lundi 22 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2202602 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 juin 2022, et un mémoire en production de pièces, enregistré le 3 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Thiam, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 14 octobre 2021 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de regroupement familial pour son épouse et ses trois enfants, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que la décision attaquée :
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation concernant la composition familiale et ses revenus.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête de M. A.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Favre.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant mauritanien né le 13 décembre 1970, bénéficie d'une carte de résident valable du 6 juin 2018 au 5 juin 2028. Le 3 décembre 2019, l'intéressé a adressé à l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII) une demande de regroupement familial pour son épouse et ses trois enfants. Par la décision attaquée du 14 octobre 2021, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande. M. A a formé un recours gracieux le 24 décembre 2021 à l'encontre de cette décision, resté sans réponse.
Sur les conclusions en annulation :
2. Lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet dispose d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu de rejeter la demande même dans le cas où l'étranger demandeur du regroupement ne justifierait pas remplir l'une des conditions requises tenant aux ressources, au logement ou à la présence anticipée d'un membre de la famille sur le territoire français, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
3. En l'espèce, M. A est entré en 2007 sur le territoire français et bénéficie du statut de réfugié mauritanien depuis le 6 juin 2018. Il est le père d'un enfant né le 13 octobre 2002 au Sénégal issu d'une précédente union et dont il a obtenu la garde par jugement du tribunal d'instance de Saint-Louis au Sénégal du 24 avril 2020. Il s'est marié avec une ressortissante sénégalaise le 30 août 2019 à Rouen. Il est également le père de deux enfants issus de son union avec son épouse, nés respectivement le 15 février 2018 au Sénégal et le 1er juillet 2019 en France, qui bénéficient de documents de circulation pour étranger mineur. M. A est employé en tant qu'ouvrier agricole depuis le 4 mars 2019 et bénéficie d'un revenu mensuel moyen de 1 273 euros pour l'année 2019. Par suite, eu égard à la stabilité des liens qu'entretient M. A avec son épouse et ses enfants ainsi qu'à ses conditions de séjour, et ce en dépit du montant de ses ressources inférieur à celui de la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance majoré d'un dixième pour l'année 2019, le préfet de la Seine-Maritime a porté une atteinte excessive au droit de l'intéressé de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en adoptant le refus d'autorisation de regroupement familial en litige. Par suite, cette décision doit être annulée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.
4. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 14 octobre 2021 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de regroupement familial pour son épouse et ses trois enfants, ainsi que la décision implicite de rejet son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
5. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique que le préfet territorialement compétent délivre à M. A l'autorisation de regroupement familial sollicitée dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 000 euros à M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 14 octobre 2021 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a rejeté la demande de regroupement familial de M. A pour son épouse et ses trois enfants, et la décision implicite de rejet de son recours gracieux, sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à M. A l'autorisation de regroupement familial sollicitée dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 5 avril 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Van Muylder, présidente,
- M. Armand, premier conseiller,
- Mme Favre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 avril 2024.
La rapporteure,
Signé :
L. FAVRE
La présidente,
Signé :
C. VAN MUYLDER Le greffier,
Signé :
J.-B. MIALON
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
J.-B. MIALON
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