jeudi 20 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2201843 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | EDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 avril 2022, Mme B C, représentée par Me Verilhac, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 février 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire valable un an et portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, dans l'attente du réexamen de sa situation, qui devra intervenir dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge, pour son conseil, de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
4°) à titre subsidiaire, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
La décision portant refus de séjour :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un vice de procédure en raison de l'irrégularité de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration dès lors qu'il appartient au préfet :
- de rapporter la preuve de l'existence de cet avis ;
- dans le cas où l'avis serait revêtu de scans de signatures, d'indiquer pourquoi il n'a pas été recouru à un procédé de signature numérique, authentifiée et sécurisée ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- est entachée d'une erreur de droit en raison de la méconnaissance, par le préfet, de son champ de compétence, dès lors qu'il s'est cru, à tort, lié par l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 9 novembre 2021 ;
- a été prise en violation de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors, d'une part, qu'il appartient au préfet de produire les données sur lesquelles le collège de l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est basé pour considérer qu'elle pourrait effectivement bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine, et, d'autre part, que son état de santé impose qu'elle soit suivie et soignée en France, que le défaut d'une telle prise en charge entraînerait pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il n'existe pas d'accès effectif à un traitement approprié à sa pathologie dans son pays d'origine ;
- a été prise en violation de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- a été prise en violation de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- a été prise en violation des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- a été prise en violation des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision portant fixation du pays de destination :
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- a été prise en violation de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles 2, 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par des mémoires en défense enregistrés les 21 juin 2022 et 3 août 2022, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 avril 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Rouen.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 ;
- le décret n° 2017-1416 du 28 septembre 2017 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- et les observations de Me Verilhac, représentant Mme C.
Une note en délibéré, non communiquée, présentée pour la requérante, qui produit des pièces complémentaires, a été enregistrée le 14 octobre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, ressortissante sénégalaise née le 8 juin 1947 à Zinguinchor, est entrée sur le territoire français le 8 décembre 2013 munie d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour valable du 3 décembre 2013 au 15 février 2014. Le 11 juin 2015, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions alors en vigueur du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 décembre 2018, le préfet a refusé de faire droit à sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français. Le 25 mars 2021, elle a sollicité son admission au séjour au titre des dispositions alors en vigueur du 7° de l'article L. 313-11 du même code. Par l'arrêté attaqué du 25 février 2022, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En l'espèce, il est constant que Mme C, âgée de 75 ans à la date de la décision contestée, réside en France depuis le mois de décembre 2013, soit depuis plus de huit années à la date de la décision attaquée, où elle vivait auprès de son époux, décédé au mois d'octobre 2018, qui était titulaire d'une carte de résident permanent valable jusqu'au 13 juin 2026. Il est également constant que la requérante effectue régulièrement des examens de suivi de l'évolution du cancer du sein dont elle était atteinte en 2017 et est atteinte d'une dermatopolymosite récemment diagnostiquée en cours de traitement. De plus, quatre de ses cinq enfants résident régulièrement sur le territoire français, trois d'entre eux étant de nationalité française, l'autre étant titulaire d'une carte de résident permanent, et à tout le moins cinq de ses sept petits-enfants résident également régulièrement en France. Il ressort en outre des pièces du dossier que la requérante est, du fait de la maladie dont elle est atteinte, en état de dépendance envers son entourage. Il résulte de l'ensemble des circonstances particulières de l'espèce, notamment de la durée de séjour en France de Mme C, de son état de santé, du décès de son époux et de ses attaches familiales sur le territoire français, que la décision par laquelle le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.
3. Il résulte de ce qui précède que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision du 25 février 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour. Il y a lieu, par voie de conséquence, d'annuler les décisions du même jour par lesquelles le préfet l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de sa destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
4. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Seine-Maritime de délivrer à Mme C une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
5. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, la SELARL Eden avocats peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que le conseil de Mme C renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à la SELARL Eden avocats de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 25 février 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé à Mme C la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination, est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Maritime de délivrer à Mme C une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à la SELARL Eden avocats une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que la SELARL Eden avocats renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à la SELARL Eden avocats et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Bailly, présidente,
- Mme D et Mme A, conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.
La rapporteure,
D. DLa présidente,
P. BaillyLa greffière,
A. Hussein
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
ah
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