Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202773

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202773
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 3

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2022, Mme B C, représentée par Me Leprince, demande au tribunal :

- de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

- d'annuler l'arrêté du 21 juin 2022 par lequel le préfet de l'Eure a refusé de lui octroyer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français, a fixé le délai de départ et a déterminé le pays de destination ;

- d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui remettre une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours, sous astreinte de cent euros par jour de retard;

- de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

S'agissant du refus d'octroi d'un titre de séjour et de l'abrogation de l'attestation de demande d'asile :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- le médecin de zone de l'OFII aurait dû être saisi avant la mesure d'éloignement ;

- le principe général du droit de l'Union consistant à être entendu préalablement à un acte administratif faisant grief n'a pas été respecté ;

- cet acte est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation et d'une erreur substantielle de fait;

- la décision contestée méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait le principe général du droit de l'Union consistant à être entendu préalablement à un acte administratif faisant grief;

- cet acte est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur un refus de titre de séjour illégal;

- elle méconnait l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- en n'octroyant pas un délai de départ suffisant, le préfet a entaché sa décision d'un défaut de motivation, d'un défaut d'examen manifeste de sa situation et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est insuffisamment motivée;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur substantielle de fait ;

- elle méconnait l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations des articles 2, 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2022, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. A comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 14 septembre 2022, après la présentation du rapport de M. A, ont été entendues :

- les observations de Me Souty, pour Mme C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens. Mme C a également été mise en mesure de faire part de ses observations.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, ressortissante malienne née le 10 juin 1978, est entrée en France le 5 octobre 2019. Par une décision du 3 novembre 2020, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 20 mai 2022. Par l'acte attaqué du 21 juin 2022, le préfet de l'Eure a refusé de lui accorder un titre de séjour et a abrogé son attestation de demandeur d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour et l'abrogation de l'attestation de demande d'asile :

2. En premier lieu, la décision attaquée comprend les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est par suite suffisamment motivée. Il ne ressort par ailleurs pas des termes de l'acte contesté qu'avant de le prendre, le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de la demande de l'intéressée, nonobstant l'erreur de plume relative à sa nationalité, malienne et non congolaise. La requérante n'établit par ailleurs pas, en dépit de ses allégations, avoir tenté à plusieurs reprises de prendre rendez-vous auprès de l'administration, et lui avoir fait part de son état de santé. Il ne ressort pas non plus des termes de ce même arrêté que le préfet se serait cru lié par les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Mme C n'est par conséquent pas fondée à soutenir que le préfet a méconnu l'étendue de sa propre compétence.

3. En deuxième lieu, dans la mesure où le préfet de l'Eure a été saisi par Mme C d'une demande d'asile, il n'était pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressée pouvait prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La requérante n'établit nullement avoir saisi l'administration à cet effet. Le moyen tiré du défaut de saisine du médecin de l'OFII préalablement à une mesure d'éloignement, alors que l'acte attaqué n'a pas vocation à l'éloigner du territoire français doit, en tout état de cause, être écarté.

4. En troisième lieu, Mme C a déposé une demande d'asile et a ainsi été conduite à préciser à l'administration les motifs pour lesquels elle demandait l'octroi d'un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Le droit de l'intéressée à être entendu, ainsi satisfait à l'occasion de l'enregistrement de sa demande d'asile puis au cours de l'instruction de cette demande, n'imposait pas à l'autorité administrative de mettre à même l'intéressée de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, préalablement à l'acte attaqué induit par le rejet de sa demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu doit être écarté.

5. En dernier lieu, la requérante ne verse au dossier aucun élément susceptible d'attester de ce que l'acte attaqué porterait atteinte aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, se bornant à indiquer qu'elle a dû quitter le Mali en raison de problèmes familiaux et qu'elle ne pourra reconstituer une vie privée et familial normale dans son pays d'origine. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est, par suite, suffisamment motivée.

7. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 5 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté. De même, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 3, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de la requérante ne peut qu'être écarté.

8. En dernier lieu, il n'est pas établi que la requérante aurait communiqué au préfet des éléments d'information et des documents relatifs à son état de santé qui auraient été de nature à justifier une décision autre que celle qui a été prise. Dans le cadre de la présente instance, les documents médicaux produits ne sont pas de nature à attester de ce qu'une mesure d'éloignement serait incompatible avec les pathologies mentionnées, aucune mention n'étant faite, en particulier, des suites de l'intervention chirurgicale dont elle a fait l'objet le 31 janvier 2022, ni d'éventuels risques en ce qui concerne ses fibres optiques. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

9. Eu égard à ce qui précède, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut également qu'être écarté.

En ce qui concerne le délai de départ :

10. Contrairement à ce que soutient la requérante, le délai de départ de trente jours est suffisant et adapté à la situation de la requérante. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation relatif au " refus " du préfet, au défaut d'examen de la situation de Mme C, et à l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, la décision attaquée comprend les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est par suite suffisamment motivée. Par ailleurs, la requérante n'établit nullement la réalité des risques pesant sur elle en cas de retour au Mali.

12. En deuxième lieu, Mme C n'est pas fondée à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la mesure d'éloignement pour demander l'annulation de la décision attaquée.

13. En troisième lieu, l'erreur de plume mentionnée au point 3 du présent jugement, pour regrettable qu'elle soit, est sans incidence sur la légalité de l'acte. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen particulier de la situation de la requérante et de l'erreur substantielle de fait doivent être écartés.

14. En dernier lieu, la requérante ne verse au dossier aucun élément nouveau depuis le refus d'octroi d'asile définitif dont elle a fait l'objet, qui serait susceptible d'interroger la décision de rejet de sa demande par l'OFPRA puis par la CNDA. En ce qui concerne son état de santé, ainsi qu'il est relevé ci-dessus, les documents qu'elle produit ne comprennent aucun commencement de preuve relatif à un éventuel risque en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de la violation des articles 2, 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et au titre des frais d'instance doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Leprince et au préfet de l'Eure.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé :

C. A

La greffière,

Signé :

N. STOCK

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. STOCK