mardi 22 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2202121 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | PEKETI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 mai 2022, Mme A B, représentée par Me Peketi, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions, contenues dans l'arrêté du 10 mai 2022, par lesquelles le préfet de la Seine-Maritime a refusé de renouveler son titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que l'arrêté attaqué :
- est insuffisamment motivé ;
- est entaché d'erreur de fait ;
- est entaché d'un défaut d'examen personnalisé de sa situation personnelle ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- l'ordonnance du 26 août 2022 fixant la clôture de l'instruction au 26 septembre 2022 à 12h ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Le Vaillant, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante camerounaise née le 21 juin 1998, est entrée en France le 3 octobre 2019 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 1er octobre 2020. Le 2 octobre 2020, elle s'est vu délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant ", valable jusqu'au 1er octobre 2021. Le 11 novembre 2021, Mme B a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Elle demande l'annulation des décisions, contenues dans l'arrêté du 10 mai 2022, par lesquelles le préfet de la Seine-Maritime a refusé de renouveler son titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fondent les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, est dès lors suffisamment motivé.
3. En deuxième lieu, les mentions de l'arrêté attaqué selon lesquelles Mme B " ne présente pas de réel projet professionnel " et " n'apporte aucune preuve sérieuse de nature à justifier de l'intensité, de l'ancienneté et de la stabilité de ses liens personnels et familiaux ", ne font pas état de faits que l'autorité préfectorale tiendrait pour matériellement établis mais relèvent de l'appréciation portée sur la situation de l'intéressée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait, pris en toutes ses branches, doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet de la Seine-Maritime a examiné la situation de Mme B eu égard à son parcours académique et, par ailleurs, eu égard à sa situation personnelle et familiale sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen particulier doit être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. " Aux termes du premier alinéa de l'article L. 433-1 du même code : " A l'exception de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention "salarié détaché ICT", prévue à l'article L. 421-26, et de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention "recherche d'emploi ou création d'entreprise", prévue à l'article L. 422-10, qui ne sont pas renouvelables, le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte. "
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B était inscrite, pour l'année universitaire 2021-2022 et par conséquent à la date de la décision attaquée, en première année de master européen " Management et Stratégie d'Entreprise ", auprès de l'établissement privé d'enseignement à distance " ENACO ". La requérante ne conteste pas que la totalité des enseignements de cette formation sont dispensés à distance. Une telle formation ne nécessite pas le séjour en France de l'étranger qui désire la suivre. Si Mme B soutient que des stages et examens, dans le cadre de cette formation, avaient lieu en France, elle n'apporte aucun élément permettant d'apprécier la réalité de ces allégations. Le préfet de la Seine-Maritime n'a, par conséquent, pas commis d'erreur de droit en refusant de renouveler le titre de séjour " étudiant " de Mme B au motif que la totalité de sa formation était dispensée à distance. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
7. En dernier lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que, si Mme B se bornait à solliciter le renouvellement d'un titre de séjour en qualité d'étudiante, le préfet de la Seine-Maritime a examiné, d'office, si la décision portant refus de séjour était susceptible de porter une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en tant qu'il est dirigé contre cette décision, est dès lors opérant. La requérante se prévaut de la présence en France de ses deux sœurs, en situation régulière. Cependant, elle est entrée et a séjourné en France afin d'y poursuivre des études, y est célibataire sans charge de famille et n'y justifie d'aucune insertion particulière. Elle ne conteste pas, par ailleurs, disposer d'attaches dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté atteinte au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale en refusant de lui délivrer un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français, eu égard aux buts poursuivis par ces décisions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions, contenues dans l'arrêté du 10 mai 2022, par lesquelles le préfet de la Seine-Maritime a refusé de renouveler son titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.
Le rapporteur,
Signé
A. LE VAILLANT
Le président,
Signé
P. MINNELe greffier,
Signé
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N. BOULAY
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