivent permettre de satisfaire aux règles minimales de desserte : défense contre l'incendie, protection civile ". Les accès sur les voies doivent être aménagés de façon à éviter toute perturbation et tout danger de circulation générale () / Les portails d'entrée doivent être réalisés de telle sorte que les véhicules stationnant devant le portail fermé puissent le faire sans empiéter sur la chaussée et les trottoirs, ils seront implantés avec un retrait d'au moins cinq mètres de l'alignement de la voie et un angle de clôture suffisant pour la visibilité ". En vertu de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

16. Pour contester la décision attaquée, les requérants soutiennent que le permis de construire du 28 février 2022 n'a pas pris en compte la largeur des accès afin de permettre l'intervention des services de lutte contre l'incendie. Si les requérants soutiennent que le projet méconnaît ces dispositions en ce qu'il n'est pas desservi par une voie répondant aux objectifs de sécurité destinés aux engins de lutte contre l'incendie, il ressort toutefois des pièces du dossier que la voie de desserte prévue au projet aura une largeur suffisante pour permettre notamment à des engins de défense contre l'incendie ou de protection civile d'accéder à la construction. Il apparait également l'existence d'une aire permettant le retournement à l'issue de l'impasse. Ainsi, tant par sa situation que par sa largeur, cet accès répond aux exigences permettant d'assurer la défense contre l'incendie et la protection civile prévues par les dispositions mentionnées précédemment. Il n'est par ailleurs nullement établi que la légère augmentation de la circulation induite par cette nouvelle construction au sein du lotissement occasionnerait des risques pour la circulation au sens des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, et ce d'autant que le terrain d'assiette fait partie d'un lotissement autorisé par un permis d'aménager. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'accès à la construction serait fermé par un portail, de sorte que les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de la méconnaissance des règles de retrait par rapport à l'alignement de la voie. Partant, il convient d'écarter les différentes branches du moyen comme étant infondées.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article AU-4-3 du règlement du plan local d'urbanisme :

17. Aux termes de l'article 4 " Desserte par les réseaux " du règlement applicable en zone AU du plan local d'urbanisme de la commune d'Aulnay-sur-Iton : " 3- Assainissement des eaux pluviales et de ruissellement - Toutes les dispositions doivent être envisagées pour limiter l'imperméabilisation du sol et pour assurer la maîtrise des débits et de l'écoulement des eaux pluviales des parcelles. Les aménagements réalisés sur le terrain doivent garantir l'écoulement des eaux pluviales dans le réseau collecteur () / 4- Electricité - téléphone / Les branchements et raccordements aux réseaux doivent être établis en souterrain ".

18. Il ressort de la notice d'insertion et du plan masse que les eaux pluviales du pavillon seront dirigées vers un épandage sur la parcelle. Par ailleurs, il ressort du plan masse qu'un coffre électrique est destiné à permettre l'alimentation en électricité du projet de construction et qu'aucune des pièces du dossier ne permet de constater que les réseaux ne sont pas enterrés. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet litigieux méconnaitrait les dispositions de l'article AU 4 du règlement du plan local d'urbanisme d'Aulnay-sur-Iton.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article AU-10 du règlement du plan local d'urbanisme :

19. Aux termes de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme : " Par dérogation à l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative, et sans préjudice de l'application de l'article R. 613-1 du même code, lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code, ou d'une demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant une telle décision, les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. Cette communication s'effectue dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article R. 611-3 du code de justice administrative. () ".

20. Dans leur mémoire enregistré le 9 juillet 2023, les requérants soulèvent un nouveau moyen tiré de la méconnaissance de l'article AU-10 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Aulnay-sur-Iton, relatif à la hauteur des constructions projetées. Dans leur mémoire d'observations enregistré le 20 décembre 2023, les requérants sollicitent un report de la date de cristallisation au motif que les éléments relatifs à la hauteur réelle de la construction n'ont été portés à leur connaissance que par l'étude d'implantation du 23 mai 2023, de sorte qu'ils n'ont pas été en mesure d'en faire état avant l'expiration du délai de deux mois à compter du premier mémoire en défense enregistré le 10 octobre 2022. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que les requérants auraient été dans l'impossibilité de faire réaliser l'étude dont ils entendent faire état auparavant. Par suite, ce moyen ayant été soulevé plus de deux mois après la communication de la requête introductive d'instance, le 29 avril 2023, il doit être écarté comme irrecevable.

En ce qui concerne la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de code de l'urbanisme

21. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

22. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la configuration du terrain naturel au sein du lotissement autorisé par un permis d'aménager, et en particulier sa déclivité qui ressort des pièces du dossier et notamment des plans de coupe altimétrique, des plans de façade et des photographies du terrain, emporterait par elle-même un risque pour la sécurité publique au sens des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Si les requérants entendent se prévaloir des conclusions de l'étude d'implantation du 23 mai 2023 réalisée par un cabinet d'architecte, les seuls éléments relatifs à la forte déclivité du terrain et au risque de glissement de terrain et de fissures sur les constructions voisines sont insuffisants à établir que le projet de construction ferait encourir un risque pour la sécurité publique. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la violation de l'arrêté du 16 janvier 2012 instituant un périmètre de protection des forages d'Arnières-sur-Iton :

23. Aux termes de l'article 3.3 de l'arrêté du 16 janvier 2012 n°DTARS - SE/27-11, " Périmètre de protection éloignée ", le périmètre de protection éloignée doit être considéré comme une zone sensible où la réglementation générale doit être appliquée avec une vigilance particulière vis-à-vis des impacts sur l'eau souterraine de toutes les activités qui s'y déroulent () / En particulier, les habitations disposant d'un assainissement individuel non conforme à la réglementation en vigueur devront prioritairement faire l'objet d'une réhabilitation (). ".

24. Pour contester l'arrêté du 28 février 2022, les requérants font valoir que le terrain d'assiette se situe dans le périmètre de protection éloignée des forages d'Arnières-sur-Iton, et que l'absence d'éléments quant à la récupération et l'écoulement des eaux pluviales méconnaitrait la règle applicable. Toutefois, alors qu'il ressort des développements précédents que le projet de construction expose les modalités de récupération et d'écoulement des eaux pluviales sur le terrain d'assiette, les requérants ne précisent pas en quoi ces équipements méconnaitraient la règle applicable. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'arrêté du 16 janvier 2022 manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la violation des articles L. 101-2 et R. 111-27 du code de l'urbanisme :

25. Aux termes de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable au litige : " Dans le respect des objectifs du développement durable, l'action des collectivités publiques en matière d'urbanisme vise à atteindre les objectifs suivants 1° L'équilibre entre : 6° La protection des milieux naturels et des paysages, la préservation de la qualité de l'air, de l'eau, du sol et du sous-sol, des ressources naturelles, de la biodiversité, des écosystèmes, des espaces verts ainsi que la création, la préservation et la remise en bon état des continuités écologiques () ". Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".

26. A l'appui de leur recours contre le permis de construire, les requérants soutiennent que le plan local d'urbanisme applicable au terrain du projet méconnait les articles L. 101-2 et R. 111-27 du code de l'urbanisme, dès lors que le projet étant implanté dans une ZNIEFF de type 2 de la forêt d'Evreux, aucune disposition du plan local d'urbanisme applicable en zone AU de la commune ne protègerait particulièrement cette zone. Toutefois, les requérants ne soutiennent ni même n'allèguent que l'arrêté en litige méconnaîtrait les dispositions pertinentes qui seraient remises en vigueur du fait de l'illégalité alléguée du plan local d'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 101-2 et R. 111-27 du code de l'urbanisme par le plan local d'urbanisme de la commune d'Aulnay-sur-Iton doit être écarté comme inopérant.

27. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision attaquée doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune d'Aulnay-sur-Iton, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge des requérants le paiement d'une somme globale de 1 500 euros à verser tant à la commune d'Aulnay-sur-Iton qu'à M. F et Mme D au titre des frais que chacun de ceux-ci a exposés.

29. En l'absence de dépens, les conclusions présentées par M. et Mme K et M. et Mme I sont sans objet et ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme K et de M. et Mme I est rejetée.

Article 2 : M. et Mme K et M. et Mme I verseront à la commune d'Aulnay-sur-Iton une somme globale de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : M. et Mme K et M. et Mme I verseront à M. F et Mme D une somme globale de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. K, premier dénommé en sa qualité de représentant unique des requérants, à M. F et Mme D et à la commune d'Aulnay-sur-Iton.

Délibéré après l'audience du 21 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Bailly, présidente,

- M. Le Duff, premier conseiller, et Mme Esnol conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 janvier 2024.

Le rapporteur,

V. Le DuffLa présidente,

P. BaillyLe greffier,

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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