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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202282

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202282

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202282
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantMASSARDIER JULIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 3 juin 2022 et le 30 août 2022, M. C A B, représenté par Me Massardier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 mai 2022 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a rejeté son recours contre la décision du président de la commission de discipline du centre pénitentiaire du Havre du 2 mai 2022 prononçant à son encontre une sanction de seize jours de cellule disciplinaire dont sept jours avec sursis actif pendant quatre mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, cette condamnation valant renonciation par son conseil au versement de l'aide juridictionnelle, ou à défaut, de lui verser cette somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de forme dès lors que le compte-rendu d'incident ne mentionne pas le nom de l'agent rédacteur si bien qu'il ne peut pas être vérifié que l'agent n'a pas siégé dans la commission de discipline ni qu'il a prêté serment ;

- les décisions de fouilles sont entachées d'un vice de procédure tiré du défaut de production de décisions et du défaut de mention de l'auteur des fouilles ;

- la décision portant placement à titre préventif en cellule disciplinaire n'était pas nécessaire dès lors que l'intéressé ne présentait plus aucun risque pour la détention ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur dans la matérialité des faits dès lors qu'il n'est pas établi qu'il était en possession de stupéfiants ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et de disproportion.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mars 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir les moyens de la requête de M. A B ne sont pas fondés.

M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision 22 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de procédure pénale ;

- le code pénitentiaire ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Esnol,

- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique ;

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A B, incarcéré depuis le 17 mars 2022, est détenu au centre pénitentiaire du Havre. Par une décision de la commission de discipline du centre pénitentiaire du Havre du 2 mai 2022, M. A B a fait l'objet d'une sanction de seize jours de cellule disciplinaire, dont sept jours avec sursis actif pendant quatre mois pour des faits d'introduction de stupéfiants dans l'établissement et de refus de se soumettre à une mesure ordonnée par un surveillant pénitentiaire. M. A B a formé un recours préalable obligatoire contre la décision de la commission de discipline devant la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes qui, par une décision du 24 mai 2022, dont M. A B demande l'annulation, a confirmé la sanction prononcée.

2. Aux termes de l'article R. 234-12 du code pénitentiaire : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline. "

3. M. A B se prévaut du fait que, conformément à ce que prévoit notamment la circulaire du 9 juin 2011 relative au régime disciplinaire des détenus, le compte-rendu de l'incident doit préciser, en principe, le nom et le prénom de l'agent des services pénitentiaires qui l'a rédigé. Toutefois, la circonstance que le compte-rendu ayant donné lieu à l'édiction de la sanction contestée ne comporte pas ces mentions, ni même le numéro de matricule de l'agent est par elle-même, sans incidence sur la régularité de la procédure suivie. En outre, il ressort des pièces du dossier que le compte-rendu d'incident a été rédigé par un surveillant dont le nom a partiellement été anonymisé sous la forme " Beno** P**-A** ", alors que le surveillant qui a siégé à la commission de discipline porte un nom partiellement anonymisé sous la forme " Bella*** ", qui ne correspond pas à celui de l'agent auteur du compte rendu d'incident. Ces seules mentions, en l'absence de contradiction sérieuse, sont suffisantes pour établir sa qualité d'agent de l'administration pénitentiaire, réputé avoir prêté serment. Par suite, le moyen tiré de ce que le rédacteur du compte-rendu d'incident ou aurait siégé en qualité d'assesseur à cette commission ne peut qu'être écarté.

4. Aux termes de l'article R. 232-4 du code pénitentiaire : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue :() / 11° D'introduire ou tenter d'introduire au sein de l'établissement des produits stupéfiants, ou sans autorisation médicale, des produits de substitution aux stupéfiants ou des substances psychotropes, de les fabriquer, de les détenir ou d'en faire l'échange contre tout bien, produit ou service ; " Aux termes de l'article R. 232-5 du code pénitentiaire : " Constitue une faute disciplinaire du deuxième degré le fait, pour une personne détenue : / 1° De refuser de se soumettre à une mesure de sécurité définie par une disposition législative ou réglementaire, par le règlement intérieur de l'établissement pénitentiaire, défini aux articles L. 112-4 et R. 112-22, ou par toute autre instruction de service ou refuser d'obtempérer immédiatement aux injonctions du personnel de l'établissement ; () "

5. D'une part, pour contester la décision attaquée, M. A B fait valoir qu'il n'est pas établi qu'il était en possession de stupéfiant. Il ressort des pièces du dossier que M. A B est sanctionné pour les faits relatés dans le compte rendu d'incident, à savoir, d'avoir introduit dans l'établissement pénitentiaire à l'issue d'un parloir, une " substance brunâtre " et d'avoir refusé de se soumettre à une fouille intégrale à l'occasion de laquelle la substance a été découverte, malgré la tentative de dissimulation de l'intéressé. Lors de son audition à la commission de discipline tenue le 2 juin 2022, l'intéressé n'a pas nié avoir été retrouvé en possession de produit stupéfiant mais en contestait seulement l'origine. En outre, en se bornant à affirmer qu'il pourrait s'agir d'" encens ou de pâte de fruit ", le requérant n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause la nature des faits retenus à son encontre.

6. D'autre part, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un détenu ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

7. Eu égard à la nature des faits reprochés à M. A B, rappelé au point 5 et dès lors qu'ils constituent des fautes disciplinaires du premier et deuxième degré, la sanction de seize jours de cellule disciplinaire dont sept jours avec sursis, alors que le maximum encouru pour les fautes commises était de vingt jours fermes, n'apparait pas disproportionnée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

8. M. A B ne peut utilement se prévaloir de l'illégalité de la décision de fouille, ni celle de la décision le plaçant en cellule disciplinaire à titre préventif dès lors qu'aucune de ces décisions ne constituent la base légale de la sanction attaquée et que celle-ci n'a pas été prise pour leur application. Par suite, les moyens tirés de l'irrégularité de la fouille, de l'incompétence de la personne ayant réalisé les fouilles, de l'atteinte à la dignité humaine dans la modalité de réalisation de la fouille et de l'illégalité de la décision de placement en cellule disciplinaire à titre préventif doivent être écartés comme inopérants.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A B tendant à l'annulation de la décision du 24 mai 2022 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a prononcé une sanction de seize jours de cellule disciplinaire dont sept jours avec sursis, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles présentées au titre des dépens, l'instance ne présentant aucun dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B, à Me Massardier et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Armand, premier conseiller faisant fonction de président,

M. Cotraud, premier conseiller,

Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

La rapporteure,

B. Esnol

Le premier conseiller faisant fonction de président,

G. Armand La greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.ah

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