jeudi 15 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2202760 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | TRAORE |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance de renvoi n° 2210598 du 6 juillet 2022, le magistrat délégué du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Rouen la requête et le mémoire de M. G enregistrés au greffe du tribunal administratif de Paris les 11 mai 2022 et 5 juillet 2022.
Par cette requête et ce mémoire, M. B G, représenté par Me Traoré, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 mai 2022 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) à titre subsidiaire, d'annuler l'arrêté du 9 mai 2022 en tant que le préfet de police lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est père d'un enfant français dont il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation ;
- est illégale, dès lors que le préfet n'a pas fait usage de son pouvoir discrétionnaire ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît le premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est illégalité en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 juin 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. G ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme H a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B G, ressortissant ivoirien né le 12 novembre 2000 à Kahankro-Toumodi, a déclaré être entré en France au cours de l'année 2016. Par une ordonnance du 23 novembre 2016, le procureur de la République l'a confié de manière provisoire aux services de l'aide sociale à l'enfance des Hauts-de-Seine. Par ordonnances des 22 décembre 2016 et 18 mai 2017, le juge des enfants du tribunal de grande instance de Nanterre a renouvelé le placement de M. G pour des durées de six mois, respectivement à compter des 14 décembre 2016 et 14 juin 2017, soit jusqu'aux 14 juin 2017 et 14 décembre 2017. Le 7 février 2020, M. G, a sollicité un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 6 juillet 2020, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination. Par un jugement n° 2009662 du 11 février 2021, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté la requête formée par M. G à l'encontre de cet arrêté. Le 7 mai 2022, l'intéressé a fait l'objet d'une interpellation par les services de police avec trois autres individus pour des faits de vol en réunion commis dans un moyen de transport collectif de voyageurs à Paris. Par l'arrêté attaqué du 9 mai 2022, le préfet de police a obligé M. G à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, de manière suffisamment circonstanciée pour mettre utilement M. G en mesure d'en discuter les motifs. Elle est ainsi suffisamment motivée, alors même qu'elle se présente sous la forme d'un formulaire, sans qu'y fasse obstacle la circonstance qu'elle ne mentionnerait pas l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle du requérant.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; () ".
4. Il est constant que M. G est père d'un enfant français mineur né le 13 juin 2019 à Bondy. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. G serait hébergé au cours de l'année 2019, chez sa nouvelle compagne, Mme C, ressortissante ivoirienne, et non chez la mère de son fils E, A F, ressortissante française qui résiderait à Bobigny. De plus, par les seules pièces qu'il produit, soit des preuves de virements bancaires à l'attention de Mme F entre les mois de février et septembre 2020, des factures de fournitures pour bébé émises entre les mois de février et septembre 2020, trois attestations peu circonstanciées ainsi que deux photographies, le requérant n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et l'éducation de E depuis sa naissance ou depuis au moins deux ans, au sens et pour l'application des dispositions précitées du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour de étrangers et du droit d'asile. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
5. En troisième lieu, en soutenant que le préfet aurait dû mettre en œuvre son pouvoir de régularisation, le requérant se prévaut, d'une part, de sa qualité de parent d'enfant français mineur résidant en France, et, d'autre part, des circonstances relatives à sa situation personnelle qu'il qualifie d'exceptionnelles au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il est constant que M. G n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour préalablement à la décision attaquée, qui n'a ni pour objet, ni pour effet de lui refuser la délivrance d'un titre de séjour. Ce moyen doit, dès lors, être écarté comme inopérant.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. Il est constant que M. G réside de manière continue en France depuis plus de cinq années à la date de la décision en litige. Il est également constant qu'il est père de trois enfants mineurs nés les 16 juin 2018, 13 juin 2019 et 23 mars 2022 de trois mères différentes. Toutefois, le requérant n'établit pas, par les pièces qu'il produit, entretenir des liens d'une particulière intensité et stabilité avec sa fille née le 16 juin 2018, dont il ressort par ailleurs des pièces du dossier qu'elle a été placée à compter du 1er mai 2019 auprès des services de l'aide sociale à l'enfance. En outre, ainsi que cela a été dit précédemment, le requérant n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son deuxième enfant, E. Enfin, la seule attestation d'hébergement datée du 1er juillet 2022, établie par la mère de son troisième enfant, selon laquelle M. G résiderait avec elle depuis 2019, est contredite par l'attestation établie le 17 juin 2020 par la mère de E, selon laquelle M. G résiderait avec elle à Bobigny. Dans ces conditions, le requérant ne peut être regardé comme justifiant d'une vie commune stable et ancienne avec la mère de son troisième enfant, dont il n'est pas contesté qu'elle est sa compagne. Le requérant ne fait en outre état d'aucune circonstance particulière qui ferait obstacle à la reconstitution de sa cellule familiale en Côte d'Ivioire, pays dont deux de ses trois enfants et son actuelle compagne ont la nationalité. De plus, le requérant ne se prévaut d'aucune intégration sociale et professionnelle stable et ancrée en France. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. G une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis, et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ce moyen doit, par suite, être écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
9. Le requérant se borne à soutenir que l'intérêt supérieur de ses trois enfants mineurs revêt un caractère primordial. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier qu'il entretiendrait avec eux des liens d'une particulière intensité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.
10. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police aurait entaché la décision contestée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
11. Il résulte de ce qui précède que M. G n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 9 mai 2022 par laquelle le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
12. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 (). "
13. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
14. En second lieu, ainsi que cela a été rappelé précédemment, le requérant n'établit pas subvenir à l'éducation et à l'entretien de ses trois enfants mineurs résidant en France. Dans ces conditions, et eu égard à ce qui a été dit aux points 4 et 7 du présent jugement, en interdisant au requérant de retourner en France pendant une durée de deux années, le préfet de police n'a pas commis d'erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
15. Il résulte de ce qui précède que M. G n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 9 mai 2022 par laquelle le préfet de police lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. G n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 mai 2022. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions présentées à fin d'injonction, de même que celles relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. G est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B G et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Bailly, présidente,
- Mme H et Mme D, conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.
La rapporteure,
D. HLa présidente,
P. BaillyLa greffière,
A. Hussein
La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026