Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202660

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202660
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantFRANCE TERRE D'ASILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

H une requête et un mémoire en production enregistrés le 2 juillet 2022 et le 4 juillet 2022, M. A G, représenté H Me Paraiso, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 7 mars 2022 H lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français ;

2) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 152,45 euros H jour de retard.

M. G soutient que :

* Son recours est recevable.

* La décision portant obligation de quitter le territoire français :

­ a été adoptée H une autorité incompétente ;

­ a méconnu son droit à être entendu consacré H l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

­ souffre d'une motivation insuffisante ;

­ méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ procède d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

* La décision refusant un délai de départ volontaire :

­ est entachée d'incompétence ;

­ est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

* La décision fixant le pays de destination :

­ a été adoptée H une autorité incompétente ;

­ souffre d'une motivation insuffisante ;

­ est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

­ méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu :

­ la décision H laquelle le président du tribunal a désigné M. E comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

­ les autres pièces du dossier.

Vu :

­ la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

­ la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

­ le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir au cours de l'audience publique du 5 juillet 2022, présenté son rapport et entendu les observations orales de :

* Me Paraiso, avocat commis d'office représentant M. G qui soutient que :

- il est en couple avec une ressortissante géorgienne qui bénéficie du statut de réfugiée ;

- il n'est pas marié en Géorgie ;

- il a déposé une demande de titre de séjour en raison de son état de santé ;

- sa nouvelle adresse était connue des services de la préfecture ;

* M. G qui H le truchement de Mme D, interprète, soutient que :

- il est quotidiennement en contact avec son fils de onze ans qui réside en Géorgie ;

- il est en couple depuis un an et demi et a vécu avec Mme F deux mois après leur rencontre.

L'instruction étant close à l'issue de l'audience à 17 heures 06, en application de l'article R.776-26 du code de justice administrative ;

1. M. G, né le 22 juin 1986, est, selon ses dires, entré sur le territoire français le 15 février 2020. H arrêté en date du 7 mars 2022, le préfet de la Seine-Maritime a pris à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours aux motifs que sa demande d'asile a été rejetée H l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 13 avril 2021 et la Cour nationale du droit d'asile le 27 septembre 2021, qu'il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français, que marié à une ressortissante géorgienne et père d'un enfant qui ne résident pas en France mais en Géorgie il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, que M. G n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. M. G demande l'annulation de ces décisions.

Sur les moyens communs aux décisions :

2. En premier lieu, Mme C B, sous-préfète du Havre, qui a signé les décisions attaquées, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime en date du 23 février 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet notamment de signer les décisions en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait.

3. En deuxième lieu, les décisions attaquées, comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ces décisions, prises après un examen particulier de la situation de M. G H le préfet de la Seine-Maritime sont donc suffisamment motivées.

Sur les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. G disposait d'informations tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise à son encontre la mesure qu'il conteste et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette décision. H suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait le principe général du droit d'être entendu qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne doit être écarté.

5. En deuxième lieu, si M. G, entré sur le territoire français le 15 février 2020, invoque la présence de sa compagne sur le territoire national qui a obtenu le bénéfice du statut de réfugiée, il n'établit pas y avoir l'essentiel de ses attaches familiales et être dépourvu d'attaches en Géorgie, où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-quatre ans, et où il est constant que réside encore son fils mineur dont il indique avoir pourvu à l'éducation lorsqu'ils résidaient dans le même pays et avec lequel il indique être quotidiennement en relation téléphonique. Dans ces conditions, alors que l'intéressé ne justifie d'aucune insertion particulière en France, eu égard aux conditions et à la durée de son séjour en France, la décision attaquée ne porte pas au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée H rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle ne méconnaît donc pas les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, pour les mêmes motifs, ne procède pas d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur les moyens propres à la décision relative au délai de départ volontaire :

6. Il ressort des termes de l'arrêté contesté qu'un délai de départ volontaire de trente jours a été accordé à M. G. H suite, les conclusions de la requête tendant à l'annulation d'une décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire sont dirigées contre une décision inexistante et l'ensemble des moyens à leur soutient doit donc être écarté.

Sur les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

8. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les motifs exposés au point 5.

Sur les moyens propres à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. Il ressort des termes de l'arrêté contesté qu'une interdiction de retour sur le territoire français n'a pas été adoptée à l'encontre de M. G. H suite, les conclusions de la requête tendant à l'annulation d'une telle décision ne peuvent qu'être rejetées.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. G n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 7 mars 2022 H lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé. H voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A G, à Me Paraiso et au préfet de la Seine-Maritime.

Lu en audience publique le 5 juillet 2022.

Le magistrat désigné,La greffière,

T. EA. LENFANT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.