jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2202892 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL EKIS AVOCATS ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 15 juillet 2022 et le 16 janvier 2024, Mme D C, représentée par Me Huchet, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 30 décembre 2021 par lequel le maire de la commune d'Octeville-sur-Mer a délivré à M. B le permis de construire n°PC 076481 21 C0028 pour la construction d'une maison individuelle, sur la parcelle cadastrée AC 200, ainsi que la décision du 17 mai 2022 de rejet de son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Octeville-sur-Mer une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est recevable ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une motivation insuffisante et erronée ;
- il méconnait les dispositions de l'article UH7 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Octeville-sur-Mer dans sa version applicable à la date de la décision attaquée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2023, la commune d'Octeville-sur-Mer, représentée par Me Tugaut, conclut au rejet de la requête et demande à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme C.
Elle fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable dès lors que :
- la requérante n'a pas intérêt à agir ;
- la requérante ne fait pas état de sa qualité de propriétaire en méconnaissance de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme ;
-la requête est tardive.
Elle fait valoir, à titre subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Kaci, conclut au rejet de la requête et demande à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de Mme C.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Esnol,
- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique,
- et les observations de Me Nejat, représentant la commune d'Octeville-sur-Mer.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B est propriétaire d'une parcelle cadastrée AC n° 81 située sur le territoire de la commune d'Octeville-sur-Mer. Par une demande déposée le 12 août 2021, il a sollicité la délivrance d'un permis de construire pour l'édification d'une maison individuelle sur un terrain sis 2B chemin du Champ d'Aviation. Par un arrêté du 30 décembre 2021, le maire de la commune d'Octeville-sur-Mer a délivré le permis de construire sollicité n°PC 076 481 21 C 0028. Mme D C, voisine immédiate de projet, a présenté un recours gracieux le 3 mai 2022, qui a été rejeté le 17 mai 2022. Mme C demande l'annulation de l'arrêté du 30 décembre 2021 ainsi que de la décision de rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, si Mme C soutient que la décision attaquée omet de mentionner la déclaration préalable de lotissement du 14 décembre 2017 et mentionne une version erronée du plan local d'urbanisme de la commune d'Octeville-sur-Mer, le défaut de mention de ces éléments dans les visas est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, à supposer même que le permis vise une version du plan local d'urbanisme erronée. En tout état de cause, il ne résulte d'aucune disposition légale ou réglementaire que ces deux éléments constituaient des mentions obligatoires de la décision attaquée. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.
3. En second lieu, aux termes de l'article UH7 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Octeville-sur-Mer dans sa version issue de la modification du 3 octobre 2016 : " ARTICLE UH7 - IMPLANTATION DES CONSTRUCTIONS PAR RAPPORT AUX LIMITES SEPARATIVES / Les constructions ou installations devront s'implanter, par rapport aux limites séparatives, à une distance au moins égale à la moitié de leur hauteur et jamais inférieure à 3 m. "
4. Il résulte des dispositions précitées, en l'absence de mention particulière du règlement du PLU, que tout point de la façade, y compris au niveau de balcons en saillie, doit respecter une distance minimale par rapport à la limite séparative correspondant à la moitié de la hauteur de la façade, mesurée à l'égout du toit ou, dans le cas d'un mur pignon, au sommet de ce dernier, avec un minimum de trois mètres.
5. Il est constant que la décision de non-opposition à la déclaration préalable de lotissement déposée le 14 décembre 2017 a cristallisé, à compter de la date de cette décision, pour une durée de cinq ans, les dispositions du plan local d'urbanisme en application de l'article L. 442-14 du code de l'urbanisme. Dans ces conditions, les dispositions de l'article UH7 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Octeville-sur-Mer dans leur version issue de la modification du 3 octobre 2016 sont opposables au permis de construire litigieux délivré le 30 décembre 2021.
6. Il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit la construction d'une maison d'une hauteur de 8,85 mètres au faîtage et de 4,10 mètres à l'égout du toit et que les façades ouest et est sont des murs pignons. Il ressort des pièces du dossier et notamment du plan de masse versés à l'appui de la demande de permis de construire, que le retrait, par rapport aux limites séparatives ouest et est, est respectivement d'environ 10 mètres et 5 mètres. En outre, il est constant que les retraits par rapport aux limites séparatives nord et sud sont respectivement de 3 et 3,05 mètres. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que la hauteur des façades nord et sud se mesure à l'égout du toit alors qu'elle se mesure au faîtage pour les seules façades ouest et est qui sont des murs pignons. Dans ces conditions, les façades ouest et est se trouvent à une distance par rapport aux limites séparatives supérieure à la moitié de la hauteur de 8,85 mètres. La distance entre chacune des façades nord et sud et les limites séparatives est également supérieure à la moitié de la hauteur, et supérieure au minimum de 3 mètres prévu par les dispositions citées au point 3. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UH7 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Octeville-sur-Mer ne peut qu'être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions présentées par Mme C tendant à l'annulation de l'arrêté du 30 décembre 2021 du maire de la commune d'Octeville-sur-Mer et de la décision de rejet de son recours gracieux doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Octeville-sur-Mer, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, Mme C versera une somme de 1 000 euros à la commune d'Octeville-sur-Mer et une somme de 1 000 euros à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D C est rejetée.
Article 2 : Mme C versera une somme de 1 000 euros à la commune d'Octeville-sur-Mer en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Mme C versera une somme de 1 000 euros à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à M. A B et à la commune d'Octeville-sur-Mer.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Galle, présidente,
M. Bellec, premier conseiller,
et Mme Esnol, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.
La rapporteure,
B. Esnol
La présidente,
C. Galle La greffière,
A. Hussein
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
ah
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