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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202908

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202908

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202908
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantSCP THEMIS AVOCATS & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la requête de M. B, un détenu, qui contestait une sanction disciplinaire de dix jours de cellule et de déclassement de son emploi. Le requérant invoquait notamment un vice de procédure pour incompétence de l'autorité ayant engagé les poursuites et une irrégularité dans la composition de la commission de discipline. Le tribunal a écarté ces moyens, jugeant que les délégations de signature accordées au chef de détention et à l'adjointe de la cheffe d'établissement étaient régulières et publiées. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation, fondée sur les articles R. 234-1, R. 234-2 et R. 234-14 du code pénitentiaire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 juillet 2022, M. D B, représenté par Me Ciaudo, associé de l'AARPI Thémis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 juin 2022 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a rejeté son recours contre la décision du président de la commission de discipline du centre pénitentiaire du Havre du 19 mai 2022 prononçant à son encontre une sanction de dix jours de cellule disciplinaire et de déclassement de son emploi ;

2°) d'enjoindre au directeur du centre pénitentiaire du Havre d'ordonner son reclassement sur son emploi en détention dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, cette condamnation valant renonciation par son conseil au versement de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en raison de l'incompétence de l'autorité ayant décidé des poursuites ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en raison de l'irrégularité de la composition de la commission de discipline ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance des droits de la défense dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure de consulter son dossier disciplinaire plus de trois heures avant l'audience disciplinaire et n'a pas pu conserver une copie de son dossier disciplinaire ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en tant qu'elle prononce une sanction de déclassement pour des faits commis hors du cadre de son emploi ;

- elle est entachée d'une erreur dans la matérialité des faits ;

- elle est entachée de disproportion.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir les moyens de la requête de M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code pénitentiaire ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Esnol,

- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, incarcéré depuis le 23 décembre 2012 et écroué au centre pénitentiaire du Havre entre le 14 février 2022 et le 23 août 2022, a, par une décision du président de la commission de discipline de ce centre pénitentiaire du 19 mai 2022, été sanctionné de dix jours de cellule disciplinaire ainsi que d'un déclassement d'emploi. Saisie d'un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision, la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes l'a rejeté et a confirmé cette sanction par une décision du 22 juin 2022. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 234-1 du code pénitentiaire : " Pour l'exercice de ses compétences en matière disciplinaire, le chef de l'établissement pénitentiaire peut déléguer sa signature à son adjoint, à un fonctionnaire appartenant à un corps de catégorie A ou à un membre du corps de commandement du personnel de surveillance placé sous son autorité. / Pour les décisions de confinement en cellule individuelle ordinaire, de placement en cellule disciplinaire et de suspension de l'exercice de l'activité professionnelle de la personne détenue, lorsqu'elles sont prises à titre préventif, le chef d'établissement peut en outre déléguer sa signature à un major pénitentiaire ou à un premier surveillant. " Et aux termes de l'article R. 234-14 du code pénitentiaire : " Le chef de l'établissement pénitentiaire ou son délégataire apprécie, au vu des rapports et après s'être fait communiquer, le cas échéant, tout élément d'information complémentaire, l'opportunité de poursuivre la procédure. Les poursuites disciplinaires ne peuvent être exercées plus de six mois après la découverte des faits reprochés à la personne détenue. "

3. Par décision n° 76-2022-01-28-001 n°29 du 28 janvier 2022, régulièrement publiée au recueil des actes de la préfecture de la Seine-Maritime n°76-2022-015 du 31 janvier 2022, M. E F, chef de détention, a reçu délégation de Mme A G, cheffe d'établissement du centre de détention pénitentiaire du Havre, à l'effet d'engager les poursuites disciplinaires à l'encontre des personnes détenues en vertu des dispositions citées au point précédent. Il suit de là que le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'illégalité du fait de l'engagement de la procédure disciplinaire par une autorité qui ne disposait pas de la compétence pour ce faire doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 234-2 du code pénitentiaire : " La commission de discipline comprend, outre le chef de l'établissement pénitentiaire ou son délégataire, président, deux membres assesseurs. "

5. Il ressort des pièces du dossier que la décision de la commission de discipline a été présidée par Mme H C, adjointe à la cheffe d'établissement qui disposait d'une délégation, établie par décision du 28 janvier 2022, régulièrement publiée au recueil des actes de la préfecture de la Seine-Maritime n°76-2022-015 du 31 janvier 2022, lui permettant de présider la commission de discipline et de prendre la décision attaquée. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'irrégularité de la composition de la commission de discipline en raison de l'absence de délégation accordée à la présidente de cette commission doit être écarté.

6. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 313-2 du code pénitentiaire : " Pour l'application des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration aux décisions mentionnées par les dispositions de l'article R. 313-1, la personne détenue dispose d'un délai pour préparer ses observations qui ne peut être inférieur à trois heures à partir du moment où elle est mise en mesure de consulter les éléments de la procédure, en présence de son avocat ou du mandataire agréé, si elle en fait la demande. / L'autorité compétente peut décider de ne pas communiquer à la personne détenue, à son avocat ou au mandataire agréé les informations ou documents en sa possession qui contiennent des éléments pouvant porter atteinte à la sécurité des personnes ou des établissements pénitentiaires. " Aux termes de l'article R. 234-15 du même code: " En cas d'engagement des poursuites disciplinaires, les faits reprochés ainsi que leur qualification juridique sont portés à la connaissance de la personne détenue. / La personne détenue est informée de la date et de l'heure de sa comparution devant la commission de discipline ainsi que du délai dont elle dispose pour préparer sa défense. Ce délai ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. "

7. Il ressort des pièces du dossier que l'administration a remis à M. B les éléments du dossier disciplinaire le 13 mai 2022 à 14h30, soit plusieurs jours avant la séance de la commission de discipline qui s'est tenue le 19 mai 2022 à 13h30, la mention " refus de signer " faisant foi jusqu'à preuve du contraire. Le dossier disciplinaire contenait notamment le compte rendu d'incident, le rapport d'enquête, la convocation devant la commission de discipline comportant les faits reprochés et leur qualification juridique et la demande d'aide juridique. Aucun élément du dossier ne permet de relever que l'intéressé aurait été privé de l'accès à ce dossier par la suite, y compris durant la séance de la commission de discipline, durant laquelle il a été assisté par un avocat qui, selon les termes de la décision de sanction, a reçu copie du dossier disciplinaire, sans que cette circonstance ne soit sérieusement contestée par le requérant. M. B a ainsi bénéficié des garanties prévues par les dispositions citées au point précédent, notamment d'un délai d'au moins trois heures pour préparer ses observations.

8. D'autre part, M. B soutient qu'en ne lui permettant pas de conserver une copie du dossier disciplinaire, l'administration pénitentiaire ne lui a pas permis de préparer utilement sa défense. Toutefois, aucune disposition législative ou réglementaire, ni aucun principe général n'impose à l'administration de permettre à la personne détenue de conserver une copie de son dossier. En tout état de cause, ainsi qu'il a été dit au point 7, il n'est pas sérieusement contesté que l'avocat de M. B disposait d'une copie du dossier disciplinaire de M. B durant la commission.

9. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense ne peut qu'être écarté.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 233-2 du code pénitentiaire : " Les sanctions disciplinaires suivantes peuvent également être prononcées à l'encontre des personnes détenues majeures : / 1° La suspension de la décision de classement au travail ou de la participation à une formation pour une durée maximum de huit jours ; / 2° Le déclassement du travail, la fin de l'affectation sur un poste de travail ou l'exclusion d'une formation ; () "

11. M. B soutient que les fautes qui lui sont reprochées ne permettaient pas de fonder une sanction de déclassement d'emploi, dès lors que les faits ne sont pas intervenus au cours ou à l'occasion de son activité. Toutefois, les dispositions précitées de l'article R. 233-2 du code pénitentiaire alors en vigueur, ne prévoient pas, contrairement aux anciennes dispositions de R. 57-7-34 du code de procédure pénale dans leur rédaction antérieure au 15 mars 2019, que les faits reprochés soient intervenus à l'occasion du travail pour fonder une telle sanction. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 232-4 du code pénitentiaire : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : () / 3° D'opposer une résistance violente aux injonctions des personnels ; / () 10° D'introduire ou tenter d'introduire au sein de l'établissement tous objets, données stockées sur un support quelconque ou substances de nature à compromettre la sécurité des personnes ou de l'établissement, de les détenir ou d'en faire l'échange contre tout bien, produit ou service ; () ".

13. Il ressort de pièces du dossier et notamment des propos concordants retranscrits dans le courrier du surveillant pénitentiaire adressé à la cheffe d'établissement et dans le compte rendu d'incident, lesquels sont corroborés par les captures écrans de la vidéosurveillance versées à l'instance, que M. B était à l'intérieur d'une cellule lorsque le surveillant a constaté qu'il était en possession d'un téléphone portable, que le surveillant l'a fait sortir de la cellule et l'a placé contre le mur, que l'intéressé s'est levé et a tenté de partir et qu'il a bousculé le surveillant pénitentiaire en chemin si bien que le surveillant est tombé au sol. Il ressort des pièces du dossier que M. B a ensuite pris la fuite en courant et a été poursuivi par d'autres surveillants pénitentiaires après le déclenchement de l'alarme. Si M. B a contesté dès la commission de discipline du 19 mai 2022 avoir commis des faits de violence, les faits précités font état d'un comportement brusque et brutal à l'encontre du surveillant pénitentiaire de nature à caractériser une résistance volontaire à une injonction d'un membre du personnel pénitentiaire. En outre, le requérant reconnait avoir été retrouvé en possession d'un téléphone portable. Par suite, le moyen tiré de l'erreur dans la matérialité des faits doit être écarté.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 233-1 du code pénitentiaire : " Peuvent être prononcées à l'encontre des personnes détenues majeures les sanctions disciplinaires suivantes : () 8° La mise en cellule disciplinaire. " L'article R. 233-2 du même code prévoit que peuvent également être prononcées à l'encontre des personnes détenues les sanctions disciplinaires suivantes : " 1° La suspension de la décision de classement au travail ou de la participation à une formation pour une durée maximum de huit jours ; 2° Le déclassement du travail, la fin de l'affectation sur un poste de travail ou l'exclusion d'une formation () ". Aux termes de l'article R. 234-33 du même code : " Le président de la commission de discipline peut, pour une même faute, prononcer l'une des sanctions prévues par les dispositions des articles R. 233-1 et R. 233-2. Il peut également compléter une sanction prévue par les dispositions de l'article R. 233-1 par une sanction prévue par les dispositions de l'article R. 233-2. ". Enfin, aux termes l'article R. 235-5 du même code : " La durée du confinement en cellule ne peut excéder vingt jours pour une faute du premier degré, quatorze jours pour une faute du deuxième degré et sept jours pour une faute du troisième degré. / Cette durée peut être portée à trente jours lorsque : / 1° Les faits commis constituent une des fautes prévues par les dispositions des 1°, 2° et 3° de l'article R. 232-4 ; / 2° Les fautes prévues par les dispositions des 4° et 7° de l'article R. 232-4 ont été commises avec violence physique contre les personnes "

15. Eu égard aux faits rappelés au point précédent, la décision attaquée prononçant une sanction de dix jours de cellule disciplinaire, assortie d'un déclassement d'emploi, alors que la sanction encourue était de vingt jours pour la seule possession du téléphone portable et de trente jours pour les faits de résistance violente aux injonctions des personnels, l'administration n'a pas entaché la décision attaquée de disproportion.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B à l'encontre de la décision du 22 juin 2022 ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et présentées sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à l'AARPI Thémis et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

M. Bellec, premier conseiller,

et Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

La rapporteure,

B. Esnol

La présidente,

C. Galle La greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

ah

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