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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202879

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202879

jeudi 16 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202879
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantLEXCAP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 juillet 2022, Mme A C et M. B D, représentés par Me Colliou, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération 2022-10 du conseil communautaire de la communauté d'agglomération Seine Eure en date du 27 janvier 2022 portant approbation de la modification n° 1 du plan local d'urbanisme intercommunal valant schéma de cohérence territoriale, ensemble la décision du 19 mai 2022 de rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Seine Eure une somme de 3 000 euros chacune en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la délibération attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que les conseillers communautaires n'ont pas eu une information suffisante en méconnaissance de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales ;

- la délibération attaquée méconnait l'article L. 103-2 du code de l'urbanisme, dès lors que les modalités de concertation initialement définies par l'arrêté du 16 avril 2021 du président de communauté d'agglomération n'ont pas été respectées ;

- elle méconnait l'article L. 153-38 du code de l'urbanisme car elle ouvre à l'urbanisation des parcelles non constructibles dans le secteur de de la rue de la Tourelle à La Croix Saint Leufroy (commune de Clef Vallée d'Eure) en l'absence de toute délibération motivée justifiant l'utilité de cette ouverture à l'urbanisation au regard des capacités d'urbanisation encore inexploitées ;

- elle méconnait les articles L. 131-9, L. 153-36 et L. 153-41 du code de l'urbanisme dès lors que l'harmonisation du plan local d'urbanisme intercommunal avec le programme local de l'habitat ne constitue pas un motif permettant de mettre en œuvre une procédure de modification ordinaire ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qui concerne le classement de la parcelle cadastrée section A n° 590 dès lors que la délimitation retenue sur le plan a pour conséquence d'empêcher l'extension de la construction existante du fait de l'existence d'une piscine, alors que la Zone Uh permet normalement des extensions limitées ;

- le classement en N de la parcelle 590 dans le règlement graphique présente une incohérence avec le projet d'aménagement et développement durables ;

- le classement de la parcelle cadastrée section A n° 590 en zone N est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 avril et 4 septembre 2024, la communauté d'agglomération Seine Eure, représentée par Me Rouhaud, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme C et M. D une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Le 2 décembre 2024 les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi, dès lors qu'eu égard à leur portée, impliquant en particulier la " réduction d'une zone agricole ", au sens du 1° de l'article L. 153-34 du code de l'urbanisme, dans le secteur de rue de la Tourelle sur la commune de Clef Vallée d'Eure (La Croix Saint Leufroy), les modifications envisagées du plan local d'urbanisme intercommunal ne relevaient pas de la procédure de modification mais de révision dite " allégée " prévue par les dispositions de l'article L. 153-34 du code de l'urbanisme.

Des observations en réponse à ce courrier ont été produites le 5 décembre 2024 pour la communauté d'agglomération Seine Eure.

Des observations en réponse à ce courrier ont été produites le 10 décembre 2024 pour Mme C et M. D.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bellec, premier conseiller

- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique,

- les observations de Me Colliou pour Mme C et M. D ;

- et les observations de Me Muta, substituant Me Rouhaud, pour la communauté d'agglomération Seine Eure.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 19 décembre 2019, la communauté d'agglomération Seine Eure a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal valant schéma de cohérence territoriale sur un périmètre de 17 communes dont la commune d'Ailly. Le 6 mars 2020, le préfet de l'Eure a formé un recours gracieux contre cette délibération. Par un arrêté du 16 avril 2021, le président de la communauté d'agglomération Seine Eure a prescrit la modification n° 1 du plan local d'urbanisme intercommunal, qui a été adoptée par le conseil communautaire le 27 janvier 2022. La modification a pour effet, entre autres, de classer la parcelle section A n° 590 sur la commune d'Ailly, appartenant à Mme C et M. D, en zone N. Par un recours gracieux du 26 mars 2022, ces derniers ont demandé le retrait de la délibération du 27 janvier 2022. Cette demande a été rejetée par un courrier du président de la communauté d'agglomération du 19 mai 2022. Par la présente requête, Mme C et M. D demandent l'annulation de la délibération 2022-10 du conseil communautaire de la communauté d'agglomération Seine Eure en date du 27 janvier 2022 portant approbation de la modification n° 1 du plan local d'urbanisme intercommunal valant schéma de cohérence territoriale, ensemble la décision du 19 mai 2022 de rejet de leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. " Aux termes de l'article L. 2121-13 du même code : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération. " Aux termes de l'article L. 5211-1 du même code : " Les dispositions du chapitre Ier du titre II du livre Ier de la deuxième partie relatives au fonctionnement du conseil municipal sont applicables au fonctionnement de l'organe délibérant des établissements publics de coopération intercommunale, en tant qu'elles ne sont pas contraires aux dispositions du présent titre. () / Pour l'application des articles L. 2121-11 et L. 2121-12, ces établissements sont soumis aux règles applicables aux communes de 3 500 habitants et plus () ". Il résulte de ces dispositions que les documents joints à la convocation doivent comprendre une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération afin de permettre aux membres de l'organe délibérant de disposer d'une information suffisante pour se prononcer en toute connaissance de cause.

3. Les conseillers communautaires ont été destinataires d'un projet de délibération accompagné d'un rapport qui rappelle l'ensemble de la procédure de modification n° 1 du plan local d'urbanisme intercommunal ainsi que du contenu de la modification. Ce rapport relate l'avis des personnes publiques associées et celui de la mission régionale d'autorité environnementale, le déroulement de l'enquête publique, les observations du public et le rapport de la commission d'enquête. En outre, le projet de délibération renvoie à une annexe intitulée " synthèse de la prise en compte des observations contenues dans les avis des communes et des suites de l'enquête publique " qui indique la manière dont les observations du public et les conclusions de la commission d'enquête ont été prises en compte. Cette annexe indique, s'agissant de la parcelle section A n° 590 située sur la commune d'Ailly appartenant aux requérants, que l'avis de la commission d'enquête était favorable au maintien en zone Uh au motif qu'il s'agit d'une enclave dans une zone urbanisée, et comporte les justifications de la " décision finale " de la communauté d'agglomération sur le classement en N de cette parcelle, au motif qu'" aucun élément n'est apporté par Mme C et M. D pour justifier le classement du terrain en zone constructible. Bien que cette parcelle soit entourée de parcelles urbanisées, aujourd'hui le potentiel de logements permis par le document d'urbanisme sur la commune d'Ailly permet d'atteindre les objectifs de production de logements fixés par la commune dans le PADD. Cette demande pourra être réexaminée dans le cadre d'une prochaine révision du document, suite à la réalisation des objectifs de production de logements de la commune. Par ailleurs, la parcelle n'est pas totalement enclavée dans une zone urbanisée, puisqu'elle s'ouvre sur une zone naturelle au nord ". Il s'ensuit que les élus au conseil communautaire doivent être regardés comme ayant disposé de l'ensemble des éléments pertinents pour se prononcer en toute connaissance de cause sur le projet soumis à leur approbation. Dès lors, le moyen tiré de leur insuffisante information doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 103-2 du code de l'urbanisme : " Font l'objet d'une concertation associant, pendant toute la durée de l'élaboration du projet, les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées : / 1° Les procédures suivantes : / () b) La modification du schéma de cohérence territoriale et du plan local d'urbanisme soumise à évaluation environnementale ; () ". Aux termes de l'article L. 103-3 du même code : " " Les objectifs poursuivis et les modalités de la concertation sont précisés par : / () 3° L'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement public dans les autres cas. / Toutefois, lorsque la concertation est rendue nécessaire en application du 2° ou du 3° de l'article L. 103-2 ou lorsqu'elle est organisée alors qu'elle n'est pas obligatoire, les objectifs poursuivis et les modalités de la concertation peuvent être précisés par le président de l'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement public compétent. ".

5. Par un arrêté du 16 avril 2021, le président de la communauté d'agglomération Seine Eure a prescrit la procédure de modification n°1 du PLUi valant SCOT et a défini les modalités de la concertation, qui prévoient notamment qu'" au moins un article sera édité dans le bulletin d'information de l'agglomération Seine Eure pour informer la population sur l'avancée des projets de modifications et pour annoncer les différents évènements d'information ou d'échanges ouverts au public ". Il ressort des pièces du dossier que deux articles ont été publiés dans la revue de la communauté d'agglomération. En mars 2021 un article a informé les habitants de la procédure de la modification du plan local d'urbanisme et de la possibilité de consulter les documents sur le site internet de la communauté d'agglomération ainsi qu'à son siège. La revue de juin 2021 a informé le public de la possibilité de présenter des observations sur la modification du plan local d'urbanisme au siège de la communauté d'agglomération, dans certaines mairies ou par courriel. Par ailleurs, cet encart a annoncé les dates de l'enquête publique. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les modalités de la concertation définies par l'arrêté du 16 avril 2021 n'ont pas été respectées. Le moyen soulevé en ce sens doit donc être écarté.

6. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 153-31 du code de l'urbanisme : " Le plan local d'urbanisme est révisé lorsque l'établissement public de coopération intercommunale ou la commune décide : () 2° Soit de réduire un espace boisé classé, une zone agricole ou une zone naturelle et forestière ; () ".

7. D'autre part, la rectification d'une erreur matérielle, est légalement possible afin de corriger une malfaçon rédactionnelle ou cartographique portant sur l'intitulé, la délimitation ou la règlementation d'une parcelle, d'un secteur ou d'une zone ou le choix d'un zonage, dès lors que cette malfaçon conduit à une contradiction évidente avec les intentions des auteurs du plan local d'urbanisme, telles qu'elles ressortent des différents documents constitutifs du plan local d'urbanisme, et notamment du rapport de présentation, des orientations d'aménagement ou du projet d'aménagement et de développement durable.

8. La modification n°1 en litige classe en zone Ub les parcelles cadastrées n° 798, 799, 800, 801, 802 et 803 d'une surface totale de 4 400 m2 sur le territoire de la commune de Clef Vallée d'Eure, à la Croix-Saint-Leufroy dans le secteur de la rue de la Tourelle, lesquelles ont été précédemment classées en zone Ap lors de l'approbation du PLUi le 19 décembre 2019. La notice des modifications apportées et des justifications annexée à la délibération portant modification n°1 du PLUi précise : " Lors de l'élaboration du PLUi valant SCOT, les élus de la commune de Clef Vallée d'Eure souhaitaient maintenir le caractère constructible de ce secteur et se sont exprimés en ce sens au moment de l'enquête publique au printemps 2019. L'objectif de cette modification est donc de réparer une erreur faite au moment de l'approbation de PLUi fin 2019 et qui avait conduit à classer malencontreusement ce secteur en zone agricole et donc à le rendre inconstructible pour l'habitat ". Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment du rapport de la commission d'enquête publique du 21 août 2019, que les élus de la commune de Clef Vallée d'Eure auraient fait des observations lors de l'enquête publique pour étendre l'urbanisation dans ce secteur à l'occasion de l'approbation initiale du PLUi. Si une carte au sein du rapport de présentation indique une extension de l'urbanisation dans ce secteur, elle est en contradiction avec les autres cartes de ce même rapport qui ne font apparaitre aucune extension d'urbanisation dans le secteur de la rue de la Tourelle. Dès lors, il ne ressort pas des pièces du dossier que le classement du secteur en litige, dont il n'est pas sérieusement contesté qu'il s'agit de terres agricoles, en zone Ap dans le PLU approuvé le 19 décembre 2019 était constitutive d'une erreur matérielle révélée par une contradiction évidente avec les intentions des auteurs du plan local d'urbanisme, telles qu'elles ressortent des différents documents constitutifs du plan local d'urbanisme, et notamment du rapport de présentation, des orientations d'aménagement ou du projet d'aménagement et de développement durable. L'extension de l'urbanisation dans le secteur de la rue de la Tourelle par la délibération approuvant la modification n°1 du PLU, laquelle avait au demeurant pour objet de modifier le PLU suite au recours du gracieux du préfet de l'Eure fondé sur la nécessité de réduire la consommation foncière en reclassant des zones constructibles en zones naturelle ou agricole, ne peut donc être regardée comme la rectification d'une erreur matérielle.

9. Ainsi qu'il a été dit, la modification n°1 du PLUi de la communauté d'agglomération Seine Eure a pour effet de réduire, dans le secteur décrit au point 8, une zone agricole au sens du 2° de l'article L. 153-31 du code de l'urbanisme. Par suite, la communauté d'agglomération a méconnu le champ d'application de la loi en recourant à la procédure de modification afin d'ouvrir à l'urbanisation la zone Ap du secteur de la rue de la Tourelle sur le territoire de la commune de Clef Vallée d'Eure (La Croix-Saint Leufroy).

10. Aux termes de l'article L. 153-38 du code de l'urbanisme : "Lorsque le projet de modification porte sur l'ouverture à l'urbanisation d'une zone, une délibération motivée de l'organe délibérant de l'établissement public compétent ou du conseil municipal justifie l'utilité de cette ouverture au regard des capacités d'urbanisation encore inexploitées dans les zones déjà urbanisées et la faisabilité opérationnelle d'un projet dans ces zones. "

11. Il résulte de ce qui précède que la réduction d'une zone agricole relève de la procédure de révision du plan local d'urbanisme intercommunal. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 153-38 du code de l'urbanisme du fait de la réduction de la zone agricole dans le secteur de la rue de Tourelle sans qu'une délibération motivée du conseil municipal ait justifié en l'espèce de l'utilité de cette ouverture est inopérant concernant ce secteur dès lors que le classement en cause relevait d'une procédure de révision du plan local d'urbanisme et non de modification.

12. En quatrième lieu, aux termes de l'article L.131-9 du code de l'urbanisme : " Les dispositions du plan local d'urbanisme tenant lieu de programme local de l'habitat prennent en compte toute nouvelle obligation applicable aux communes du territoire intercommunal en application des articles L. 302-5 et suivants du code de la construction et de l'habitation, dans un délai de deux ans, ou de trois ans si cette mise en compatibilité implique une révision du plan local d'urbanisme. Lorsque, dans ces délais, l'établissement public de coopération intercommunale n'a pas modifié ou révisé le plan local d'urbanisme tenant lieu de programme local de l'habitat, ou lorsqu'il a explicitement notifié au représentant de l'Etat sa volonté de ne pas procéder à cette modification ou révision, il est fait application du dernier alinéa du II de l'article L. 302-4 du même code, pour les prélèvements opérés sur les communes du territoire intercommunal en application de l'article L. 302-7 dudit code. ". Aux termes de l'article L. 153-36 du même code : " Sous réserve des cas où une révision s'impose en application du I de l'article L. 153-31, le plan local d'urbanisme est modifié lorsque l'établissement public de coopération intercommunale ou la commune décide de modifier le règlement, les orientations d'aménagement et de programmation ou le programme d'orientations et d'actions. ". Aux termes de l'article L.153-41 du même code : " Le projet de modification est soumis à enquête publique réalisée conformément au chapitre III du titre II du livre Ier du code de l'environnement par le président de l'établissement public de coopération intercommunale ou le maire lorsqu'il a pour effet : / 1° Soit de majorer de plus de 20 % les possibilités de construction résultant, dans une zone, de l'application de l'ensemble des règles du plan ;/ 2° Soit de diminuer ces possibilités de construire ;/ 3° Soit de réduire la surface d'une zone urbaine ou à urbaniser ; / 4° Soit d'appliquer l'article L. 131-9 du présent code. ".

13. La délibération contestée portant modification du PLUi prévoit notamment " d'harmoniser certaines règles avec celles présentes dans le plan local d'urbanisme intercommunal tenant lieu de programme local de l'habitat de la communauté d'agglomération Seine-Eure ". Les auteurs du PLUi ont ainsi notamment entendu harmoniser certaines règles du PLUi valant SCOT avec le PLUi tenant lieu de plan local de l'habitat couvrant l'autre partie de la communauté d'agglomération. Si cette harmonisation a été présentée comme un objectif de la modification, alors qu'un tel objectif " n'est pas visé par l'article L. 153-41 du code l'urbanisme " selon les requérants, cette seule circonstance ne suffit pas à démontrer, à l'exception du secteur de la commune de Clef Vallée d'Eure mentionné au point 9, que les règles qui ont été modifiées en l'espèce nécessitaient la mise en œuvre d'une procédure autre que la procédure de modification soumise à enquête publique qui a été appliquée en l'espèce et que les dispositions citées au point qui précède ont été méconnues.

14. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espace naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; / 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; / 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues ". Aux termes de l'article L. 151-8 du même code : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3 ".

15. Pour apprécier la cohérence ainsi exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le projet d'aménagement et de développement durables, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou un objectif du projet d'aménagement et de développement durables ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.

16. Les requérants soutiennent que le classement en zone N dans le règlement graphique de leur parcelle cadastrée A n° 590 sur le territoire de la commune d'Ailly présente une incohérence avec le projet d'aménagement et développement durables dès lors que ce dernier prévoit pour la commune d'Ailly de stimuler le renouvellement urbain et d'optimiser la densification des espaces bâtis et que leur parcelle cadastrée section A n° 590 qui est classée en zone N est entourée d'espaces bâtis. Il ressort des pièces du dossier que l'axe 3 du projet d'aménagement et de développement durables prévoit de maitriser la dynamique démographique du territoire en encourageant une politique de l'habitat qui permet de répondre aux besoins de chacun tout en limitant la consommation de foncier nouveau et en réduisant les besoins fonciers pour le développement global du territoire. Le projet d'aménagement et de développement durable classe les communes en pôle principal, pôles secondaires et villages. La commune d'Ailly est classée en " village " au regard des niveaux d'équipements, de commerces, de services ou des dernières dynamiques démographiques et économiques où l'objectif est d'encadrer la croissance démographique. Le projet d'aménagement et de développement durable a pour objectif global de réduire la consommation d'espace naturel. Dès lors, le moyen tiré de l'incohérence entre le projet d'aménagement et développement durables et le règlement graphique classant en zone N la parcelle des requérants doit être écarté.

17. En sixième lieu, la légalité des dispositions du règlement d'un plan local d'urbanisme s'apprécie au regard du parti d'urbanisme retenu, défini notamment par les orientations générales et par les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables. Ces auteurs peuvent être amenés à classer en zone naturelle, pour les motifs énoncés par les dispositions de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme, un secteur qu'ils entendent soustraire, pour l'avenir, à l'urbanisation. L'appréciation des auteurs du plan sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif que si elle est fondée sur des faits matériellement inexacts ou entachée d'une erreur manifeste ou d'un détournement de pouvoir.

18. Les circonstances que le plan de zonage n'indique pas précisément la localisation de la piscine présente sur la parcelle cadastrée section A n° 590 et qu'il classe une partie de la plage attenant à la piscine en zone N sont sans incidence sur la légalité de la délibération attaquée. Si les requérants soutiennent que du fait de la présence de la piscine et du classement de la parcelle cadastrée section A n° 590 en zone N, aucune extension sur la parcelle cadastrée section A n°°613 n'est désormais possible en méconnaissance du règlement de la zone Uh, en tout état de cause, le règlement de la zone Uh ne permet des extensions maitrisées que lorsque la parcelle le permet. D'autre part, la parcelle cadastrée A n° 590, d'une superficie de 1 300 m2, comporte actuellement des plantations et n'accueille aucune habitation. Elle est bordée d'un côté par la route d'Acquigny et sur la partie nord par des parcelles vierges de toute construction. Si quelques constructions bordent la parcelle du côté Ouest et Est, celles-ci sont peu nombreuses. Le fait que les parcelles voisines aient conservé leur classement en zone Uh alors qu'elles sont ouvertes sur des terres agricoles est sans incidence sur le classement de la parcelle en cause. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation dans le classement de la parcelle cadastrée section A n° 590 en zone N doit être écarté.

19. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les requérants sont seulement fondés à demander l'annulation de la délibération approuvant la modification n° 1 du plan local d'urbanisme intercommunal valant schéma de cohérence territoriale en tant qu'elle ouvre à l'urbanisation les parcelles cadastrées n° 798, 799, 800, 801, 802 et 803 du secteur de la rue de la tourelle au sein de la commune de Clef Vallée d'Eure.

Sur la demande de la communauté d'agglomération tendant à l'application des dispositions de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme :

20. Aux termes de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme : " Si le juge administratif, saisi de conclusions dirigées contre un schéma de cohérence territoriale, un plan local d'urbanisme ou une carte communale, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'une illégalité entachant l'élaboration ou la révision de cet acte est susceptible d'être régularisée, il peut, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, surseoir à statuer jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation et pendant lequel le document d'urbanisme reste applicable, sous les réserves suivantes : / 1° En cas d'illégalité autre qu'un vice de forme ou de procédure, pour les schémas de cohérence territoriale et les plans locaux d'urbanisme, le sursis à statuer ne peut être prononcé que si l'illégalité est susceptible d'être régularisée par une procédure de modification prévue à la section 6 du chapitre III du titre IV du livre Ier et à la section 6 du chapitre III du titre V du livre Ier ; / 2° En cas d'illégalité pour vice de forme ou de procédure, le sursis à statuer ne peut être prononcé que si l'illégalité a eu lieu, pour les schémas de cohérence territoriale et les plans locaux d'urbanisme, après le débat sur les orientations du projet d'aménagement et de développement durables. / Si la régularisation intervient dans le délai fixé, elle est notifiée au juge, qui statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. / () ".

21. Il résulte des termes mêmes de ces dispositions que le juge administratif peut surseoir à statuer s'il estime que la procédure d'élaboration ou de révision dont il est saisi est entachée d'une illégalité susceptible d'être régularisée. En revanche, il ne peut prononcer le sursis à statuer lorsque l'illégalité concerne une procédure de modification qui n'est pas visée par ces dispositions. Dès lors, la demande de la communauté d'agglomération Seine-Eure tendant à ce qu'il soit sursis à statuer sur le fondement de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme sur les conclusions en annulation présentées contre la délibération approuvant la modification n°1 du PLU doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les requérants, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, versent une somme au titre des frais exposés par la communauté d'agglomération Seine-Eure et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Seine-Eure la somme que réclament les requérants sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La délibération 2022-10 du conseil communautaire de la communauté d'agglomération Seine Eure en date du 27 janvier 2022 portant approbation de la modification n° 1 du plan local d'urbanisme intercommunal valant schéma de cohérence territoriale est annulée en tant seulement qu'elle ouvre à l'urbanisation les parcelles cadastrées n° 798, 799, 800, 801, 802 et 803 du secteur de la rue de la tourelle sur le territoire de la commune de Clef Vallée d'Eure.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par la communauté d'agglomération Seine-Eure au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, représentante unique, et à la communauté d'agglomération Seine-Eure.

Copie en sera adressée pour information au préfet de l'Eure.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

M. Bellec, premier conseiller,

et Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2025.

Le rapporteur,

signé

C. Bellec

La présidente,

signé

C. Galle La greffière,

signé

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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