jeudi 18 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2201850 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | INTER-BARREAUX EMO AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 mai 2022 et 14 août 2023, M. C et Mme A E, M. N et Mme I F, Mme G D et M. M B, et M. K O, représentés par l'AARPI Leclercq Tarteret Avocats, demandent au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 9 mars 2022 par lequel le maire du Havre a délivré à M. J H un permis de construire pour l'extension par surélévation de sa maison d'habitation ;
2°) de mettre à la charge de la commune du Havre une somme de 3 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable ;
- l'arrêté attaqué a été signé par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;
- il a délivré un permis de construire sur la base d'un dossier de demande incomplet au regard des dispositions des articles R. 431-9 et R. 431-10 du code de l'urbanisme, dès lors qu'il ne comporte pas de plan de masse, ni les documents graphiques permettant de situer le projet dans son environnement proche et lointain et d'apprécier son insertion, aucune autre pièce du dossier ne permettant en outre de pallier l'absence de ces pièces ;
- il méconnaît les dispositions de l'article DG 15 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune du Havre ;
- il méconnaît les dispositions de l'article DG 19 du même règlement ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UCO 4 du même règlement.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 août 2022, M. J H conclut au rejet de la requête ainsi qu'à la condamnation de M. et Mme E et autres à lui verser une somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme.
Il soutient que :
- aucun des moyens de la requête n'est fondé ;
- il y a lieu de réaliser " une estimation d'une personne de loi des notaires " des biens des requérants ;
- il a subi un préjudice, qu'il évalue à la somme de 10 000 euros, lié au retard pris dans la construction de la chambre de sa fille et à la hausse du coût des matériaux.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 30 août 2022 et 7 novembre 2023, la commune du Havre, représentée par la SCP Emo Avocats, conclut à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que le tribunal sursoit à statuer pour permettre la régularisation du permis de construire attaqué, et en toute hypothèse, à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. et Mme E et autres au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, aucun des moyens de la requête n'est fondé ;
- à titre subsidiaire, si le tribunal devait estimer l'un des moyens fondé, il pourra sursoir à statuer afin de permettre la régularisation du permis de construire en litige.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Cotraud, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique,
- et les observations de Me Gillet, représentant la commune du Havre.
Les autres parties n'étaient pas présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Le 18 janvier 2022, M. J H a déposé une demande de permis de construire pour l'extension, par surélévation, de sa maison d'habitation, sise sur la parcelle cadastrée CC n° 176, sur le territoire de la commune du Havre. M. C et Mme A E, M. N et Mme I F, Mme G D et M. M B, et M. K O demandent l'annulation de l'arrêté du 9 mars 2022 par lequel le maire du Havre lui a délivré le permis de construire sollicité.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par arrêté du 14 septembre 2021, affiché et transmis au représentant de l'Etat le même jour, M. P L, premier adjoint chargé de l'urbanisme et de l'environnement, a reçu délégation de fonctions et de signature du maire du Havre dans le domaine de la gestion du droit des sols, et notamment pour la délivrance des permis de construire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. () ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : () / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".
4. Il ressort des pièces du dossier que figuraient dans le dossier de demande de permis de construire, versé à l'instance par la commune, un plan de masse, deux photographies faisant apparaître les abords du projet dans la rue du Beau Site, ainsi qu'un document graphique d'insertion faisant apparaître sa projection dans son environnement, au demeurant complétés par une vue aérienne du secteur d'implantation du projet. Le dossier de demande de permis de construire comportait ainsi les documents exigés par les dispositions précitées, lesquels étaient suffisants pour permettre à l'autorité administrative de s'assurer de la conformité du projet à la réglementation applicable, en particulier en ce qui concerne son insertion dans son environnement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance du dossier au regard des dispositions précitées doit être écarté.
5. En troisième lieu, les dispositions de l'article DG 15 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune du Havre prévoient que dans tous les secteurs de toutes les zones, sauf la zone UC, doit être prévue 1,2 place ou 1 place de stationnement par logement construit selon que la parcelle concernée est située à plus ou moins 500 mètres d'une station de tramway, tel que représenté dans le règlement graphique du plan local d'urbanisme.
6. Pour l'application de la règle précitée, des travaux entrepris sur un immeuble existant qui n'impliquent pas la création de nouveaux logements mais seulement l'extension de logements existants doivent être regardés comme étrangers aux dispositions d'un plan local d'urbanisme imposant un nombre minimal de places de stationnement par logement.
7. Les requérants ne peuvent utilement invoquer la méconnaissance des dispositions mentionnées au point 5 dès lors que, le projet en litige ne prévoyant pas la création de nouveaux logements, elles ne lui sont pas applicables. Ce moyen doit par suite être écarté comme inopérant.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article DG 19 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune du Havre, relatif à la desserte par les réseaux : " () / 2. Eaux pluviales / La gestion des eaux pluviales de toute nouvelle construction ou opération d'aménagement répondra à une approche globale et intégrée privilégiant la gestion des eaux pluviales in situ lorsque la nature et les caractéristiques du sol et du sous-sol le permettent. Les dispositifs de gestion des eaux pluviales pourront être conçus selon des techniques alternatives (noues, tranchées drainantes, toitures végétalisées) ou par l'utilisation de bassins de stockage/restitution. / Dans tous les cas, toute construction ou installation nouvelle doit être raccordée au réseau collectif d'assainissement dans les conditions fixées par le règlement d'assainissement. Les caractéristiques de l'effluent rejeté et les conditions techniques du raccordement respectent la réglementation. Un bassin de rétention peut être exigé pour tenir compte de la configuration des sols ou des contraintes du réseau public. () "
9. Il ressort des pièces du dossier que, sur sa façade nord, le projet comporte une canalisation d'évacuation des eaux pluviales directement raccordée au réseau public d'assainissement collectif unitaire, sans déversement sur le domaine public, contrairement à ce que soutiennent les requérants. En tout état de cause, le permis de construire attaqué est assorti d'une prescription prévoyant que " les eaux pluviales de l'extension seront raccordées au réseau d'assainissement intérieur existant ", dont les requérants n'établissent pas qu'elle serait insuffisante pour assurer la conformité du projet aux dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article UCO 4 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune du Havre, relatif à la qualité urbaine, architecturale, environnementale et paysagère : " () / 1. Architecture et intégration à l'environnement : / 1.1. D'une façon générale, les constructions doivent être conçues afin de permettre la meilleure intégration dans le site d'accueil et dans leur environnement bâti. / 1.2. L'autorisation d'urbanisme peut être refusée : / - pour des constructions ou installations ne présentant pas de cohérence dans la composition volumétrique, dans le jeu des volumes, dans l'emploi des matériaux, le rythme et les proportions des percements, la modénature ou la coloration des parements de façades et, si la composition de ces façades ne tient pas compte des modules du bâti existant et de leurs proportions ; / - si l'implantation des constructions n'est pas en cohérence avec l'implantation des constructions avoisinantes. / 1.3. Pour bien maîtriser l'impact de la future construction dans son environnement, le maître d'œuvre doit s'appuyer sur une analyse des architectures avoisinantes, de la structuration de la rue, etc., afin d'établir les règles minimales d'insertion du futur bâtiment, le choix d'une expression architecturale pouvant être ensuite varié. () "
11. Si, comme le démontrent les requérants, le côté pair de la rue du Beau Site, qui comporte de nombreuses villas, fait apparaître une certaine homogénéité architecturale en ce qui concerne le type de constructions, il n'en est pas de même pour les teintes et les matériaux utilisés. Le côté impair de cette rue, où se situe le projet, présente au contraire une grande hétérogénéité tant dans les gabarits de construction, les types de toiture et les teintes et matériaux employés. A cet égard, l'extension autorisée conduit à porter la construction existante à un volume et une hauteur analogues à celles des constructions voisines et contribue ce faisant à l'uniformisation du front bâti, alors en outre que sont prévus une teinte et un matériau pour le bardage extérieur qui ne sont pas absents du secteur. Dans ces conditions, les requérants n'établissent pas que le projet ne présente pas de cohérence avec le bâti existant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des disposition précitées doit être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner la mesure d'instruction sollicitée par M. H, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 9 mars 2022 du maire du Havre doivent être rejetées.
Sur les conclusions au titre de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme :
13. Aux termes de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager est mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts. La demande peut être présentée pour la première fois en appel ".
14. Si M. H demande la condamnation des requérants à lui verser une somme de 10 000 euros en réparation de son préjudice lié au retard dans la construction de la chambre de sa fille et à la hausse du coût des matériaux, il n'apporte aucun élément pour en établir l'existence, alors en outre que la requête en cause, pour l'introduction de laquelle les requérants justifient d'un intérêt leur donnant qualité pour agir, ne traduit pas un comportement abusif de leur part. Par suite et en tout état de cause, les conclusions présentées par l'intéressé au titre de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme doivent être rejetées.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune du Havre, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par M. et Mme E et autres et non compris dans les dépens. Il y a en revanche lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de ces derniers, une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune du Havre et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme E et autres est rejetée.
Article 2 : M. et Mme E et autres verseront à la commune du Havre une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par M. H au titre de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. N E, premier dénommé, pour l'ensemble des requérants, à la commune du Havre et à M. J H.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Berthet-Fouqué, président,
M. Cotraud, premier conseiller,
Mme Esnol, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 18 avril 2024.
Le rapporteur,
Signé :
J. Cotraud
Le président,
Signé :
J. Berthet-FouquéLa greffière,
Signé :
A. Hussein
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026