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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202819

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202819

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202819
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantALQUIER CLAUDIE

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bellec, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique,

- les observations de Me Lahaye substituant Me Etcheverry, représentant M. et Mme C,

- et les observations de Me Paillot substituant Me Alquier, représentant la commune de Clères.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B sont propriétaires d'une parcelle cadastrée section C numéro 598 située sur le territoire de la commune de Clères sur laquelle se trouve un bâtiment à destination de bureaux. Par une demande déposée sous le n° PC 076 179 22 B0002 le 31 janvier 2022, ils ont sollicité la délivrance d'un permis de construire pour la transformation de ce bâtiment en maison d'habitation. Le maire de la commune de Clères a délivré le permis de construire le 17 mai 2022. Par la présente requête, M. et Mme C, voisins du projet, demandent l'annulation pour excès de pouvoir de l'arrêté du 17 mai 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire comprend : / a) Les informations mentionnées aux articles R. 431-5 à R. 431-12 ; / b) Les pièces complémentaires mentionnées aux articles R. 431-13 à R. * 431-33-1 ; / c) Les informations prévues aux articles R. 431-34 et R. 431-34-1. / Pour l'application des articles R. 423-19 à R. 423-22, le dossier est réputé complet lorsqu'il comprend les informations mentionnées au a et au b ci-dessus. / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente. ". Aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire précise : () / e) La destination des constructions, par référence aux différentes destinations et sous-destinations définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28 ; () g) La puissance électrique nécessaire au projet, lorsque la puissance électrique est supérieure à 12 kilovoltampères monophasé ou 36 kilovoltampères triphasé () ". L'article R. 151-27 du code de l'urbanisme prévoit, dans sa rédaction applicable au cas d'espèce, que : " Les destinations de constructions sont : () 2° Habitation ; / 3° Commerce et activités de service ; () 5°) Autres activités des secteurs secondaire ou tertiaire ". Aux termes de l'article R. 151-28 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Les destinations de constructions prévues à l'article R. 151-27 comprennent les sous-destinations suivantes : () 2° Pour la destination " habitation " : logement, hébergement ; () / 3° Pour la destination " commerce et activités de service " : artisanat et commerce de détail, restauration, commerce de gros, activités de services où s'effectue l'accueil d'une clientèle, cinéma, hôtels, autres hébergements touristiques ;() ".

3. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable. En outre, le permis de construire n'ayant d'autre objet que d'autoriser la construction conforme aux plans et indications fournis par le pétitionnaire, l'autorité administrative n'a à vérifier ni l'exactitude des déclarations du demandeur relatives à la consistance du projet à moins qu'elles ne soient contredites par les autres éléments du dossier joint à la demande tels que limitativement définis par les articles R. 431-4 et suivants du code de l'urbanisme, ni l'intention du demandeur de les respecter, sauf en présence d'éléments établissant l'existence d'une fraude à la date à laquelle l'administration se prononce sur la demande d'autorisation.

4. Il ressort des pièces du dossier que le formulaire de demande de permis de construire fait bien apparaitre que le projet concerne une transformation d'un bâtiment à destination de bureaux en " maison d'habitation ", après restructuration et agrandissement du bâtiment. Il précise la destination de la construction projetée, à savoir l'habitation. L'absence de précision sur la sous-destination " logement " ou " hébergement " n'a pas pu fausser l'appréciation de l'administration sur la conformité à la règlementation compte tenu des autres mentions du dossier de permis de construire. Par ailleurs, si la puissance électrique nécessaire au projet n'est pas précisée dans la demande de permis de construire, elle n'avait pas à l'être car elle est inférieure à 12 kVa monophasé. Il ressort des pièces du dossier que l'étude d'assainissement non collectif était présente dans le dossier de demande de permis de construire. Enfin, la société ENEDIS, le syndicat intercommunal d'adduction d'eau potable et d'assainissement de la région de la région de Montville, le syndicat mixte d'alimentation en eau potable et d'assainissement de la région de Sierville ont été consultés lors de l'instruction de la demande et leurs avis n'avaient pas à être présents au dossier de demande de permis de construire. Le moyen tiré de l'incomplétude du dossier doit donc être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article UH-1 du règlement du plan local d'urbanisme, sont interdites les " occupations et utilisations du sol " suivantes : " 1.1 Les constructions à usage agricole, d'artisanat, d'entrepôt, de commerce ou d'industrie, sauf celles visées à l'article 2 " et aux termes de l'article UH-2 relatif aux occupations et utilisations du sol soumises à conditions spéciales : " () Peuvent être autorisées : 2.2 Les extensions des activités artisanales et commerciales existantes ou les changements d'affectation en activités artisanales et commerciales à condition qu'il n'en résulte pas pour le voisinage de nuisances occasionnées par le bruit, les émanations d'odeurs et la circulation et que les réseaux eau et électricité desservent la parcelle. () ".

6. M. et Mme C indiquent que les pétitionnaires vont développer une activité commerciale de location de courts séjours qui va leur créer des nuisances de bruit et de circulation. Toutefois, comme indiqué au point 4, la construction projetée, telle que déclarée dans le dossier de demande de permis de construire, vise à transformer, après agrandissement et restructuration, un bâtiment à usage de bureaux en maison d'habitation. Par suite, le projet ne constitue ni une extension d'une activité artisanale et commerciale existante, ni un changement d'affectation en activité artisanale et commerciale. Par suite, et alors qu'en tout état de cause, aucune nuisance n'est établie pas les pièces du dossier, le moyen tiré de la méconnaissance des article UH-1 et UH-2 du règlement du plan local d'urbanisme doit, dès lors, être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article UH-4 du règlement du plan local d'urbanisme : " () 4.2 Assainissement eaux usées / 4.2.2 Toute construction, installation, générant des eaux usées, doit obligatoirement être raccordée aux égouts publics destinés au recueil des eaux domestiques. Le raccordement peut être conditionné à l'obligation d'un traitement préalable. / En l'absence de réseau d'assainissement, seuls sont autorisés les systèmes d'assainissement non collectif en vigueur. / 4.3 Assainissement eaux pluviales () / 4.3.2 La gestion des eaux pluviales doit être assurée préférentiellement par un dispositif de stockage et d'infiltration si l'aptitude des sols le permet. A défaut d'une perméabilité suffisante, un rejet régulé à 2l/s vers un exutoire (réseau, talweg, ) sera autorisé () ".

8. En l'espèce, le syndicat intercommunal d'adduction d'eau potable et d'assainissement de la région de Montville, gestionnaire du service public de l'assainissement non collectif a donné un avis favorable au projet au vu de l'étude produite par les pétitionnaires. Par ailleurs, la gestion des eaux pluviales sur la parcelle fait l'objet d'une prescription à l'article 3 de l'arrêté du 17 mai 2022 qui précise que " les eaux pluviales provenant des toitures devront être recueillies et gérées sur la propriété du pétitionnaire. Le système de gestion des eaux pluviales devra permettre de stocker 5m3 d'eaux pluviales pour 100 m2 de surface nouvellement imperméabilisée, et devra prévoir une vidange de l'ouvrage de stockage en moins de 48h, soit par débit de fuite de 2l/s vers un exutoire autorisé, soit par infiltration sous réserve que des mesures de perméabilité des sols en confirment la faisabilité technique. / Toutes précautions devront être prise afin que les eaux pluviales ne se déversent pas sur la propriété voisine. Le profil du terrain naturel ne doit pas être modifié. ". Cette prescription s'impose aux pétitionnaires. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision méconnait l'article UH-4 du règlement du plan local d'urbanisme.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article UH-10 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à la hauteur des constructions : " La hauteur totale d'une construction est la différence de hauteur entre le point le plus haut de la construction et le point le plus haut du terrain naturel au pied de cette construction. La hauteur à l'égout est la hauteur mesurée à partir du point le plus haut du terrain naturel au droit de la construction jusqu'à l'égout de toiture ou l'acrotère. () 10.2 Les constructions, (), ne devront excéder 6m à l'égout ni 3 niveaux habitables pour l'ensemble de la construction y compris combles éventuels et rez-de-chaussée (R+1+C) (). / 10.3 Les agrandissements des bâtiments existants d'une hauteur supérieure aux maxima fixés aux articles 10.1 et 10.2 pourront présenter des hauteurs supérieures à ces valeurs sans toutefois excéder la hauteur totale et à l'égout de la construction initiale. () ".

10. En l'espèce, il ressort des plans de façade présents dans le dossier de demande de permis de construire que la hauteur de la construction est de 5,52 mètres à l'égout de toit pour ce qui concerne la partie la plus haute de la construction, ce qui est conforme aux dispositions l'article UH-10 du règlement du plan local d'urbanisme. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article UH-11 du règlement du plan local d'urbanisme : " () 11.3.1 Les toitures à versants présenteront un débord minimum de 30 cm (en long pan et en pignon) et une pente minimale de 40° pour les constructions à rez-de-chaussée seul et 35° pour les hauteurs supérieures. / Pour les agrandissements des constructions principales et les annexes jointives, une toiture à monopente est autorisée lorsque leur importance permet la réalisation d'une pente d'une couverture d'une valeur proche de celle de la construction principale et au moins égale à 30°. / Les toitures terrasses et monopentes peuvent être autorisées à condition de ne pas porter atteinte au caractère des lieux avoisinants. / 11.3.2 Les dispositions de l'article 11.3.1 ne s'appliquent pas en vue de permettre : - l'expression d'une recherche architecturale de qualité ".

12. Selon la notice descriptive du projet et les plans et documents graphiques fournis au dossier, la partie principale de la construction à transformer en maison d'habitation conserve une toiture monopente, le sens de la pente étant par ailleurs inversé. En outre, l'agrandissement en rez-de-chaussée perpendiculaire au bâtiment existant comportera également une toiture monopente. La pente de la toiture des deux parties de la construction sera d'environ 6° selon la notice. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, une telle toiture monopente est autorisée par le dernier alinéa de l'article 11.3.1 de l'article UH 11, sans qu'une pente minimale ne soit exigée, à condition de ne pas porter atteinte au caractère des lieux avoisinants. Il ressort des pièces du dossier que les constructions environnantes sont de type contemporain. Le fait que le projet se situe à proximité d'une maison traditionnelle à colombages n'est pas de nature, compte tenu des caractéristiques de la toiture projetée, à porter atteinte au caractère des lieux avoisinants. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté du 17 mai 2022 méconnait l'article UH-11 du règlement du plan local d'urbanisme en ce qu'il autorise une toiture monopente non conforme à ces dispositions.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article UH-11.4 du règlement du plan local d'urbanisme : " 11.4.1 Les couvertures des constructions principales seront réalisées en matériaux de teinte ardoise ou tuiles de teintes naturelles. / 11.4.2 Les matériaux ondulés métalliques ou plastiques sont interdits. / 11.4.3 Des matériaux autres que ceux visés ci-dessus peuvent être autorisés en vue de permettre l'expression d'une recherche architecturale de qualité. () ".

14. Il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire que la couverture du projet est en " couverture acier imitant le zinc à joints debout de ton noir ", dit " bac acier " et que les gouttières et descentes pluviales sont en aluminium de ton noir. Cette couverture, du même matériau que le bardage prévu pour le niveau R+1, et qui n'est pas ondulée, est autorisée par le plan local d'urbanisme en vue de permettre l'expression d'une recherche architecturale de qualité, ce qui est le cas en l'espèce. Par conséquent, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision contestée méconnait l'article UH-11.4 du règlement du plan local d'urbanisme.

15. En septième lieu, aux termes de l'article UH-12 du règlement du plan local d'urbanisme relatif au stationnement des véhicules : " 12.1 Le stationnement des véhicules correspondant aux besoins actuels et futurs des usagers doit être assuré en dehors des voies publiques. Il est exigé : / 12.1.1 Pour les constructions à usage d'habitat : / - 2 places de stationnement par logement / 1 emplacement vélo de 1m2 par logement (). " Aux termes de l'article UH 12.3 de ce règlement : " Pour les agrandissements, restructurations ou changements d'affectation à usage autre que logement, le nombre de places de stationnement, existant initialement dans la parcelle, sera complété par application des ratios ci-dessus, aux m2 de surface de plancher créée. " Aux termes de l'article UH 12.4 du même règlement : " Pour les agrandissements des constructions à usage de logement, il ne sera pas exigé de réalisation de place de stationnement jusqu'à 40 m² de surface de plancher supplémentaire ".

16. Selon la notice explicative du projet, deux places de stationnement sont prévues dans les garages qui pourront également accueillir l'emplacement vélo. Par ailleurs, le projet n'entre pas dans le champ d'application de l'article UH 12.3 du règlement du plan local d'urbanisme, le projet consistant en un changement d'affectation en vue de transformer un bâtiment à usage de bureaux en maison d'habitation. En outre, contrairement à ce que soutiennent les requérants, les dispositions précitées de l'article UH 12.4 n'imposaient pas en l'espèce la création d'une place de stationnement supplémentaire en plus de deux places exigées au titre de l'article UH 12.1. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UH-12 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.

17. En huitième lieu, si les requérants indiquent que la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, ils n'apportent aucune argumentation autre que celle invoquée à l'appui des moyens précédemment évoqués. Il doit donc être écarté.

18. En dernier lieu, si les requérants soutiennent que le maire de Clères était en situation de compétence liée pour refuser le permis de construire sollicité et qu'il a en l'espèce méconnu l'étendue de sa compétence en accordant l'autorisation litigieuse, ce moyen ne peut qu'être écarté compte tenu de ce qui a été dit précédemment.

19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 17 mai 2022 par lequel le maire de la commune de Clères a accordé un permis de construire à M. et Mme B doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Clères, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. et Mme C une somme que ceux-ci réclament au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme C la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Clères et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : M. et Mme C verseront une somme de 1 500 euros à la commune de Clères en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G C et Mme E C, à M. A B et Mme D B et à la commune de Clères.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

M. Bellec, premier conseiller,

et Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

Le rapporteur,

C. Bellec

La présidente,

C. Galle La greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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