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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202050

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202050

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202050
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantDIABATE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 13 mai 2022 et 30 juin 2022, Mme C E A épouse D, représentée par Me Diabate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté non daté par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente une attestation provisoire de séjour dans le délai de cinq jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- la décision portant refus de séjour :

o est entachée d'un vice d'incompétence dès lors que le signataire de l'acte est incompétent ;

o est insuffisamment motivée ;

o est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine pour avis de la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o est entachée d'un vice de forme dès lorsqu'elle n'est pas datée ;

o est entachée d'un défaut d'examen sérieux et complet de sa demande ;

o méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o méconnaît l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o méconnaît l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle;

-la décision portant obligation de quitter le territoire français :

o est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

o méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le délai de 30 jours :

o est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

- la décision fixant le pays de destination :

oest illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Diabaté, représentant Mme A.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne née le 8 juillet 1985, est entrée en France le 12 novembre 2016 munie d'un visa de court séjour valable du 10 novembre 2016 au 10 décembre 2016. Le 4 juin 2020, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles L. 313-11 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicables. Par décision du 23 décembre 2020, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme A s'est maintenue sur le territoire et, le 9 février 2022, elle a présenté une nouvelle demande d'admission en tant que conjointe de français. Par l'arrêté attaqué, non daté, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ". Aux termes de cet article L. 412-1 : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée en France le 12 novembre 2016 munie d'un visa de court séjour valable du 10 novembre 2016 au 10 décembre 2016. Elle justifie donc d'une entrée régulière sur le territoire français. Contrairement à ce que soutient le préfet de la Seine-Maritime en défense, la circonstance qu'elle a fait l'objet, le 23 décembre 2020, d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours, à laquelle elle n'a pas déféré, ne fait pas obstacle à ce que la condition d'entrée régulière continue d'être regardée comme remplie, dès lors que l'intéressée produit des pièces établissant la continuité de sa résidence en France entre fin 2016 et l'arrêté attaqué.

4. Par ailleurs, Mme A s'est mariée le 10 juillet 2021 à Epreville avec M. D ressortissant de nationalité française. En outre, il ressort des pièces du dossier, notamment des factures d'EDF, de relevé d'identité bancaire de compte joint aux époux, des certificats médicaux et des factures d'achats libellées à l'adresse correspondante au nom de l'un ou des deux époux, que la requérante justifie entretenir une vie commune avec M. D au plus tard depuis le 20 avril 2021. Ainsi, l'intéressée justifie d'une vie commune et effective supérieure à six mois avec son époux à la date de la décision attaquée. Au surplus, Mme A justifie être enceinte au moment du dépôt de sa demande. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que le préfet de la Seine-Maritime, en rejetant sa demande de titre, a méconnu l'article L. 423-2 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision de refus de titre de séjour attaquée. Par voie de conséquence, la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination doivent également être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, sous réserve de l'absence de changement de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que Mme A se voie délivrer une carte de séjour temporaire valable un an et portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a dès lors lieu d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un tel titre dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions au titre des frais d'instance :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté non daté par lequel le préfet de la Seine Maritime, à la suite de la demande d'admission au séjour du 9 février 2022 de Mme A, a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet compétent de délivrer à Mme A une carte de séjour temporaire valable un an et portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E A, épouse D, et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Favre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

La rapporteure,

L. B

La présidente,

C. BOYER Le greffier,

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

SG

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