mardi 20 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2201787 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | INTER-BARREAUX EMO AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 mai 2022 et le 22 juin 2022, la société Les Eco-Isolateurs, représentée par Me Gillet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 mars 2022 du directeur départemental de la protection des populations de l'Eure lui enjoignant de se mettre en conformité, dans un délai de six mois, avec l'article L. 223-1 du code de la consommation en respectant l'interdiction sectorielle de démarchage téléphonique ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a intérêt à agir, dès lors que l'injonction prononcée par la décision attaquée préjudicie gravement à sa situation financière, allant jusqu'à mettre en péril sa survie à court terme ;
- l'article L. 223-1 du code de la consommation, sur lequel est fondée l'injonction, n'est pas compatible avec la directive européenne n° 2005/29/CE du 11 mai 2005 relative aux pratiques commerciales déloyales des entreprises vis-à-vis des consommateurs ; l'annexe I de la directive n'interdit pas en toutes circonstances, contrairement à l'alinéa 3 de l'article L. 223-1 du code de la consommation, la prospection commerciale de consommateurs par voie téléphonique ayant pour objet la réalisation de travaux pour des logements en vue de la réalisation d'économies d'énergie ; la directive conditionne l'interdiction de la prospection commerciale par voie téléphonique à des sollicitations répétées et non souhaitées ; en application du principe de primauté du droit européen, l'alinéa 3 de l'article L. 223-1 du code de la consommation doit être écarté au profit de la directive de 2005 ;
- la réponse ministérielle du 7 septembre 2021 sur laquelle se fonde l'administration ne lui est pas opposable ;
- la direction départementale de la protection de la population fait une interprétation erronée de l'article L. 223-1 du code de la consommation ; une pratique commerciale ne peut pas être qualifiée de prospection commerciale, ou de démarchage téléphonique, lorsque le rappel par téléphone du consommateur a été précédé d'une sollicitation non équivoque de la part de ce dernier à cette fin, en toute connaissance de cause ; sa pratique échappe à la qualification de prospection commerciale interdite dès lors que la demande de contact est initiée par le consommateur et non par le professionnel.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2022, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par la société Les Eco-Isolateurs ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;
- la directive 2005/29/CE du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2005 relative aux pratiques commerciales déloyales des entreprises vis-à-vis des consommateurs dans le marché intérieur et modifiant la directive 84/450/CEE du Conseil et les directives 97/7/CE, 98/27/CE et 2002/65/CE du Parlement européen et du Conseil et le règlement (CE) n° 2006/2004 du Parlement européen et du Conseil ;
- le code de la consommation ;
- la loi n° 2020-901 du 24 juillet 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme B,
- et les observations de Me Gillet, représentant la société Les Eco-Isolateurs.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'un contrôle réalisé le 21 juillet 2021, la direction départementale de la protection de la population a informé, par courrier du 18 janvier 2022, la société Eco-Isolateurs de son intention de lui enjoindre de se mettre en conformité avec les dispositions de l'article L. 223-1 du code de la consommation en respectant l'interdiction sectorielle de démarchage téléphonique dans un délai de six mois, et l'a invitée à présenter ses observations orales et écrites dans un délai de huit jours. La société Eco-Isolateurs a présenté des observations le 2 février 2022. Par la décision attaquée du 3 mars 2022, le directeur départemental de la protection des populations a enjoint, en application des articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de la consommation, à la société Les Eco-Isolateurs de se mettre en conformité, dans un délai de six mois, avec l'article L. 223-1 du code de la consommation en respectant l'interdiction sectorielle de démarchage téléphonique. Le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a par une ordonnance n° 2201786 du 17 mai 2022, suspendu l'exécution de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de la consommation : " Lorsque les agents habilités constatent un manquement ou une infraction avec les pouvoirs prévus au présent livre, ils peuvent, après une procédure contradictoire, enjoindre à un professionnel, en lui impartissant un délai raisonnable qu'ils fixent, de se conformer à ses obligations ". Selon l'article L. 521-2 du même code : " Les agents habilités peuvent, dans les mêmes conditions, enjoindre à tout professionnel de cesser tout agissement illicite ou de supprimer toute clause illicite ou interdite ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 221-16 du code de la consommation régissant le démarchage téléphonique et la prospection commerciale : " Sans préjudice des dispositions de l'article L. 221-12, le professionnel qui contacte un consommateur par téléphone en vue de conclure un contrat portant sur la vente d'un bien ou sur la fourniture d'un service indique au début de la conversation, de manière claire, précise et compréhensible, son identité, le cas échéant l'identité de la personne pour le compte de laquelle il effectue cet appel et la nature commerciale de celui-ci. Le professionnel indique également au consommateur qu'il peut s'inscrire gratuitement sur la liste d'opposition au démarchage téléphonique prévue à l'article L. 223-1 s'il ne souhaite pas faire l'objet de prospection commerciale par cette voie. / A la suite d'un démarchage par téléphone, le professionnel adresse au consommateur, sur papier ou sur support durable, une confirmation de l'offre qu'il a faite et reprenant toutes les informations prévues à l'article L. 221-5. / Le consommateur n'est engagé par cette offre qu'après l'avoir signée et acceptée sur support durable. "
4. Enfin, aux termes du troisième alinéa de l'article L. 223-1 du code de la consommation, issu de la loi du 24 juillet 2020 visant à encadrer le démarchage téléphonique et à lutter contre les appels frauduleux : " Toute prospection commerciale de consommateurs par des professionnels, par voie téléphonique, ayant pour objet la vente d'équipements ou la réalisation de travaux pour des logements en vue de la réalisation d'économies d'énergie ou de la production d'énergies renouvelables est interdite, à l'exception des sollicitations intervenant dans le cadre de l'exécution d'un contrat en cours au sens du deuxième alinéa du présent article. ".
5. Il résulte des travaux parlementaires relatifs à la loi du 24 juillet 2020 que les dispositions de ce dernier alinéa visent tant à renforcer la protection des consommateurs, qu'à lutter contre les pratiques de démarchage téléphonique intempestif, parfois agressif, intrusif et non consenti des consommateurs dans le domaine des travaux d'amélioration énergétique, eu égard aux aides publiques en jeu et aux risques élevés de fraude dans ce secteur, alors que ces pratiques sont de nature à entamer la confiance des consommateurs dans la politique publique menée dans ce domaine de la rénovation énergétique et à compromettre ainsi l'atteinte des objectifs nationaux d'économie d'énergie et de développement durable.
6. Il ressort des pièces du dossier que la société Les Eco-Isolateurs, spécialiste de la rénovation énergétique, permet aux particuliers qui visitent son site internet, lequel présente ses différentes offres, de remplir une rubrique " J'estime mon projet ", par laquelle ils communiquent leur nom, code postal et numéro de téléphone en vue d'être rappelé par un " expert " salarié de la société dans un délai de quarante-huit heures afin d'obtenir une estimation tarifaire des travaux projetés. Le site internet de la société requérante indique clairement que cette demande d'estimation est " sans engagement " et précise, préalablement aux rubriques à remplir, de façon non-équivoque, " vous acceptez d'être rappelé par l'un de nos expert ". Dans ces conditions, la pratique commerciale de la société Les Eco-Isolateurs consistant uniquement à contacter par téléphone des consommateurs lui ayant préalablement explicitement demandé de le faire, en communiquant volontairement leurs coordonnées téléphoniques, ne peut être regardée comme une prospection commerciale téléphonique au sens du troisième alinéa de l'article L. 223-1 du code de la consommation. Si le préfet fait valoir qu'au titre des dispositions de l'article L.223-1 du code de la consommation, une dérogation à l'interdiction sectorielle du démarchage téléphonique n'est admise que dans le cadre de l'exécution d'un contrat en cours, cette circonstance est sans incidence sur le présent litige dès lors que la pratique commerciale de la société Les Eco-isolateurs n'entre pas dans les prévisions de cet article. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de L. 223-1 du code de la consommation doit être accueilli.
7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la société Les Eco-Isolateurs est fondée à demander l'annulation de la décision du 3 mars 2022 du directeur départemental de la protection des populations de l'Eure.
Sur les frais liés à l'instance :
8. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à la société Les Eco-Isolateurs au titre des frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 3 mars 2022 du directeur départemental de la protection des populations de l'Eure est annulée.
Article 2 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à la société Les Eco-Isolateurs sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Les Eco-Isolateurs et au préfet de l'Eure.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Boyer, présidente,
- M. Guiral, conseiller,
- Mme Boucetta, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.
La rapporteure,
H. A
La présidente,
C. BOYER Le greffier,
J.-L. MICHEL
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026