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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202097

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202097

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202097
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la requête de M. B, qui contestait le refus implicite de la Commission nationale d’agrément et de contrôle (CNAC) du CNAPS de lui délivrer une carte professionnelle d’agent privé de sécurité. Le tribunal a jugé inopérants les moyens tirés de l’absence de procédure contradictoire et de défaut de motivation, la décision ayant été prise sur demande et le requérant n’ayant pas sollicité la communication des motifs. Sur le fond, il a estimé que l’application de la condition de détention d’un titre de séjour depuis cinq ans, issue de la loi du 25 mai 2021, était justifiée, rejetant ainsi l’erreur manifeste d’appréciation invoquée. La solution s’appuie sur les articles L. 121-1, L. 232-4 du code des relations entre le public et l’administration, et L. 612-20 du code de la sécurité intérieure.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 mai 2022, M. A B, représenté par Me Aït-Taleb, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de la Commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) rejetant son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la délibération du 8 décembre 2021 de la Commission Locale d'Agrément et de Contrôle Ouest (CLAC) lui refusant la délivrance d'une carte professionnelle d'agent privé de sécurité ;

2°) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer une carte professionnelle, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du CNAPS une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision a été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, faute de procédure contradictoire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a obtenu, le 10 mai 2021, une autorisation préalable, sous l'empire d'une loi antérieure à la loi du 25 mai 2021, qui ne pouvait donc lui être appliquée.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 novembre 2023, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Le CNAPS fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, ont été entendus :

- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Dujardin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération en date du 8 décembre 2021, la Commission Locale d'Agrément et de Contrôle Ouest (CLAC) du Conseil National des Activités Privées de Sécurité (CNAPS) a refusé de délivrer une carte professionnelle d'agent privé de sécurité à M. B. L'intéressé a exercé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision auprès de la Commission Nationale d'Agrément et de Contrôle (CNAC) qui en a accusé réception le 7 février 2022. Le silence de l'administration sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet, le 7 avril 2022. Par la présente instance, M. B demande, à titre principal, l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ".

3. M. B ne saurait utilement invoquer la méconnaissance de ces dispositions, à l'encontre de la décision de refus de délivrance d'une carte professionnelle d'agent de sécurité litigieuse, laquelle a été adoptée en réponse à une demande formulée par l'intéressé. Le moyen tiré de l'absence de procédure contradictoire doit, par suite, être écarté comme inopérant.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans le cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais de recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqué dans le mois suivant cette demande. ".

5. M. B n'établit, ni même n'allègue, avoir demandé la communication des motifs de la décision implicite de rejet de son recours gracieux dirigé contre la délibération du 8 décembre 2021 de la CLAC Ouest. Le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision attaquée doit ainsi être écarté comme inopérant. Au surplus, la délibération précitée, qui comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement du refus de délivrance d'une carte professionnelle opposé au requérant, est suffisamment motivée.

6. En dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article 1er du code civil : " Les lois et, lorsqu'ils sont publiés au Journal officiel de la République française, les actes administratifs entrent en vigueur à la date qu'ils fixent ou, à défaut, le lendemain de leur publication. Toutefois, l'entrée en vigueur de celles de leurs dispositions dont l'exécution nécessite des mesures d'application est reportée à la date d'entrée en vigueur de ces mesures () ".

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, dans sa version issue de l'article 23 de la loi du 25 mai 2021 pour une sécurité globale préservant les libertés : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () 4° bis Pour un ressortissant étranger ne relevant pas de l'article L. 233-1 du même code, s'il n'est pas titulaire, depuis au moins cinq ans, d'un titre de séjour () ".

8. Les dispositions précitées de la loi du 25 mai 2021, qui ont inséré un 4 bis au sein de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure afin d'instituer la condition de détention d'un titre de séjour pendant au moins cinq ans pour les étrangers sollicitant la délivrance d'une carte professionnelle d'agent privé de sécurité, ont été publiées au Journal officiel de la République française, le 26 mai 2021 et sont, par conséquent, entrées en vigueur le 27 mai 2021, en l'absence de dispositions dérogatoires ou subordonnant expressément ou nécessairement leur exécution à une condition déterminée.

9. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'extrait du fichier AGDREF versé aux débats par le CNAPS, qu'à la date d'adoption de la décision litigieuse, M. B n'était titulaire d'un titre de séjour que depuis le 19 novembre 2020, soit depuis moins de cinq ans et ne satisfaisait donc pas aux conditions exigées par les dispositions citées au point n°7 pour se voir délivrer une carte d'agent privé de sécurité. A cet égard, la circonstance que l'intéressé avait obtenu, le 10 mai 2021, une autorisation préalable lui permettant de suivre une formation pour être agent de gardiennage ou de surveillance humaine pouvant inclure l'usage de moyens électroniques délivrée par la CLAC Ouest, est sans incidence sur la légalité de la décision contestée. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la CNAC a commis une erreur de droit en lui opposant les conditions posées par les dispositions de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, dans leur rédaction issue de l'article 23 de la loi du 25 mai 2021, pour refuser de faire droit à sa demande. Le moyen ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision litigieuse. Sa requête doit, dès lors, être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Bouvet, premier conseiller,

M. Mulot, premier conseiller,

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 10 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

C. BOUVETLa présidente,

signé

A. GAILLARD

Le greffier,

signé

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

S. Combes

N°2202097

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