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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202517

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202517

vendredi 5 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202517
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantGRATIEN SIMON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 juin 2022 et 15 août 2022, M. B A, représenté par Me Diallo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 février 2022 par lequel le maire de Vittefleur l'a reclassé au 8ème échelon du grade d'adjoint technique territorial à compter du 1er janvier 2022, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux du 21 avril 2022 ;

2°) de condamner la commune de Vittefleur au paiement intégral de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise d'un montant mensuel de 150 euros à compter du 1er janvier 2022 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Vittefleur la somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- L'arrêté contesté :

o est insuffisamment motivé ;

o est entaché d'erreur de droit au regard du décret n°2014-513 du 20 mai 2014 portant création d'un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel (RIFSEEP) et de l'arrêté du 3 janvier 2019 adopté en application de ce dernier ;

o est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que l'arrêté contesté a eu un impact négatif sur sa carrière ;

- Ses demandes indemnitaires sont recevables ;

- Sa prime d'un montant mensuel de 150 euros lui a été indûment retirée dès lors que la délibération du 15 décembre 2017 prononçant la suppression de cette prime ne lui pas a été notifiée, que l'arrêt du versement de cette prime est concomitant à l'arrêté contesté et que les motifs du retrait de cette prime ne lui ont pas été indiqués lors de son entretien d'évaluation de janvier 2022.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 19 juillet 2022 et 22 août 2022, la commune de Vittefleur, représentée par Me Gratien, conclut à l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires, au rejet de la requête de M. A et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A la somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables en l'absence de liaison préalable du contentieux ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une décision du 21 septembre 2022, M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n° 2021-1818 du 24 décembre 2021 ;

- le décret n° 2016-596 du 12 mai 2016 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Favre,

- les conclusions de Mme Delacour, rapporteure publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, adjoint technique territorial de la commune de Vittefleur, exerce les missions d'agent d'entretien à temps partiel. Par l'arrêté attaqué du 4 février 2022, le maire de Vittefleur l'a reclassé au 8ème échelon du grade d'adjoint technique territorial à compter du 1er janvier 2022. L'intéressé a formé le 13 avril 2022 un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté, rejeté par décision expresse du 21 avril 2022. M. A demande dans la présente instance d'annuler l'arrêté du 4 février 2022 ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux et de condamner la commune au paiement de sa prime mensuelle de 150 euros à compter du 1er janvier 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, un arrêté de reclassement ne figure pas au nombre des décisions soumises à l'obligation de motivation prévue à l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme inopérant.

3. En second lieu, aux termes de l'article 7 du 24 décembre 2021 modifiant l'organisation des carrières des fonctionnaires de catégorie C de la fonction publique territoriale et portant attribution d'une bonification d'ancienneté exceptionnelle : " I- A la date d'entrée en vigueur du présent décret, les fonctionnaires appartenant à un cadre d'emplois de catégorie C ou de même niveau régis par le décret du 12 mai 2016 susvisé et qui détiennent un grade situé en échelle de rémunération C1 ou C2 ainsi que les fonctionnaires détachés dans les mêmes grades de l'un de ces cadres d'emplois sont reclassés conformément au tableau de correspondance suivant : () ". Aux termes de l'article 10 du décret précité : " Au titre de l'année 2022, une bonification d'ancienneté d'un an est attribuée aux fonctionnaires régis, à la date d'entrée en vigueur du présent décret, par le décret du 12 mai 2016 susvisé () ".

4. Il ressort de l'arrêté contesté que le reclassement auquel il procède résulte de la simple application du décret du 24 décembre 2021 modifiant l'organisation des carrières des fonctionnaires de catégorie C de la fonction publique territoriale et portant attribution d'une bonification d'ancienneté exceptionnelle, qui modifie le nombre d'échelons et la durée de certains échelons des grades de divers cadres d'emplois de la fonction publique territoriale classés dans les échelles de rémunération C1 et C2. L'article 7 de ce décret prévoit notamment qu'au 1er janvier 2021, les fonctionnaires qui, comme M. A, appartenaient à cette date à un cadre d'emplois de catégorie C ou de même niveau régis par le décret du 12 mai 2016 et qui détenaient un grade situé en échelle de rémunération C1 et étaient classés au 9ème échelon de cette échelle sont reclassés au 8ème échelon de la nouvelle échelle instituée en conservant leur ancienneté d'échelon dans la limite de la durée de l'échelon. L'article 10 du même décret du 24 décembre 2021 octroi au titre de l'année 2022 une bonification d'ancienneté d'un an à ces mêmes fonctionnaires et prévoit qu'elle est appliquée, le cas échéant, après le reclassement effectué conformément aux dispositions de l'article 7. Ainsi, l'arrêté attaqué se bornant à appliquer une réforme réglementaire, la perte de la prime liée à l'octroi de la prime d'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise est sans lien avec le reclassement opéré. Par suite, les moyens invoqués par le requérant concernant le retrait de sa prime d'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise, tels qu'analysés ci-dessus, sont inopérants. En outre, M. A ne conteste pas la légalité de l'arrêté du 4 février 2022 au regard des dispositions du décret du 24 décembre 2021 précité.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Ses conclusions à fin d'annulation, ainsi que par voie de conséquence, celles présentées à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

6. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

7. Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif.

8. Il résulte de l'instruction que, par son courrier du 13 avril 2022, M. A n'a sollicité, ainsi que le fait valoir la commune, que le retrait de l'arrêté du 4 février 2022. Par suite, en l'absence d'intervention d'une décision prise par l'administration, la demande présentée par le requérant au titre du paiement de sa prime mensuelle de 150 euros à compter du 1er janvier 2022 est irrecevable et la fin de non-recevoir opposée par la commune de Vittefleur doit être accueillie.

Sur les frais liés au litige :

9. Il ne peut être mis à la charge de la commune de Vittefleur, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. A la somme demandée par la commune de Vittefleur sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Vittefleur sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Diallo et à la commune de Vittefleur.

Délibéré après l'audience du 22 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Van Muylder présidente,

- M. Armand, premier conseiller,

- Mme Favre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2024.

La rapporteure,

Signé :

L. FAVRE

La présidente,

Signé :

C.VAN MUYLDER Le greffier,

Signé :

J.-B. MIALON

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J.-B. MIALON

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