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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202599

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202599

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202599
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantEDEN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 juin 2022, Mme B D, représentée par la SELARL Eden Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 février 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de sa fille ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent d'octroyer le bénéfice du regroupement familial à sa fille ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation, dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à titre subsidiaire, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme D soutient que la décision attaquée :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru, à tort, en situation de compétence liée pour refuser d'octroyer à sa fille le bénéfice du regroupement familial, au regard de la seule circonstance qu'elle n'aurait pas justifié de ressources suffisantes ;

- est entachée d'erreur d'appréciation quant au caractère suffisant de ses ressources ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- la décision du 27 avril 2022 par laquelle Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- l'ordonnance du 20 juillet 2023 fixant la clôture de l'instruction au 1er septembre 2023 à 12h00 ;

- les autres pièces du dossier, notamment celles produites par Mme D, enregistrées le 9 août 2023.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,

- et les observations de Me Madeline, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante algérienne née le 29 janvier 1989, est entrée en France en 2009, où elle réside avec son compagnon et leurs trois enfants, de nationalité française. Elle s'est vu délivrer un certificat de résidence valable du 18 mars 2014 au 17 mars 2024. Le 20 août 2021, elle a sollicité le regroupement familial au bénéfice de sa fille, A C, née le 8 juillet 2006, qui résidait alors en Algérie. Par la décision attaquée du 7 février 2022, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande.

2. En premier lieu, la décision attaquée, qui comporte l'énonciation des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, il ressort de la décision attaquée que le préfet de la Seine-Maritime, à qui il n'incombait pas de faire état de l'ensemble des éléments propres à la situation de Mme D et de sa fille, a procédé à un examen particulier de sa situation personnelle, tant au regard de sa situation économique que de sa vie privée et familiale et de celle de l'enfant. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : 1. le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont pris en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. L'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnel de croissance ; () "

5. D'une part, il ne ressort pas de la décision attaquée que le préfet de la Seine-Maritime, qui a d'ailleurs expressément envisagé la possibilité d'octroyer le bénéfice du regroupement familial à la fille de Mme D en dépit de ce que cette dernière ne justifiait pas de ressources suffisantes, se serait cru en situation de compétence liée pour refuser l'autorisation demandée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

6. D'autre part, le préfet a estimé que Mme D, qui justifiait d'un revenu mensuel moyen de 842,79 euros au cours d'une période de référence entre 2020 et 2021, ne disposait pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille, au demeurant destinée à être composée de six personnes dans la perspective de l'arrivée de sa fille A. La requérante ne conteste pas le montant retenu par l'autorité administrative et se borne à produire quelques bulletins de paie, à son nom ainsi qu'à celui de son conjoint, dont certains sont postérieurs à la décision en litige, un avis d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2020 sur lequel ne figure aucun revenu, ainsi qu'un contrat de travail à temps partiel dont l'exécution commençait le 2 mars 2022. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : "1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () "

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme D a quitté l'Algérie alors que sa fille A était âgée de trois ans. Si elle soutient, sans être contredite, que cette dernière a alors été confiée à ses parents, elle n'apporte aucune précision quant aux liens qu'elle aurait continué d'entretenir avec sa fille durant plus de douze ans. Si Mme D fait également état de ce que le père A réside en France, à Toulouse, elle ne justifie pas des liens qu'il aurait lui-même entretenus avec leur fille demeurée en Algérie, en se bornant à produire une attestation, établie postérieurement à la décision attaquée, selon laquelle celui-ci lui verserait une pension alimentaire. Dans ces conditions, en dépit, à supposer cette circonstance établie, de la fragilité de la situation de la fille de Mme D en Algérie qui serait en lien avec l'état de santé dégradé de son grand-père, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas, en ayant refusé d'autoriser l'introduction au titre du regroupement familial, porté au droit des intéressées au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts en vue desquels cette décision a été prise. En outre, pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas méconnu son obligation de faire de l'intérêt supérieur de la fille de Mme D une considération primordiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 7 février 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de regroupement familial. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à la SELARL Eden Avocats et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

Le rapporteur,

signé

A. LE VAILLANT

Le président,

signé

P. MINNELe greffier,

signé

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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