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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202952

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202952

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202952
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantDPR AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2022, et trois mémoires, enregistrés les 8 juin, 27 juin et 17 juillet 2023, la société MPO Fenêtres, représentée par la SELARL " Fidal " (Me Gey), demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 mai 2022 par laquelle la Société hérouvillaise d'économie mixte pour l'aménagement (SHEMA) a prononcé la résiliation du marché n° 11631-001.22 ;

2°) de requalifier la décision du 10 mai 2022 en décision de résiliation aux torts de la SHEMA ;

3°) de mettre à la charge de la SHEMA la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la mise en demeure faite par la SHEMA avant la résiliation du marché est entachée de plusieurs irrégularités, dès lors que :

* le délai de 15 jours imparti par celle-ci n'a pas été respecté ;

* elle ne l'invite pas à présenter ses observations ;

* elle ne contient pas les manquements reprochés au titulaire du marché afin de lui permettre de déterminer les actions à mener pour remédier à la situation, dès lors qu'elle évoque des documents et justificatifs non fournis, mais ne précise pas les documents attendus ;

- la résiliation du marché est infondée dès lors qu'elle n'a pas commis de fautes contractuelles ; l'absence de transmission de l'intégralité des documents d'exécution ne nuit pas gravement à l'opération, contrairement à ce que soutient la SHEMA, et les retards d'exécution reprochés sont modérés ; les documents manquants n'impactaient pas la réalisation du chantier et notamment son organisation et la coordination des intervenants ;

- la résiliation à ses torts exclusifs est disproportionnée, dès lors que :

* elle a respecté le principe de loyauté contractuelle en ne cachant pas les difficultés d'approvisionnement en matière première qu'elle rencontrait ;

* la SHEMA n'a pas tenu compte des difficultés rencontrées et a méconnu les consignes de bienveillance délivrée par une circulaire du 16 juillet 2021, et une circulaire du premier ministre du 30 mars 2022 ;

* la SHEMA n'établit pas en quoi les retards litigieux créeraient à la réalisation de l'opération un préjudice d'une gravité telle que cela justifierait la réalisation du marché ;

- la décision de résiliation du marché, datée du 10 mai 2022, a un effet rétroactif illégal dès lors qu'il est expressément prévu que la résiliation est prononcée " à compter du 3 mai 2022 ", ainsi que le constat des travaux réalisé le 18 mai 2022 qui vise la date d'effet de la réalisation du 3 mai 2022.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 avril 2023, 8 juin 2023, 27 juin 2023 et 28 septembre 2023, la société hérouvillaise d'économie mixte pour l'aménagement (SHEMA), représentée par Me Lab Simon, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société MPO fenêtres la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de la formation de jugement des tribunaux peuvent, par ordonnance : () 4º Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ; () ".

2. Le juge du contrat, saisi par une partie d'un litige relatif à une mesure d'exécution d'un contrat, peut seulement, en principe, rechercher si cette mesure est intervenue dans des conditions de nature à ouvrir droit à indemnité. Toutefois, une partie à un contrat administratif peut, eu égard à la portée d'une telle mesure d'exécution, former devant le juge du contrat un recours de plein contentieux contestant la validité de la résiliation de ce contrat et tendant à la reprise des relations contractuelles.

3. Il résulte de l'instruction que, par une décision du 10 mai 2022, la SHEMA a résilié pour faute le marché public portant sur la réalisation de l'Espace 360° à Bernay, conclu avec la société MPO Fenêtres pour le lot n° 3. La société requérante demande au tribunal d'annuler la mesure de résiliation du marché, et de requalifier la décision du 10 mai 2022 en décision de résiliation aux torts de la SHEMA. Eu égard à la teneur de ses écritures, qui ne peuvent être regardées comme tendant à la reprise des relations contractuelles ou au règlement des comptes du marché ou à la condamnation de la SHEMA à lui verser une somme d'argent, la société MPO Fenêtres a conféré à son recours le caractère d'un recours pour excès de pouvoir. Il résulte toutefois des principes rappelés au point 2 qu'un tel recours ne saurait être soumis au juge du contrat. Dans ces conditions, la requête de la société MPO Fenêtres est entachée d'une irrecevabilité manifeste qui est insusceptible d'être régularisée et doit donc être rejetée par application des dispositions précitées du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative fait obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge de la SHEMA, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Enfin, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société requérante la somme que la SHEMA demande au titre du même article.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de la société MPO Fenêtres est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la SHEMA tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société MPO Fenêtres et à la Société hérouvillaise d'économie mixte pour l'aménagement.

Fait à Rouen, le 28 juin 2024.

La présidente de la 4ème chambre,

Signé : C. VAN MUYLDER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. HENRY

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