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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202332

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202332

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202332
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantMEDEAS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la requête des consorts L, qui demandaient l'annulation de l'arrêté du 11 avril 2022 refusant leur permis d'aménager pour la création de huit lots à bâtir à Criquebeuf-sur-Seine. Le tribunal a validé le premier motif de refus fondé sur l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme, estimant que le projet nécessitait des travaux de renforcement du réseau électrique non programmés par la commune, qui n'était donc pas en mesure d'en indiquer le délai de réalisation. Il a également confirmé le second motif tiré de l'article 2.1 du règlement du PLU, jugeant que l'implantation lâche des constructions projetées ne respectait pas le paysage urbain traditionnel. En conséquence, la requête a été rejetée.

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bellec, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique,

- les observations de Me André, substituant Me Baron, représentant les requérants,

- et les observations de Me Justal, substituant Me Soublin, représentant la commune de Criquebeuf-sur-Seine.

Considérant ce qui suit :

1. Les consorts L sont propriétaires d'une parcelle cadastrée ZA 208, située rue de Rougement sur le territoire de la commune de Criquebeuf-sur-Seine. Le 16 décembre 2021, ils ont déposé une demande de permis d'aménager tendant à la création de huit lots à bâtir, qui a été rejetée par un arrêté du 11 avril 2022. Par la présente requête, les consorts L demandent l'annulation pour excès de pouvoir de l'arrêté du 11 avril 2022 portant refus du permis d'aménager.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés. () "

3. Ces dispositions poursuivent notamment le but d'intérêt général d'éviter à la collectivité publique ou au concessionnaire d'être contraints, par le seul effet d'une initiative privée, de réaliser des travaux d'extension ou de renforcement des réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou d'électricité et de garantir leur cohérence et leur bon fonctionnement, en prenant en compte les perspectives d'urbanisation et de développement de la collectivité. Il en résulte qu'un permis de construire doit être refusé lorsque, d'une part, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et, d'autre part, l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.

4. Pour contester le premier motif de la décision attaquée, les requérants soutiennent que l'opération ne nécessite pas la création d'un nouveau réseau mais le remplacement d'un transformateur et que le montant des travaux de 9 500 euros est modeste. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment de l'avis du SIEGE du 4 avril 2022 que le projet nécessite la création d'un nouveau réseau à la charge de la commune et que le délai dans lequel les travaux de création d'un nouveau réseau n'est pas connu. Si les requérants soutiennent que ce nouveau réseau impliquerait seulement le remplacement du transformateur existant, il n'est pas sérieusement contesté que ce remplacement constitue des travaux de renforcement de la capacité du réseau tels que visés au point 3. Dans son mémoire en défense, la commune précise que les travaux de création d'un nouveau réseau pour desservir la parcelle ne sont pas programmés, ni prévus dans le budget de la commune. Dans ces conditions, la commune n'était pas en mesure d'indiquer de manière suffisamment précise à quel délai les travaux seront exécutés. La circonstance que la parcelle assiette du projet soit classée en zone U est sans incidence sur l'application de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de ce que le premier motif de refus opposé par l'arrêté attaqué méconnait l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 2.1 du règlement de la zone U du plan local d'urbanisme intercommunal : " 2.1 Caractéristiques urbaine, architecturale, environnementale et paysagère / Volumétrie et implantation des constructions / Tout projet pourra être refusé si, par l'implantation ou le volume de sa ou de ses constructions, il ne respecte pas le paysage urbain traditionnellement observé dans la zone où il s'implante, conformément à la partie " qualité urbaine, architecturale, environnementale et paysagère " () ". Aux termes de la partie " 2.2 Qualité urbaine, architecturale, environnementale et paysagère " du règlement de la zone U du plan local d'urbanisme : " L'insertion des constructions dans leur environnement naturel et bâti doit être assurée conformément aux dispositions du présent règlement (). Les dispositions énoncées au présent article s'appliquent également aux opérations d'aménagement d'ensemble, autorisées dans le cadre d'un permis d'aménager ou d'une déclaration préalable pour division de terrain (). / Principes généraux / D'une façon générale, les constructions doivent être conçues afin de permettre la meilleure intégration dans le site d'accueil et dans leur environnement naturel et bâti. () En ce sens, les constructions neuves doivent s'inscrire harmonieusement dans la continuité de l'ensemble dans lequel elles s'insèrent, () / L'autorisation de construire peut être refusée : () si l'implantation des constructions n'est pas en cohérence avec l'implantation des constructions avoisinantes. () "

6. La décision de refus est motivée par le fait que les parcelles sont larges et les zones d'implantation importantes, favorisant une implantation lâche et aléatoire des constructions, sans réflexion globale ni prise en compte de l'urbanisme traditionnel caractéristique de la commune de Criquebeuf-sur-Seine. La commune soutient que le parcellaire proposé par la demande de permis d'aménager est essentiellement carré, ce qui ne correspond pas au parcellaire de la commune, qui est composé de parcelles étroites et rectangulaires. Toutefois, dans l'environnement du projet, certaines constructions sont implantées sur des parcelles de grande superficie. Les pièces du dossier ne démontrent pas une discontinuité importante du projet avec la configuration des parcelles existantes. Par ailleurs, si la demande de permis d'aménager n'apporte aucune précision sur l'implantation et l'aspect des constructions à venir, ils seront définis lors des demandes de permis de construire. Les requérants sont donc fondés à soutenir que le second motif de la décision attaquée méconnait l'article 2.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la zone U de la commune de Criquebeuf-sur-Seine.

7. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".

8. Aux termes de l'article 3.1 du règlement de la zone U du plan local d'urbanisme intercommunal : " Les terrains doivent être desservis par des voies publiques ou privées, dans des conditions répondant à l'importance et à la destination du projet d'aménagement, notamment en ce qui concerne la commodité, la sécurité de la circulation des accès ()./ L'accès sur les voies publiques doivent être adaptés à l'opération et aménagés en fonction de l'importance du trafic desdites voies, de façon à apporter la moindre gêne à la circulation publique/ Un accès peut être refusé s'il constitue une gêne ou un risque pour la circulation des piétons et des véhicules motorisés."

9. En vertu de ces dispositions, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modification substantielle nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

10. La décision est motivée par le fait que la rue Rougemont, où est situé le projet d'aménagement, supporte un trafic routier important, comme le souligne le plan d'aménagement et de développement durable du plan local d'urbanisme intercommunal. La commune fait valoir que la rue est située à proximité d'échangeurs de l'autoroute A 13 et que lorsque que la RD 321 est encombrée, la rue Rougemont est utilisée par les automobilistes qui évitent les difficultés de circulation de la route départementale. Il ressort des pièces du dossier que la commune a inscrit au plan local d'urbanisme un emplacement réservé n° 13 afin d'élargir la rue, qui n'est pas configurée pour accueillir un tel trafic. Les travaux d'élargissement ne sont toutefois pas programmés, ainsi que le fait valoir la commune, sans être contestée. En outre, le projet d'aménagement prévoit quatre sorties sur la rue Rougemont, dont l'une débouche sur un carrefour. Par ailleurs, le projet prévoit des stationnements le long de la voie publique aux abords des accès à la parcelle, ce qui aura pour effet de réduire la visibilité des automobilistes quittant la parcelle pour accéder à la rue Rougemont. Dès lors, compte tenu des atteintes à la sécurité publique impliquées par la création de ces quatre accès et de l'impossibilité d'assortir l'autorisation de prescriptions spéciales n'impliquant pas de modification substantielle du projet, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le troisième motif de la décision attaqué méconnait l'article 3.1 du plan local d'urbanisme intercommunal.

11. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le maire de Criquebeuf-sur-Seine aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur les motifs tirés de l'application de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme, et des risques pour la sécurité posés par les accès au projet.

12. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 11 avril 2022 par lequel le maire de Criquebeuf-sur-Seine a refusé de délivrer à Mme I et autres un permis d'aménager pour la création de huit lots de terrains à bâtir sur la parcelle cadastrée ZA n°208 doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Criquebeuf-sur-Seine, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse aux requérants la somme que ceux-ci réclament au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants une somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Criquebeuf-sur-Seine et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme K I et autres est rejetée.

Article 2 : Mme K I et autres verseront solidairement une somme globale de 1 500 euros à la commune de Criquebeuf-sur-Seine en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme K I, première requérante dénommée, et à la commune de Criquebeuf-sur-Seine.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Galle, présidente,

- M. Bellec, premier conseiller,

- Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

Le rapporteur,

C. Bellec

La présidente,

C. Galle La greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

ah

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