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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202862

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202862

jeudi 25 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202862
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantINTER-BARREAUX EMO AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 juillet 2022 et le 20 janvier 2023, Mme B C, représentée par Me Lahaye, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 4 mars 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier intercommunal d'Elbeuf-Louviers-Val de Reuil a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident du 29 août 2021, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier intercommunal d'Elbeuf-Louviers-Val de Reuil de prendre une décision reconnaissant l'imputabilité de l'accident du 29 août 2021 au service ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de prise en charge, ce dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier intercommunal d'Elbeuf-Louviers-Val de Reuil, outre les dépens, la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la décision du 4 mars 2022 a été prise par une autorité incompétente ; l'administration ne rapporte pas la preuve de l'absence de M. A ;

- il est impossible de déterminer le nom et le prénom de la personne qui a pris la décision du 4 mars 2022 ;

- la décision du 4 mars 2022 est insuffisamment motivée en droit, ce qui l'a privée de faire valoir efficacement ses droits à la défense ;

- les décisions sont entachées d'erreur de droit car elle a bien été victime d'un accident le 29 août 2021, dont les conséquences néfastes se sont manifestées ultérieurement, sur son temps de travail et son lieu de service, de sorte qu'elle devait bénéficier de la présomption légale d'imputabilité ; le vol qu'elle a subi le 29 août 2021 n'est pas, en l'espèce, une circonstance particulière détachant l'accident du service ;

- les décisions sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il y a lieu d'écarter des débats la pièce adverse n°2.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2022, le centre hospitalier intercommunal d'Elbeuf - Louviers-Val de Reuil, représenté par Me Gillet, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge de Mme C au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé et que, subsidiairement, il y a lieu de substituer au motif tiré de l'absence de lien direct entre son état de santé et l'événement du 29 août 2021 le motif tiré de ce que l'événement du 29 août 2021 constitue une circonstance particulière détachant l'accident du service.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de procédure civile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gaillard,

- les conclusions de Mme Cazcarra , rapporteure publique,

- et les observations de Me Lahaye, représentant Mme C, et de Me Gillet, représentant le centre hospitalier intercommunal d'Elbeuf-Louviers-Val de Reuil.

Considérant ce qui suit :

1.Il résulte des pièces du dossier que le contenu du casier de Mme C, aide-soignante au centre hospitalier intercommunal (CHI) d'Elbeuf-Louviers-Val de Reuil, mis à sa disposition par son employeur au sein d'un vestiaire collectif, a été fracturé le dimanche 29 août 2021 pendant qu'elle effectuait son service et qu'elle s'est fait dérober son contenu, dont ses clés de voiture rangées dans son sac à main, lesquelles ont permis le vol de ce véhicule. Le 6 octobre 2021, Mme C a déclaré cet événement comme constitutif d'un accident de service et a produit un certificat médical de la même date prescrivant un arrêt de travail jusqu'au 24 octobre 2021 pour " troubles anxio-dépressifs réactionnels et choc psycho post traumatique ", qui a été ultérieurement prolongé. Par décision du 4 mars 2022, le CHI a refusé de reconnaître l'imputabilité au service des conséquences des faits du 29 août 2021 pour un double motif : " Pas de fait accidentel- Absence de lien direct et certain avec le service ". Mme C a formé un recours gracieux le 14 avril 2022, reçu le 15 avril 2022 par son destinataire, dont le silence a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, Mme C demande à titre principal l'annulation de la décision du 4 mars 2022 ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes du II de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 susvisée portant droits et obligations des fonctionnaires, dont les dispositions sont désormais reprises à l'article L 822-18 du code général de la fonction publique : " Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. ".

3. Le CHI d'Elbeuf-Louviers-Val de Reuil, qui ne conteste plus que les événements survenus le 29 août 2021 puissent être regardés comme un accident, fait valoir, pour justifier le bien-fondé des décisions en litige, d'une part, qu'il n'existe pas de lien direct entre ces événements et l'état de santé de Mme C, d'autre part, à titre de motif à substituer le cas échéant à ceux contenus dans la décision explicite, que le vol constitue une circonstance particulière détachant l'accident du service dès lors qu'il avait mis en place des garanties suffisantes s'agissant de la sécurité des casiers, si bien que le vol résulte d'une circonstance insurmontable, imprévisible et extérieur à l'établissement.

4. En premier lieu, il résulte d'un certificat médical du 30 septembre 2022 que " Mme C n'était pas suivie pour des troubles anxio-dépressifs avant le 6 octobre 2021 " et d'un certificat médical du 5 octobre 2022 que " l'état actuel de Mme C B est consécutif à l'accident de travail qu'elle a subi le 29 août 2021 ". En outre, une collègue infirmière de l'intéressée a produit un témoignage, le 9 février 2022, selon lequel, après le vol du contenu de son casier, Mme C a présenté " des symptômes de stress post-traumatique ", l'évocation des faits déclenchant des pleurs, des tremblements, un mutisme pendant plusieurs mois après leur survenance. Il résulte également d'un courrier de la psychologue du travail du CHI défendeur que Mme C a entamé avec elle un accompagnement le 27 janvier 2022 " dans le cadre d'une souffrance survenue à la suite d'un événement traumatique sur son lieu de travail ". Au demeurant, des témoignages de plusieurs membres de la famille de Mme C montrent également que le comportement de celle-ci a changé depuis le vol et qu'elle éprouve une souffrance au moins psychique qui impacte le quotidien. Dans ces conditions, et alors que le CHI employeur de Mme C n'apporte aucun élément de nature à montrer qu'elle connaissait des problèmes de santé avant l'événement du 29 août 2021, la seule circonstance qu'un délai d'un peu plus d'un mois ait séparé cet événement de la déclaration d'accident de service et du premier certificat médical décrivant l'état de Mme C ne suffit pas à démontrer qu'il n'existerait pas de lien entre l'état de santé de l'intéressée et cet événement.

5. En deuxième lieu, il résulte des indications non contestées contenues dans le mémoire en réplique de Mme C que le casier mis à sa disposition n'était pas pourvu d'un cadenas, celle-ci ayant apporté son propre cadenas qui a été sectionné le jour du vol. Il en résulte également que le vestiaire était accessible par une porte pourvue d'un digicode dont le numéro n'avait pas été modifié depuis plusieurs années et qu'au surplus la porte, non pourvue d'un système de fermeture automatique, restait fréquemment ouverte. Dans ces conditions, et bien que le CHI défendeur ait produit une attestation de la responsable des services techniques - qu'il n'y a pas lieu d'écarter des débats bien qu'elle ne réponde pas aux règles de présentation prévues par l'article 202 du code de procédure civile - selon laquelle la question de la sécurité des vestiaires n'avait jamais fait l'objet d'une demande en CHSCT, il doit être tenu pour établi que le CHI n'avait pas pris des précautions suffisantes pour assurer la garde des objets personnels de ses agents, de sorte qu'il n'est pas fondé à soutenir que le vol constitue une circonstance particulière détachant l'accident du service au sens de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983.

6. Eu égard aux éléments analysés au points 4 et 5 du présent jugement, Mme C est donc fondée à soutenir qu'elle a été victime, le 29 août 2021, d'un accident devant être regardé comme imputable au service. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur ses autres moyens, elle est fondée à demander l'annulation de la décision du 4 mars 2022 et de la décision implicite rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que le CHI d'Elbeuf-Louviers-Val de Reuil prenne une décision reconnaissant l'imputabilité au service de l'accident de Mme C survenu le 29 août 2021. Il y a lieu de lui prescrire de prendre cette décision dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Sur les frais de procès :

8. La présente instance n'ayant comporté aucun dépens au sens de l'article R 761-1 du code de justice administrative, les conclusions de Mme C aux fins que le CHI en supporte la charge doivent être rejetées.

9. En vertu des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par le CHI d'Elbeuf Louviers Val de Reuil doivent dès lors être rejetées. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'établissement une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 4 mars 2022 du CHI d'Elbeuf-Louviers-Val de Reuil est annulée, ensemble la décision rejetant implicitement le recours gracieux de Mme C.

Article 2 : Il est enjoint au CHI d'Elbeuf-Louviers-Val de Reuil de prendre une décision reconnaissant l'imputabilité au service de l'accident de Mme C survenu le 29 août 2021 dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le CHI d'Elbeuf-Louviers-Val de Reuil versera à Mme C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de Mme C et les conclusions du CHI d'Elbeuf-Louviers-Val de Reuil au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5: Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au centre hospitalier intercommunal d'Elbeuf - Louviers - Val de Reuil.

Délibéré après l'audience du 11 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

MM. Bouvet et Mulot, premiers conseillers,

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2024.

La présidente- rapporteure,

A. GAILLARD

L'assesseur le plus ancien,

C. BOUVET

Le greffier,

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision ".

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