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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203084

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203084

jeudi 26 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203084
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantGREENLAW AVOCAT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a été saisi d’un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral du 25 avril 2022 enregistrant une installation de stockage de déchets inertes à Mauny. Les requérants contestaient notamment l’insuffisance du dossier de demande, l’irrégularité de la consultation du public et la méconnaissance des prescriptions de l’arrêté ministériel du 12 décembre 2014. Le tribunal a rejeté l’ensemble des moyens soulevés, jugeant que le dossier était suffisant, la procédure régulière et les prescriptions adaptées. Il a ainsi validé l’arrêté préfectoral, en application des articles R. 512-46-3 et suivants du code de l’environnement.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 26 juillet 2022, 15 mars 2024 et 17 juin 2024, l'association Collectif les pieds dans l'eau - Chemin du Roy, le halage, hameau de Beaulieu, la SARL du Val Sarah, M. I J, M. L E, M. H F, Mme C D, M. B K et M. A G, représentés par Me Schmidt-Sarels demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a enregistré la demande présentée par la société Environnement et Minéraux en vue de l'exploitation d'une installation de stockage de déchets inertes sur le territoire de la commune de Mauny, et fixé les prescriptions particulières applicables à ladite installation ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 9 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la condamner aux dépens.

Ils soutiennent que :

- la requête est recevable ;

- les mesures de publicité de l'arrêté contesté sont insuffisantes en méconnaissance des dispositions des articles R. 512-46-24 et R. 181-44 du code de l'environnement ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé au regard des dispositions de l'article R. 512-46-18 du code de l'environnement ;

- il est entaché d'une erreur de fait dès lors que la construction présente sur la parcelle A 22 est habitée à titre permanent ;

- le dossier de demande comporte une description insuffisante des incidences notables du projet sur l'environnement et la santé humaine, en méconnaissance de l'article R. 512-46-3, 4° du code de l'environnement, en ce qui concerne le bruit, les vibrations, la pollution atmosphérique, la présence d'un captage d'eau destiné à la consommation humaine à proximité du projet, la pollution existante sur le site ;

- le dossier est insuffisant au regard du 4° de l'article R. 512-46-4 du code de l'environnement dès lors qu'il n'a pas permis au préfet d'apprécier la compatibilité de l'activité avec l'affectation des sols au regard de la carte communale de la commune de Mauny et du plan local d'urbanisme de la commune de Bardouville ;

- l'évaluation des incidences Natura 2000 est insuffisante au regard de l'article R. 512-46-4, 6° du code de l'environnement, en ce qui concerne les incidences du projet sur la ZSC Boucles de la Seine aval, et sur la ZPS Estuaire et marais de la Basse Seine, qui n'a pas été étudiée ; cette évaluation repose sur des inventaires insuffisants en ce qui concerne l'avifaune et les chiroptères ; l'incidence des rejets atmosphériques et du bruit sur les espèces n'a pas été suffisamment étudiée ;

- le dossier de demande est insuffisant concernant les capacités techniques et financières du pétitionnaire en méconnaissance de l'article R. 512-46-4 du code de l'environnement ;

- le dossier est insuffisant pour permettre au préfet d'apprécier la compatibilité du projet avec le SDAGE du bassin Seine-Normandie, et avec le schéma des carrières de la Seine-Maritime visés à l'article R. 512-46-4, 9° du code de l'environnement ;

- la publicité de l'arrêté portant ouverture et organisation de la consultation du public est insuffisante ;

- la consultation du public n'a pas été régulière, en méconnaissance de l'article R. 512-46-14 du code de l'environnement, dès lors qu'aucun registre n'était présent à la mairie de Bardouville, commune sur laquelle porte une partie du projet, que le registre mis à disposition du public à la mairie de Mauny était difficilement accessible et que le public n'a pu accéder que difficilement au registre numérique ;

- l'avis du conseil municipal de Bardouville n'a pas été régulièrement recueilli dès lors que le dossier indique à tort que le projet se situe intégralement sur le territoire de la commune de Mauny ;

- l'avis du conseil municipal de Bardouville et les résultats de la consultation publique et notamment des habitants de la commune de Bardouville n'ont pas été pris en compte ;

- l'arrêté méconnait les prescriptions générales fixées à l'article 7 de l'arrêté ministériel du 12 décembre 2014 ;

- l'arrêté attaqué méconnait les prescriptions générales de l'article 8 de l'arrêté ministériel du 12 décembre 2014 ;

- l'arrêté attaqué méconnait les prescriptions générales de l'article 14 de l'arrêté ministériel du 12 décembre 2014 ;

- l'arrêté attaqué méconnait les prescriptions générales de l'article 17 de l'arrêté ministériel du 12 décembre 2014 ;

- l'arrêté attaqué méconnait les prescriptions générales de l'article 26 de l'arrêté ministériel du 12 décembre 2014 ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation, tirée du caractère insuffisant des prescriptions complémentaires, qui ne sont pas assez contraignantes pour l'exploitant, concernant les limites de circulation des camions, la sécurité routière, le débourbeur/ nettoyeur, le contrôle des déchets, le contrôle du bruit, le contrôle de la qualité des eaux, le réaménagement paysager et naturel du site ;

- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 512-7-3 du code de l'environnement en l'absence de capacités techniques et financières suffisantes de l'exploitant ;

- l'arrêté attaqué ne présente pas de cohérence avec les objectifs de la charte du parc naturel régional des Boucles de la Seine, à savoir les objectifs 1.2.1 concernant la qualité paysagère, 1.5.2 concernant la préservation et la qualité des sols, 1.5.3 concernant la qualité de l'air, et 2.1.2 concernant l'utilisation de matériaux locaux ; qu'il n'est pas cohérent avec le classement du site en réservoir de biodiversité non humide, et en limite de corridor écologique opéré par la carte de la Charte du parc naturel régional ;

- le projet est entaché d'une erreur d'appréciation au regard de l'axe 2, 3 et la fiche 9 du document d'orientations et de gestion du site classé de la boucle de Roumare ;

- le projet n'est pas cohérent avec les objectifs 53, 63, 66, 69 et 74 du schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires (SRADDET) de Normandie ;

- le projet n'est pas cohérent avec le plan régional de prévention et de gestion des déchets annexé au SRADDET de Normandie ;

- l'arrêté attaqué méconnait l'article L. 514-6 du code de l'environnement dès lors que le projet est incompatible avec les objectifs 2 et 4 du document d'orientations et d'objectifs du schéma de cohérence territoriale (SCOT) du Roumois et avec le classement du site en réservoir de biodiversité et en zone sensible d'un point de vue paysager dans la cartographie du SCOT ;

- il méconnait l'article L. 514-6 du code de l'environnement dès lors que le terrain d'assiette du projet est situé en zone inconstructible de la carte communale de Mauny ;

- il méconnait l'article L. 514-6 du code de l'environnement dès lors que le projet est incompatible avec l'article N3 du règlement de la zone N du plan local d'urbanisme de Bardouville, au sein de laquelle se trouve la voie d'accès au site ;

- l'arrêté attaqué méconnait l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- il méconnait l'article R. 111-4 du code de l'urbanisme ;

- les mesures de la séquence " éviter, réduire, compenser " prévues pour le projet reposent sur des études d'incidence insuffisantes, et sont insuffisantes au regard des enjeux écologiques, en ce qui concerne le bruit généré par l'exploitation, les vibrations, la pollution atmosphérique, la voirie, les incidences sur l'avifaune dans la ZPS Estuaire et marais de la Basse Seine, sur les chiroptères, et sur les espèces floristiques ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que le projet porte atteinte aux intérêts visés à l'article L. 511-1 du code de l'environnement, notamment au regard des dangers et inconvénients pour la commodité du voisinage, pour la santé, pour la sécurité publique, pour la protection de la nature, de l'environnement et des paysages et pour la conservation des sites et des monuments ainsi que des éléments du patrimoine archéologique ;

- l'arrêté attaqué est illégal dès lors que le préfet aurait dû soumettre la procédure d'enregistrement à évaluation environnementale en vertu des dispositions de l'article L. 512-2-7 du code de l'environnement.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 juillet 2023, 25 avril 2024 et 18 juillet 2024, la Société environnement minéraux (SEM), représentée par Me Borrel, conclut au rejet de la requête et à titre subsidiaire à ce que le tribunal sursoie à statuer en application de l'article L. 181-18 du code de l'environnement et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient à titre principal que la requête est irrecevable car aucun des requérants ne justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour agir.

A titre subsidiaire, elle soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 juillet 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que M. I J n'a pas d'intérêt à agir car il est, du fait du décès de son père intervenu le 3 décembre 2022, initialement propriétaire du terrain, propriétaire en indivision du terrain d'assiette du projet.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le décret n° 2021-1000 du 30 juillet 2021 ;

- l'arrêté ministériel du 12 décembre 2014 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations relevant du régime de l'enregistrement de la rubrique n°2760 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bellec, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique,

- les observations de Me Schmidt-Sarels, représentant l'association Collectif les pieds dans l'eau - Chemin du Roy, le halage, hameau de Beaulieu, et les autres requérants.

- et les observations de Me Giorlo, substituant Me Borrel, représentant la Société environnement minéraux (SEM).

Considérant ce qui suit :

1. La société Environnement et minéraux (SEM) a déposé le 19 octobre 2020 une demande d'enregistrement en vue de l'exploitation d'une installation de stockage de déchets inertes à l'emplacement d'une ancienne carrière de craie de 2,4 hectares, au lieu-dit " Côte Fleury " sur le territoire de la commune de Mauny. Par l'arrêté contesté du 25 avril 2022, le préfet de la Seine-Maritime a procédé à l'enregistrement du dossier de la SEM en vue d'exploitation de cette installation d'une capacité de 383 500 m3 pour une durée de cinq ans, et l'a assorti de prescriptions particulières.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les mesures de publicité de l'arrêté attaqué du 25 avril 2022 :

2. Les modalités de publicité d'un acte sont sans incidence sur sa légalité. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que l'arrêté n'aurait pas fait l'objet d'un affichage à la mairie de Mauny et sur le site internet de la préfecture de Seine-Maritime pendant une durée minimale d'un mois, ainsi que le prévoit l'article R. 181-44 du code de l'environnement, est inopérant. Il doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne la motivation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 512-46-18 du code de l'environnement : " () La décision de refus ou d'enregistrement est motivée notamment au regard des articles L. 512-7 et L. 512-7-2 et de l'ensemble des critères pertinents mentionnés à l'annexe de l'article R. 122-3-1, et notifiée au pétitionnaire. () ".

4. L'arrêté contesté vise le code de l'environnement et notamment les articles L. 512-7 à L. 512-7-7 et R. 512-46-1 à R. 512-46-30, ainsi que l'arrêté ministériel du 12 décembre 2014 dont il fait application. Il rappelle la procédure mise en œuvre avant l'adoption de l'arrêté. Il décrit le projet, sa localisation et renvoie aux prescriptions générales ainsi qu'à celles contenues dans le dossier de demande. L'arrêté vise le dossier de demande d'enregistrement et le dossier technique annexé qui explicite le respect des prescriptions générales prévues à l'arrêté ministériel du 12 décembre 2014. L'arrêté en cause n'avait pas à reprendre l'ensemble de ces éléments dans sa motivation. Par ailleurs, l'arrêté détaille la nature de chaque prescription concernant la circulation des camions, l'accès au site et les nuisances sonores qui sont explicitées dans le corps de l'arrêté. Enfin, l'arrêté attaquée vise l'article L. 512-7-2 du code de l'environnement et expose les motifs pour lesquels il n'a pas été fait usage de la procédure prévue par l'article L. 181-1 du code de l'environnement en l'espèce. Ainsi, cet arrêté est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation en droit et en fait doit être écarté.

En ce qui concerne l'erreur de fait entachant l'arrêté :

5. Les requérants soutiennent que l'arrêté est entaché d'une erreur de fait dès lors que la construction présente sur la parcelle A 22, incluse dans le périmètre de l'installation, est habitée à titre permanent. Toutefois, à supposer même que cette habitation soit toujours habitée, l'arrêté contesté se borne à indiquer que la construction n'est pas légale au regard des règles d'urbanisme, sans préciser qu'elle est inhabitée. Dès lors le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

En ce qui concerne la complétude du dossier de demande d'enregistrement :

6. Il appartient au juge du plein contentieux des installations classées d'apprécier le respect des règles de procédure régissant la demande d'enregistrement au regard des circonstances de fait et de droit en vigueur à la date de délivrance de l'autorisation et celui des règles de fond régissant l'installation au regard des circonstances de fait et de droit en vigueur à la date à laquelle il se prononce, sous réserve du respect des règles d'urbanisme qui s'apprécie au regard des circonstances de fait et de droit applicables à la date de l'arrêté contesté. Les inexactitudes, omissions ou insuffisances affectant le dossier de demande d'enregistrement au titre de la législation des installations classées pour la protection de l'environnement ne sont susceptibles de vicier la procédure et ainsi d'entacher d'irrégularité l'arrêté d'enregistrement attaqué que si elles ont eu pour effet de nuire à l'information complète de la population ou si elles ont été de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative. En outre, eu égard à son office, le juge du plein contentieux des installations classées peut prendre en compte la circonstance, appréciée à la date à laquelle il statue, que de telles irrégularités ont été régularisées, sous réserve qu'elles n'aient pas eu pour effet de nuire à l'information complète de la population.

S'agissant de la description des incidences notables du projet sur l'environnement :

7. Aux termes de l'article R. 512-46-1 du code de l'environnement : " Toute personne qui se propose de mettre en service une installation soumise à enregistrement adresse, dans les conditions de la présente sous-section, une demande au préfet du département dans lequel cette installation doit être implantée. / (). ". Aux termes de l'article R. 512-46-3 du même code dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Dans tous les autres cas, il est remis une demande, en trois exemplaires augmentés du nombre de communes mentionnées à l'article R. 512-46-11, qui mentionne : / 1° S'il s'agit d'une personne physique, ses nom, prénoms et domicile et, s'il s'agit d'une personne morale, sa dénomination ou sa raison sociale, sa forme juridique, l'adresse de son siège social ainsi que la qualité du signataire ; / () / 4° Une description des incidences notables que le projet, y compris les éventuels travaux de démolition, est susceptible d'avoir sur l'environnement et la santé humaine ainsi que, le cas échéant, les mesures et caractéristiques du projet destinées à éviter ou réduire ses probables effets négatifs notables sur l'environnement ou la santé humaine. / Un arrêté du ministre chargé des installations classées fixe le modèle national de demande d'enregistrement. ".

8. Les requérants soutiennent que le dossier de demande d'enregistrement est insuffisant en ce qui concerne la description des incidences du projet sur l'environnement et la santé humaine concernant le bruit, les vibrations, la pollution atmosphérique, la présence d'un captage d'eau à proximité du projet, la pollution existante sur le site.

9. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le dossier de demande d'enregistrement contient, au chapitre VI " Bruits et variations " de la partie H " Bilan de conformité ", une étude portant sur les mesures de bruit au niveau du site afin d'établir le bruit ambiant initial, ainsi qu'à ses abords le long de la voie d'accès et près de l'habitation la plus proche. La figure 18 " fiche de mesure de bruit au niveau du site et à ses abords ", présente à la page 57 du dossier de demande d'enregistrement, précise les lieux des mesures du bruit et son impact. Il est prévu également des études de bruit en phase d'exploitation et la figure 19 présente à la page 58 du dossier précise la localisation des points de mesure de bruit. Le dossier indique que si le bruit devait dépasser les normes fixées par l'arrêté ministériel du 23 janvier 1997, des travaux seront réalisés sur le site tels que la mise en place de merlons anti-bruit. La demande précise en partie D1.3 qu'aucune activité annexe au stockage de déchets, comme des concasseurs, n'est prévue. Par ailleurs, le dossier indique, page 12 du dossier de demande d'enregistrement, que la durée d'exploitation est prévue sur quatre ans, la cinquième année étant prévue pour le réaménagement, et que la circulation des camions transportant les déchets représente un passage moyen de 6 camions par heure par jour ouvré, sur une base de 250 jours ouvrés et d'une capacité de 30 tonnes/10 m3 par camion. Le dossier prévoit que le transport ne se fera que de 8h à 18h les jours ouvrés, avec des interruptions. Le dossier prévoit également que la circulation sur le site est limitée à 30km/h, qu'il est interdit de stationner sur le site en période de chargement/déchargement et que les véhicules devront respecter les normes d'émission de bruit en vigueur. Enfin, le dossier indique qu'un espace boisé est présent entre le projet et les habitations. Dès lors, les éléments présents au dossier concernant l'incidence du projet en ce qui concerne le bruit généré par l'activité autorisée sont suffisants.

10. En deuxième lieu, le projet consiste à exploiter une installation de stockage de déchets inertes sur le site d'une carrière qui n'est plus exploitée. Le dossier précise qu'aucune activité annexe au stockage des déchets n'est prévue, il indique la localisation du site, isolée des habitations par un espace boisé, et précise l'itinéraire et la fréquence du passage des camions, ainsi que les horaires d'exploitation, et conclut qu'il n'existe pas de nuisance notable en termes de vibrations. Les requérants n'établissent pas que le passage des camions serait par lui-même susceptible de créer des vibrations ayant une incidence sur les habitations voisines. Par suite, le dossier comporte les éléments permettant d'apprécier les incidences notables du projet en ce qui concerne les vibrations.

11. En troisième lieu, le dossier de demande d'enregistrement indique dans le chapitre " impact sur le climat " que seule l'activité de transport est susceptible de provoquer un impact sur le climat de par les rejets produits par les engins de circulation, mais que les véhicules concernés ne sont pas suffisamment nombreux pour provoquer un impact significatif d'autant que les transports seront réalisés pour l'essentiel par voie fluviale, les barges étant déchargées à Anneville-Ambourville à 7 kilomètres du site, seuls quelques apports par voie routière issus de chantiers locaux étant prévus. Le dossier précise le nombre des camions concernés par la livraison sur le site, soit 6 par heure et par jour ouvré, sur une durée d'exploitation prévue de quatre ans. Ces éléments étaient suffisants pour permettre de se prononcer sur les incidences notables du projet en ce qui concerne la pollution atmosphérique.

12. En quatrième lieu, les requérants soutiennent que le point de captage d'eau privé situé sur le fonds exploité par la SARL du Val Sarah, voisine du site, n'a pas été pris en compte par le projet alors qu'il est destiné à la consommation humaine. Toutefois, il résulte de l'instruction et notamment de la figure 49 " autres points d'eau souterraine " présente à la page139 du dossier de demande d'enregistrement que ce captage d'eau a bien été localisé, et que le dossier précise que " bien que respectant les normes de potabilité requise, ces eaux ne sont pas destinées à la consommation humaine ". Les requérants n'apportent pas d'éléments démontrant qu'il aurait été nécessaire d'étudier davantage les incidences du projet sur ce point de captage, situé en dehors du site. Dès lors, le moyen doit être écarté.

13. En dernier lieu, les requérants soutiennent que le site est pollué, et que le dossier n'a pas pris en compte l'historique du site qui est déjà un site pollué. Toutefois, ils n'apportent aucun élément précis sur la nature de cette pollution et ne démontrent pas que l'absence de référence à cette pollution aurait nui à l'information complète de la population, ou été de nature à exercer une influence sur le sens de la décision de l'administration, alors que le préfet indique en défense avoir connaissance d'une pollution intervenue en décembre 2004, consistant en du brulage de déchets sur le site durant une période limitée. Dès lors, le moyen doit être écarté.

S'agissant du document permettant d'apprécier la compatibilité du projet avec les règles d'urbanisme :

14. Aux termes de l'article R. 512-46-4 du code de l'environnement : " A la demande d'enregistrement doivent être jointes les pièces suivantes : () / 4° Un document permettant au préfet d'apprécier la compatibilité des activités projetées avec l'affectation des sols prévue pour les secteurs délimités par le plan d'occupation des sols, le plan local d'urbanisme ou la carte communale ; / ().

15. Les requérants soutiennent que le dossier de demande était insuffisant pour permettre au préfet d'apprécier la compatibilité de l'activité avec l'affectation des sols au regard de la carte communale de la commune de Mauny et du plan local d'urbanisme de la commune de Bardouville. Toutefois, le dossier de demande contient un chapitre " justification de compatibilité de l'installation avec les dispositions d'urbanisme " et contient un extrait de la carte communale de la commune de Mauny. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, aucun règlement écrit n'assortit cette carte communale, de sorte qu'aucun règlement n'avait à être mentionné au dossier. Par ailleurs, le dossier contient des extraits du plan local d'urbanisme de la commune de Bardouville qui n'était en tout état de cause plus applicable à la date du dépôt de la demande d'enregistrement. Le document d'urbanisme à prendre en compte était le plan local d'urbanisme intercommunal de la métropole Rouen Normandie. En outre, au cours de l'instruction de la demande, le projet a été modifié pour ne plus intégrer de terrains situés sur le territoire de Bardouville de sorte que le vice lié à l'absence au dossier de document permettant d'apprécier la compatibilité du projet avec le document d'urbanisme couvrant la commune de Bardouville n'a eu ni pour effet de nuire à l'information de la population, ni exercé d'influence sur sens de la décision prise par l'administration. Dès lors, le moyen doit être écarté.

S'agissant de l'évaluation des incidences Natura 2000 :

16. Aux termes de l'article R. 512-46-4 du même code : " A la demande d'enregistrement doivent être jointes les pièces suivantes : () 6° Le cas échéant, l'évaluation des incidences Natura 2000 dans les cas et conditions prévus par les dispositions réglementaires de la sous-section 5 de la section 1 du chapitre IV du titre Ier du livre IV ; / ". Aux termes de l'article R. 414-23 du même code : " Le dossier d'évaluation des incidences Natura 2000 est établi (), s'il s'agit d'un programme, d'un projet ou d'une intervention, par le maître d'ouvrage ou le pétitionnaire, (). / Cette évaluation est proportionnée à l'importance du document ou de l'opération et aux enjeux de conservation des habitats et des espèces en présence. / I.- Le dossier comprend dans tous les cas : / 1° Une présentation simplifiée du document de planification, ou une description du programme, du projet, de la manifestation ou de l'intervention, accompagnée d'une carte permettant de localiser l'espace terrestre ou marin sur lequel il peut avoir des effets et les sites Natura 2000 susceptibles d'être concernés par ces effets ; lorsque des travaux, ouvrages ou aménagements sont à réaliser dans le périmètre d'un site Natura 2000, un plan de situation détaillé est fourni ; / 2° Un exposé sommaire des raisons pour lesquelles le document de planification, le programme, le projet, la manifestation ou l'intervention est ou non susceptible d'avoir une incidence sur un ou plusieurs sites Natura 2000 ; dans l'affirmative, cet exposé précise la liste des sites Natura 2000 susceptibles d'être affectés, compte tenu de la nature et de l'importance du document de planification, ou du programme, projet, manifestation ou intervention, de sa localisation dans un site Natura 2000 ou de la distance qui le sépare du ou des sites Natura 2000, de la topographie, de l'hydrographie, du fonctionnement des écosystèmes, des caractéristiques du ou des sites Natura 2000 et de leurs objectifs de conservation. / II.-Dans l'hypothèse où un ou plusieurs sites Natura 2000 sont susceptibles d'être affectés, le dossier comprend également une analyse des effets temporaires ou permanents, directs ou indirects, que le document de planification, le programme ou le projet, la manifestation ou l'intervention peut avoir, individuellement ou en raison de ses effets cumulés avec d'autres documents de planification, ou d'autres programmes, projets, manifestations ou interventions dont est responsable l'autorité chargée d'approuver le document de planification, le maître d'ouvrage, le pétitionnaire ou l'organisateur, sur l'état de conservation des habitats naturels et des espèces qui ont justifié la désignation du ou des sites. / III.- S'il résulte de l'analyse mentionnée au II que le document de planification, ou le programme, projet, manifestation ou intervention peut avoir des effets significatifs dommageables, pendant ou après sa réalisation ou pendant la durée de la validité du document de planification, sur l'état de conservation des habitats naturels et des espèces qui ont justifié la désignation du ou des sites, le dossier comprend un exposé des mesures qui seront prises pour supprimer ou réduire ces effets dommageables. / IV.- Lorsque, malgré les mesures prévues au III, des effets significatifs dommageables subsistent sur l'état de conservation des habitats naturels et des espèces qui ont justifié la désignation du ou des sites, le dossier d'évaluation expose, en outre : / 1° La description des solutions alternatives envisageables, les raisons pour lesquelles il n'existe pas d'autre solution que celle retenue et les éléments qui permettent de justifier l'approbation du document de planification, ou la réalisation du programme, du projet, de la manifestation ou de l'intervention, dans les conditions prévues aux VII et VIII de l'article L. 414-4 ; / 2° La description des mesures envisagées pour compenser les effets dommageables que les mesures prévues au III ci-dessus ne peuvent supprimer. Les mesures compensatoires permettent une compensation efficace et proportionnée au regard de l'atteinte portée aux objectifs de conservation du ou des sites Natura 2000 concernés et du maintien de la cohérence globale du réseau Natura 2000. Ces mesures compensatoires sont mises en place selon un calendrier permettant d'assurer une continuité dans les capacités du réseau Natura 2000 à assurer la conservation des habitats naturels et des espèces. Lorsque ces mesures compensatoires sont fractionnées dans le temps et dans l'espace, elles résultent d'une approche d'ensemble, permettant d'assurer cette continuité ; / 3° L'estimation des dépenses correspondantes et les modalités de prise en charge des mesures compensatoires, qui sont assumées, pour les documents de planification, par l'autorité chargée de leur approbation, pour les programmes, projets et interventions, par le maître d'ouvrage ou le pétitionnaire bénéficiaire, pour les manifestations, par l'organisateur bénéficiaire. ".

17. Le dossier de demande d'enregistrement contient une étude d'incidence Natura 2000 qui mentionne notamment la ZPS Estuaire et marais de la Basse-Seine qui se situe à proximité du projet, et la ZSC Boucles de la Seine aval au sein de laquelle se situe le projet. Le dossier décrit également 6 autres ZSC dans un rayon de 20 kilomètres. Il décrit la ZSC des Boucles de la Seine aval ainsi que les objectifs de conservation du site, notamment la priorité d'action donnée au maintien et à la restauration des prairies humides, au maintien et à la restauration des milieux aquatiques. Il rappelle la cartographie des habitats et des espèces protégées par le document d'objectif du site (DOCOB). Il expose que le projet est susceptible d'engendrer une incidence directe uniquement sur la ZSC Boucles de la Seine aval, et étudie les risques d'incidences directes sur cette ZSC, en relevant qu'aucun des habitats répertoriés par le Docob de cette zone n'est recensé par l'étude écologique sur le site du projet. L'étude évalue également le risque d'incidences indirectes sur la ZSC Boucles de la Seine aval, en relevant notamment que les deux espèces visées à l'annexe II de la directive Habitats répertoriés dans la ZSC n'ont pas été inventoriés sur le terrain d'assiette du projet.

18. S'agissant des chiroptères, le dossier comporte un point N2.2.5 " Inventaire chiroptérologique ", duquel il ressort que trois espèces de chiroptères ont été recensées sur le site à savoir la pipistrelle commune, la sérotine commune et la pipistrelle pygmée, dont aucune n'est visée à l'annexe II de la directive Habitats. En outre, l'inventaire écologique mentionné au dossier précise que " malgré la présence de petites cavités liées aux fissures dans les falaises de la carrière, le peu de contact et d'espèces de chiroptères laisse penser qu'aucun gîte d'estivage ou d'hivernage n'est présent au sein de la carrière ". Si les requérants soutiennent que l'inventaire réalisé n'a pas identifié deux espèces d'oiseaux et sept espèces de chiroptères dont la présence a pourtant été observée au sein de la ZNIEFF de type II du Bois et de la forêt de Mauny, cette circonstance ne suffit pas à établir que l'inventaire présenté en chapitre N du dossier serait incomplet. Au demeurant, les sites d'hivernage de chiroptères détectés dans cette ZNIEFF sont localisés, selon le document produit par les requérantes, dans les grottes du Bas Mauny, éloignées du projet et hors du périmètre du site. Par suite, il n'est pas établi que cet inventaire serait insuffisant, ni qu'il était nécessaire de réaliser une étude plus approfondie. Le dossier comporte ainsi les données suffisantes sur l'incidence du projet sur les chiroptères, l'étude concluant à l'absence d'incidence significative.

19. En ce qui concerne la ZPS Estuaire et marais de la Basse-Seine, l'étude d'incidences Natura 2000 rappelle qu'elle est située à 500 mètres du projet, et elle a étudié, compte tenu du risque d'incidences indirectes, les espèces d'oiseaux de cette ZPS pouvant fréquenter les milieux forestiers et ouverts du secteur. L'étude relève qu'aucune des 50 espèces inscrites à l'annexe I de la directive Oiseaux n'a été observée lors des inventaires écologiques effectués sur le site. Les requérants n'établissent pas, du seul fait de la présence de ces 50 espèces d'oiseaux dont deux espèces menacées, que l'installation de stockage de déchets inertes prévue pourrait avoir un impact direct sur cette ZPS qui aurait dû être davantage étudié. Le dossier étudie les risques d'incidences indirectes du projet, qui constitue le comblement d'une ancienne carrière sur 4 ans, avec la présence d'une à deux personnes sur le site, un engin de terrassement, et le passage de camions selon une fréquence de 6 par heure par jour ouvré, et conclut que le projet n'aura pas d'incidences directes sur les espèces de la ZPS. S'agissant des incidences indirectes, l'étude rappelle l'absence de dépôts de produits polluants et rejets aqueux dans le milieu, la faible incidence des rejets atmosphériques liés aux engins de chantier et camions, et que s'agissant du bruit, qui pourrait perturber les espèces fréquentant le site et ses alentours, le chantier ne dérangera pas les chiroptères dont l'activité est nocturne, et que le bruit de l'exploitation ne pourra pas affecter les oiseaux fréquentant la ZPS Estuaire et marais.

20. Le dossier indique que les rejets atmosphériques liés au projet n'auront pas d'influence notable sur les milieux et espèces environnantes dès lors que le projet nécessite un engin de chantier sur le site et une circulation de camions pour 60 trajets par jour, deux jours par semaine pendant 4 ans sur une route qui accueille 1 700 véhicules par jour dont 84 camions. Dès lors, l'étude est suffisante pour ce point.

21. Les requérants soutiennent que les éléments du dossier concernant les incidences indirectes liées aux bruits et dérangements générés lors de la phase d'exploitation ne sont pas suffisants. En ce qui concerne la ZSC " boucles de la Seine aval ", aucune des espèces protégées n'est présente sur le site, donc le bruit généré par le projet n'aura pas d'incidence sur ces espèces protégées. En ce qui concerne la ZPS " estuaire et marais de la Basse-Seine ", aucune des 50 espèces d'oiseaux visées à l'annexe 1 de la directive oiseaux n'a été recensée sur le site. Les requérants n'apportent aucun élément de nature à établir que le projet pourrait avoir une incidence sur ces espèces qui n'aurait pas été étudiée par l'étude Natura 2000. Dès lors, le moyen doit être écarté.

S'agissant de la présentation des capacités techniques et financières de l'exploitant dans le dossier de demande :

22. Aux termes de l'article R. 512-46-4 du même code : " A la demande d'enregistrement doivent être jointes les pièces suivantes : () 7° Une description des capacités techniques et financières mentionnées à l'article L. 512-7-3 dont le pétitionnaire dispose ou, lorsque ces capacités ne sont pas constituées au dépôt de la demande d'enregistrement, les modalités prévues pour les établir au plus tard à la mise en service de l'installation ; ".

23. Si l'arrêté préfectoral contesté autorise la Société Environnement et Minéraux à exploiter l'installation de stockage de déchets inertes, le dossier de demande d'enregistrement indique expressément que le site sera exploité par l'entreprise Cosson qui produit une lettre d'engagement présente dans le dossier. Ce courrier indique " qu'après obtention de l'arrêté préfectoral d'exploitation de l'installation de stockage de déchets inertes à Mauny (76), Cosson en assurera la gestion et l'exploitation ". Dans ses écrits, la Société Environnement et Minéraux précise que l'arrêté préfectoral d'enregistrement sera transféré à la société Cosson. Le dossier contient les trois bilans précédents la demande d'enregistrement de l'entreprise Cosson qui font apparaitre un chiffre d'affaires en croissance de 53 millions d'euros à 66 millions d'euros. Ils démontrent également que le résultat net est passé de 961 898 euros en 2017 à 2 081 105 euros en 2019, ces informations étant suffisantes pour apprécier les capacités financières de l'entreprise à exploiter une installation ne nécessitant que peu d'investissements, et à le remettre en état. Le dossier précise que cette société emploie 166 salariés, qu'elle a pour activités les travaux publics, l'exploitation de carrières, le terrassement, la dépollution et la gestion de déchets. Le dossier donne la liste des dix installations de stockages des déchets inertes déjà exploités par la société Cosson. Le dossier contient également la liste du matériel appartenant à la société nécessaire à l'exploitation de tels sites. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance des informations relatives aux capacités financières et techniques doit être écarté.

S'agissant de la présentation de la compatibilité du projet avec les plans, schémas et programmes visés au 9° de l'article R. 512-46-4 du code de l'environnement :

24. Aux termes de l'article R. 512-46-4 du code de l'environnement : " A chaque exemplaire de la demande d'enregistrement doivent être jointes les pièces suivantes : () / 9° Les éléments permettant au préfet d'apprécier, s'il y a lieu, la compatibilité du projet avec les plans, schémas et programmes mentionnés aux 4°, 5°, 17° à 20°, 23° et 24° du tableau du I de l'article R. 122-17 ainsi qu'avec les mesures fixées par l'arrêté prévu à l'article R. 222-36 ; / (). ". Les plans, schémas et programmes auxquels le projet est ainsi renvoyé sont le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux, le schéma d'aménagement et de gestion des eaux, le schéma régional des carrières, le plan national de prévention des déchets, le plan national de prévention et de gestion de certaines catégories de déchets, le plan régional de prévention et de gestion des déchets, le programme d'actions national pour la protection des eaux contre la pollution par les nitrates d'origine agricole et le programme d'actions régional pour la protection des eaux contre la pollution par les nitrates d'origine agricole.

25. Le dossier de demande d'enregistrement expose, en partie J, " compatibilité de l'installation avec les plans, schémas et programmes ", la compatibilité du projet avec le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) Seine Normandie 2010-2015. Il indique que le projet n'aura aucun impact sur la Seine et les zones humides dès lors que les déchets accueillis sur le site sont inertes et non polluants et que des contrôles seront effectués à l'entrée du site sur les déchets. Le dossier précise que les eaux de ruissellements seront gérées sur le site.

26. Par ailleurs, en ce qui concerne le schéma départemental des carrières de la Seine-Maritime le dossier indique que le projet n'impacte aucune carrière en exploitation et n'est pas de nature à entraver les possibilités futures d'exploitation. Il précise que les ressources exploitables sur le site ont fait l'objet d'une exploitation avant que la SEM ne s'y implante et que le projet concerne la reconversion du site, permettant une mise en conformité de la situation existante.

27. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance du dossier pour permettre au préfet de la Seine-Maritime d'apprécier la compatibilité du projet avec le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux Seine Normandie et le schéma départemental des carrières de la Seine-Maritime visés à l'article R. 512-46-4 du code de l'environnement doit être écarté.

28. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de demande d'enregistrement doit être écarté.

En ce qui concerne la consultation du public :

S'agissant de la publicité de l'arrêté portant ouverture et organisation de la consultation du public :

29. Aux termes de l'article R. 512-46-13 du code de l'environnement : " Un avis au public est affiché ou rendu public deux semaines au moins avant le début de la consultation du public, de manière à assurer une bonne information du public ; / 1° Par affichage à la mairie de chacune des communes mentionnées à l'article R. 512-46-11. L'accomplissement de cette formalité est certifié par le maire de chaque commune où il a lieu ; / 2° Par mise en ligne sur le site internet de la préfecture, accompagné de la demande de l'exploitant mentionnée à l'article R. 512-46-3, pendant une durée de quatre semaines ; / 3° Par publication aux frais du demandeur dans deux journaux diffusés dans le ou les départements intéressés, par les soins du préfet. / () / Cet avis au public, qui est publié en caractères apparents, précise la nature de l'installation projetée et l'emplacement sur lequel elle doit être réalisée, le lieu, les jours et horaires où le public pourra prendre connaissance du dossier, formuler ses observations sur un registre ouvert à cet effet et adresser toute correspondance. Il indique l'autorité compétente pour prendre la décision d'enregistrement et précise que l'installation peut faire l'objet d'un arrêté préfectoral d'enregistrement, éventuellement assorti de prescriptions particulières complémentaires aux prescriptions générales fixées par l'arrêté ministériel prévu au I de l'article L. 521-7, ou d'un arrêté préfectoral de refus. ". Aux termes de l'article R. 512-46-15 du même code : " Il est procédé par les soins du demandeur, dès le dépôt de sa demande et jusqu'à la fin de la consultation, à l'affichage sur le site prévu pour l'installation d'un avis dont le contenu et la forme sont définis par arrêté du ministre chargé des installations classées. ". Aux termes de l'article 1 de l'arrêté du 16 avril 2012 définissant les modalités d'affichage sur le site concerné par une demande d'enregistrement au titre du titre Ier du livre V du code de l'environnement : " Conformément à l'article R. 512-46-15 du code de l'environnement, le demandeur, dès qu'il a déposé son dossier de demande d'enregistrement, affiche sur le site prévu pour l'installation une ou plusieurs pancartes d'au moins 1,2 mètre par 0,8 mètre, visible de la ou des voies publiques, comportant en caractères noirs sur fond jaune les indications suivantes : / 1° Le nom du demandeur et son adresse ; / 2° La nature de l'activité envisagée, les principales caractéristiques du projet, la mention que la localisation de l'installation est envisagée sur le lieu d'affichage, la ou les rubriques de la nomenclature annexées à l'article R. 511-9 du code de l'environnement concernées ainsi que la mention du ou des arrêtés du ministre chargé des installations classées fixant les prescriptions générales en application du II de l'article L. 512-7 du même code qui s'appliqueront à l'installation envisagée ; / 3° L'autorité compétente pour prendre la décision et la mention que la décision susceptible d'intervenir à l'issue de la procédure est soit : / ' un enregistrement, assorti de prescriptions ; / ' une instruction de la demande selon la procédure d'autorisation, assujettie à étude d'impact, étude de dangers et enquête publique ; / ' un refus. ". Aux termes de l'article 2 du même arrêté : " Lorsque le préfet lui a communiqué les conditions dans lesquelles le dossier est soumis à la consultation du public conformément à l'article R. 512-46-12 du code de l'environnement, l'exploitant complète la ou les pancartes mentionnées à l'article 1er par les mentions suivantes : / 1° Le lieu et la période où le public pourra prendre connaissance du dossier et faire valoir ses observations ; / 2° Les modalités selon lesquelles ces observations peuvent être reçues, en précisant l'adresse, les jours et horaires d'ouverture de la mairie du lieu d'implantation du projet où un registre est ouvert à cette fin et l'adresse de la préfecture à laquelle elles peuvent être adressées par lettre ou, le cas échéant, par voie électronique. "

30. S'il appartient à l'autorité administrative de procéder à une consultation du public et à la publicité de celle-ci dans les conditions fixées par les dispositions du code de l'environnement précédemment citées, la méconnaissance de ces dispositions n'est toutefois de nature à vicier la procédure et donc à entraîner l'illégalité de la décision prise à l'issue de la consultation du public que si elle n'a pas permis une bonne information de l'ensemble des personnes intéressées par l'opération ou si elle a été de nature à exercer une influence sur les résultats de la consultation et, par suite, sur la décision de l'autorité administrative.

31. Il résulte de l'instruction, notamment du certificat du maire de Bardouville en date du 8 octobre 2021, que l'affichage de l'arrêté portant ouverture et organisation de la consultation du public a été réalisé sur le territoire de la commune de Bardouville. Concernant la commune de Saint-Pierre-de-Manneville, il ressort des écritures des requérants que l'arrêté a été affiché durant deux semaines, soit la durée prévue par les textes susvisés. Par ailleurs, l'arrêté a été publié dans le journal " Paris Normandie " qui a une couverture départementale. En revanche, la seconde publication a été réalisée le 12 octobre 2021, soit moins de deux semaines avant le début de la consultation du public dans le journal " bulletin de l'arrondissement de Rouen " qui n'a pas une couverture départementale contrairement à ce que prévoient les dispositions de l'article R. 512-46-13 du code de l'environnement. Par ailleurs, si le pétitionnaire produit un constat d'huissier du 12 novembre 2021 indiquant que l'affichage sur le site est visible et lisible depuis la voie publique, les requérants produisent un autre constat d'huissier qui constate que l'affichage n'est pas lisible depuis la voie publique. Il résulte de l'instruction, notamment des photographies, que l'affichage est visible de la voie publique et qu'aucun dispositif n'empêche le public de s'approcher pour en prendre connaissance. Les requérants n'établissent pas que l'insuffisance des mesures de publicité aurait eu une quelconque incidence sur la bonne information du public, ou une influence sur le résultat de la consultation du public dès lors que 105 observations ont été formulées. Dans ces conditions, la publicité de l'avis a permis une bonne information de l'ensemble des personnes intéressées par le projet et elle n'a pas été de nature à exercer une influence sur les résultats de la consultation et, par suite, sur la décision de l'autorité administrative. Par suite, ce moyen doit être écarté.

S'agissant du déroulement de la consultation du public :

32. Aux termes de l'article R. 512-46-14 du code de l'environnement : " Le dossier est tenu à disposition du public en mairie du lieu d'implantation du projet et sur le site internet de la préfecture pendant une durée de quatre semaines. A cette fin, le demandeur fournit au préfet une version électronique de son dossier de demande. / Le public peut formuler ses observations sur un registre ouvert à cet effet à la mairie du lieu d'implantation du projet, ou les adresser au préfet par lettre ou, le cas échéant, par voie électronique, avant la fin du délai de consultation du public. A l'expiration de celui-ci, le maire clôt le registre et l'adresse au préfet qui y annexe les observations qui lui ont été adressées. ".

33. Il résulte de l'instruction qu'aucun registre physique n'était à la disposition du public à la mairie de Bardouville lors de la consultation du public alors qu'une partie du projet tel que présenté dans le dossier de demande a pour assiette les parcelles cadastrées C 120, C 202 et C 211 situées sur le territoire de la commune de Bardouville. Toutefois, il résulte de l'instruction que par son arrêté du 25 avril 2022, le préfet de la Seine-Maritime a exclu ces parcelles de l'emprise du site concerné par l'installation et a diminué de 1,7 % le volume à remblayer dans le cadre du projet. Dès lors, le projet n'a plus pour assiette des parcelles situés sur la commune de Bardouville. En tout état de cause, sur les 105 observations reçues lors de la consultation, 62 proviennent d'habitants de la commune de Bardouville, de sorte que l'absence d'un registre à disposition du public en mairie de Bardouville n'a pas nui à la bonne information de l'ensemble des personnes intéressées par l'opération. Dès lors, la branche de ce moyen doit être écarté.

34. Par ailleurs, un registre physique était à la disposition du public à la mairie de Mauny lors de la consultation du public, aux horaires d'ouverture habituels de la mairie à savoir le jeudi de 16h à 18h et le samedi de 10h à 12h. Si les requérants soutiennent que cette amplitude horaire d'ouverture de la mairie a rendu difficilement accessible le registre, il ne résulte d'aucune disposition législative ou règlementaire que la mairie de Mauny devait changer ses horaires d'ouverture durant la consultation du public. En tout état de cause, 16 observations ont été déposées à la mairie de Mauny lors de la consultation et 4 courriers lui ont été adressés. Dès lors, la branche de ce moyen doit être écarté.

35. Enfin, si les requérants soutiennent que le public n'a pu que difficilement accéder au registre électronique, ils n'apportent aucun élément à l'appui de leur affirmation.

En ce qui concerne l'absence de soumission du projet au régime de l'autorisation environnementale et à évaluation environnementale :

36. Aux termes de l'article L. 512-7-2 du code de l'environnement : " Le préfet peut décider que la demande d'enregistrement sera instruite selon les règles de procédure prévues par le chapitre unique du titre VIII du livre Ier pour les autorisations environnementales : / 1° Si, au regard de la localisation du projet, en prenant en compte les critères mentionnés à l'annexe III de la directive 2011/92/UE du 13 décembre 2011 concernant l'évaluation des incidences de certains projets publics et privés sur l'environnement, la sensibilité environnementale du milieu le justifie ; / 2° Ou si le cumul des incidences du projet avec celles d'autres projets d'installations, ouvrages ou travaux situés dans cette zone le justifie ; / 3° Ou si l'aménagement des prescriptions générales applicables à l'installation, sollicité par l'exploitant, le justifie ; / Dans les cas mentionnés au 1° et au 2°, le projet est soumis à évaluation environnementale. Dans les cas mentionnés au 3° et ne relevant pas du 1° ou du 2°, le projet n'est pas soumis à évaluation environnementale. / Le préfet notifie sa décision motivée au demandeur, en l'invitant à déposer le dossier correspondant. Sa décision est rendue publique. "

37. Les requérants soutiennent, en renvoyant à l'ensemble de leurs écritures, que le projet aurait dû être soumis à évaluation environnementale. S'ils doivent être entendus comme invoquant l'existence d'une sensibilité environnementale du milieu au sens du 1° de l'article L. 512-7-2, en invoquant les " incidences environnementales et humaines " du projet, ils n'assortissent ce moyen d'aucune précision. Compte tenu de ce qui été dit précédemment sur les incidences du projet sur l'environnement et le milieu, il ne résulte pas de l'instruction que la sensibilité environnementale du milieu justifiait en l'espèce, compte tenu de la nature du projet, que la demande d'enregistrement soit instruite selon les règles de procédure prévues pour l'autorisation environnementale et notamment que le projet soit soumis à évaluation environnementale préalable. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 512-7-2 du code de l'environnement doit être écarté.

En ce qui concerne la prise en compte de l'avis du conseil municipal de Bardouville et de la consultation publique :

38. Les requérants soutiennent que la population est majoritairement contre le projet et que le conseil municipal de Bardouville a émis un avis défavorable, qui n'a pas été pris en compte. Tout d'abord, la société pétitionnaire a répondu aux avis et aux observations du public. Le préfet n'avait pas à retenir toutes les remarques émises lors de la consultation du public et par le conseil municipal de la commune de Bardouville. En tout état de cause, des prescriptions ont été imposées au pétitionnaire suite aux observations émises lors de la consultation du public, comme le précise l'arrêté du préfet concernant le trafic des camions, l'accès au site, le contrôle des nuisances sonores et la possibilité de réaliser des contrôles inopinés des déchets entrants. Dès lors, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le respect de l'arrêté ministériel du 12 décembre 2014 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations du régime de l'enregistrement relevant de la rubrique n° 2760 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement :

39. En premier lieu, aux termes de l'article 7 de l'arrêté du 12 décembre 2014 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations du régime de l'enregistrement relevant de la rubrique n° 2760 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement : " Sans préjudice des règlements d'urbanisme, l'exploitant adopte les dispositions suivantes, nécessaires pour prévenir les envols de poussières et matières diverses : / I. - Les voies de circulation et aires de stationnement des véhicules sont aménagées (formes de pente, revêtement, etc.). / II. - Les voies de circulation et aires de stationnement des véhicules sont convenablement nettoyées. / III. - Les véhicules sortant de l'installation n'entraînent pas de dépôt de poussière ou de boue sur les voies de circulation. Pour cela, des dispositions telles que le lavage des roues des véhicules sont prévues en cas de besoin. / IV. - Les surfaces où cela est possible sont engazonnées ou végétalisées, des écrans de végétation sont mis en place, si cela est possible. ".

40. Il résulte de l'instruction que le dossier contient les plans de la voirie interne au projet qui précisent les voies de circulation, l'emplacement du pont-bascule, la zone de stationnement et les zones de déchargement des matériaux. Les voies seront réalisées avec du béton, des briques ou des tuiles afin de limiter l'envol de poussière et de permettre sa réversibilité. Par ailleurs, un arrosage des pistes d'accès vers la zone de tri et de déchargement, des remblais, et des mesures complémentaires sont prévues en cas de temps sec afin de prévenir les envols de poussières. L'eau utilisée proviendra autant que possible du bassin d'eaux pluviales du site. Afin de vérifier l'efficacité de ces mesures, des campagnes d'évaluation annuelles de retombées de poussières autour du site sont prévues. Par ailleurs, le projet prévoit de mettre en place, en sortie de site, un débourbeur nettoyeur de roues afin d'éviter le dépôt de boues sur la voie publique par le passage régulier de camions. De plus, l'article 2.1.3 de l'arrêté contesté du préfet de la Seine-Maritime prévoit une prescription afin que le dispositif de débourbeur/nettoyeur soit vérifié mensuellement et entretenu autant que nécessaire et au minimum deux fois par an ce qui est suffisant. Enfin, concernant la végétation, le projet prévoit qu'une clôture sera mise en place pour protéger le site et que de nombreux arbres sont déjà présents aux abords du site. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des prescriptions générales l'article 7 de l'arrêté ministériel du 12 décembre 2014 doit être écarté.

41. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de l'arrêté du 12 décembre 2014 susvisé : " L'exploitant prend les dispositions appropriées qui permettent d'intégrer l'installation dans le paysage. / L'ensemble de l'installation est maintenu propre et entretenu en permanence. Les abords de l'installation, placés sous le contrôle de l'exploitant, sont aménagés et maintenus en bon état de propreté. Les limites du périmètre intérieur sont régulièrement débroussaillées et nettoyées.() ".

42. Il résulte de l'instruction que le pétitionnaire s'est engagé à débroussailler et nettoyer le site conformément à l'article 8 de l'arrêté ministériel susvisé. Ainsi, avant le démarrage de l'opération, les espèces envahissantes présentes sur le site seront supprimées ainsi que les espèces arbustives. A l'issue du projet, le site sera renaturé, à travers un reboisement du site et la réalisation d'une pelouse calcicole en vue de retrouver un milieu propice à l'épanouissement d'une flore et d'une flore typique des coteaux de la Seine, ainsi que le prévoit l'article 2.1.7 de l'arrêté attaqué, et des aménagements seront réalisés, tels que la mise en place d'une mare, d'une haie et de nichoirs, afin de permettre à la faune et la flore de s'y développer. Si une clôture grillagée est mise en place afin de protéger le site, elle sera masquée par la végétation présente sur place. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des prescriptions générales l'article 8 de l'arrêté ministériel du 12 décembre 2014 doit être écarté.

43. En troisième lieu, aux termes de l'article 14 de l'arrêté du 12 décembre 2014 susvisé : " I. - L'exploitation se fait sous la surveillance, directe ou indirecte, d'une personne nommément désignée par l'exploitant, ayant suivi une formation de base sur la conduite de l'installation, des dangers et inconvénients que l'exploitation induit, des produits et déchets utilisés ou stockés dans l'installation et des dispositions à mettre en œuvre en cas d'incident ou d'accident (). ".

44. Il résulte de l'instruction que le site sera exploité par l'entreprise Cosson, qui est devenue en cours d'instance la société Tersen. Les trois bilans précédents la demande d'enregistrement de cette entreprise sont présents au dossier et font apparaitre un chiffre d'affaires en croissance de 53 millions à 66 millions. La circonstance que la personne désignée comme responsable de l'exploitation dans le dossier ne sera pas celle qui assurera la surveillance effective du site ne permet pas établir que la société Cosson, devenue Tersen, qui gère dix centres de stockage de déchets inertes identiques au projet en France et emploie 166 salariés qui sont nécessairement formés à la gestion d'un tel site, ne sera pas en mesure de désigner une personne formée pour la surveillance de l'installation. Dès lors, le moyen de la méconnaissance des prescriptions générales l'article 14 de l'arrêté ministériel du 12 décembre 2014 doit être écarté.

45. En quatrième lieu, aux termes de l'article 17 de l'arrêté du 12 décembre 2014 susvisé : " L'installation est construite, équipée et exploitée afin que son fonctionnement ne soit pas à l'origine de vibrations dans les constructions avoisinantes susceptibles de compromettre la santé ou la sécurité du voisinage ou de constituer une nuisance pour celui-ci, et les bruits émis par les installations sont réduits au maximum. / La livraison de déchets se fait en période diurne, sauf autorisation préfectorale spécifique. ". Aux termes de l'article 26 du même arrêté : " () De plus, le niveau de bruit en limite de propriété de l'installation ne dépasse pas, lorsqu'elle est en fonctionnement, 70 dB (A) pour la période de jour et 60 dB (A) pour la période de nuit, sauf si le bruit résiduel pour la période considérée est supérieur à cette limite. () II. - Véhicules - engins de chantier. / Les véhicules de transport, les matériels de manutention et les engins de chantier utilisés à l'intérieur de l'installation sont conformes aux dispositions en vigueur en matière de limitation de leurs émissions sonores.() ".

46. Le projet consiste en un comblement d'une ancienne carrière par le dépôt de déchets inertes. Si les requérants soutiennent que le passage des camions sur la route départementale va générer des vibrations, ils n'apportent aucun élément à l'appui de leur affirmation. Le dossier de demande d'enregistrement précise que le projet ne génère aucune vibration notable. En ce qui concerne le bruit, il sera généré par un engin de terrassement présent sur le site et par le passage des camions qui rouleront à 30 km/h sur le site. Le trafic quotidien sur la route départementale 64 est de 1 700 véhicules dont 84 camions. L'étude indique que la circulation routière sera augmentée de 6 à 10% du fait du projet. Il n'est pas démontré par les requérants que cette augmentation de la circulation aura un effet notoire sur le bruit. Les requérants indiquent que l'étude acoustique menée avant le dépôt du dossier d'enregistrement fait apparaitre une valeur de bruit comprise en 71,5 et 104 dB (A) et que l'exploitation dépassera donc nécessairement le seuil de 70 dB (A) pour la période de jour fixé à l'article 27 susvisé. Toutefois, ces valeurs concernent les niveaux de bruit résiduel en limite de propriété, mesurés avant l'exploitation du site, de sorte qu'aucune valeur limite de bruit en limite de propriété ne sera à respecter en phase d'exploitation, conformément à l'article 26 précité, mais seulement un niveau d'émergence sonore. Les études acoustiques qui seront réalisées chaque année mesureront le niveau d'émergence sonore c'est-à-dire la différence de niveau de bruit perçu entre la situation " installation à l'arrêt " et la situation " installation en fonctionnement ". Si les requérants indiquent que les camions pèseront 60 tonnes, cette affirmation n'est établie par aucune pièce, le dossier faisant état de camions de 30 tonnes, et le poids total roulant autorisé des camions les plus importants étant de 44 tonnes sur le territoire français. La livraison des déchets inertes se fera de 8 heures à 18 heures les jours ouvrés. Ces livraisons seront réalisées majoritairement uniquement deux jours par semaine, du fait de la fréquence du trafic fluvial, et plus ponctuellement, les autres jours de la semaine par des plus petits camions. Par ailleurs, le dossier d'enregistrement prévoit la réalisation de mesures de bruit au bout de 3 mois d'exploitation et ensuite chaque année. Enfin, l'arrêté préfectoral du 25 avril 2022 prévoit par ailleurs des compléments et des renforcements portés à l'article 26 susvisé. Dès lors, le moyen tiré de ce que le projet ne respecte pas les prescriptions générales des articles 17 et 26 de l'arrêté ministériel du 12 décembre 2014 doit être écarté.

En ce qui concerne les capacités financières et techniques de l'exploitant :

47. Aux termes de l'article L. 512-7-3 du code de l'environnement : " () Le préfet ne peut prendre l'arrêté d'enregistrement que si le demandeur a justifié que les conditions de l'exploitation projetée garantiraient le respect de l'ensemble des prescriptions générales, et éventuellement particulières, applicables. Il prend en compte les capacités techniques et financières que le pétitionnaire entend mettre en œuvre, à même de lui permettre de conduire son projet dans le respect des intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 et, le cas échéant, à l'article L. 211-1, et d'être en mesure de satisfaire aux obligations de l'article L. 512-7-6 lors de la cessation d'activité. (). ".

48. Il résulte de ces dispositions non seulement que le pétitionnaire est tenu de fournir des indications précises et étayées sur ses capacités techniques et financières à l'appui de son dossier de demande d'enregistrement, mais aussi que la décision permettant d'exploiter une installation classée ne peut légalement être délivrée, sous le contrôle du juge du plein contentieux des installations classées, si ces conditions ne sont pas remplies.

49. Le pétitionnaire doit notamment justifier disposer de capacités techniques et financières propres ou fournies par des tiers de manière suffisamment certaine, le mettant à même de mener à bien son projet et d'assumer l'ensemble des exigences susceptibles de découler du fonctionnement, de la cessation éventuelle de l'exploitation et de la remise en état du site, au regard des intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 du code de l'environnement.

50. Les requérants font valoir que le pétitionnaire de l'installation de stockage de déchets inerte, à savoir la société Environnement et minéraux (SEM) n'aurait ni les compétences techniques ni la capacité financière pour mener à bien son projet. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'installation de stockage sera exploitée, ainsi que le mentionne la SEM dans son dossier de demande, par l'entreprise Cosson qui est devenue Tersen comme indiqué au point 44. Cette entreprise a un chiffre d'affaires de 66 millions d'euros l'année précédente le dépôt de la demande d'enregistrement. Le résultat net de cette entreprise est passé de 961 898 euros en 2017 à 2 081 105 euros en 2019. Les capacités financières de l'entreprise lui permettent de financer le projet sur ses fonds propres étant donné le peu d'investissements requis pour l'installation en cause. Elle gère 10 centres de stockage de déchets inertes identiques au projet en France et elle emploie 166 salariés. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance des capacités financières et techniques de l'exploitant de l'installation de stockage de déchets inertes doit être écarté.

En ce qui concerne la cohérence du projet avec les orientations de la charte du parc naturel régional des Boucles de la Seine :

51. Aux termes de l'article L. 333-1 du code de l'environnement dans sa version applicable au litige : I. - Un parc naturel régional peut être créé sur un territoire dont le patrimoine naturel et culturel ainsi que les paysages présentent un intérêt particulier. / Les parcs naturels régionaux concourent à la politique de protection de l'environnement, d'aménagement du territoire, de développement économique et social et d'éducation et de formation du public. A cette fin, ils ont vocation à être des territoires d'expérimentation locale pour l'innovation au service du développement durable des territoires ruraux. Ils constituent un cadre privilégié des actions menées par les collectivités publiques en faveur de la préservation des paysages et du patrimoine naturel et culturel. / II. - La charte constitue le projet du parc naturel régional. Elle comprend : 1° Un rapport déterminant les orientations de protection, de mise en valeur et de développement, notamment les objectifs de qualité paysagère définis à l'article L. 350-1 C, ainsi que les mesures permettant de les mettre en œuvre et les engagements correspondants ; / 2° Un plan, élaboré à partir d'un inventaire du patrimoine, indiquant les différentes zones du parc et leur vocation ; / 3° Des annexes comprenant notamment le projet des statuts initiaux ou modifiés du syndicat mixte d'aménagement et de gestion du parc. "

52. Il résulte de ces dispositions que la charte d'un parc naturel régional est un acte destiné à orienter l'action des pouvoirs publics dans un souci de protection de l'environnement, d'aménagement du territoire, de développement économique et social et d'éducation et de formation du public sur le territoire du parc et à assurer la cohérence de cette action avec les objectifs qui y sont définis. Il appartient, dès lors, à l'Etat et aux différentes collectivités territoriales concernées de prendre les mesures et de mener les actions propres à assurer la réalisation des objectifs de la charte et de mettre en œuvre les compétences qu'ils tiennent des différentes législations, dès lors qu'elles leur confèrent un pouvoir d'appréciation, de façon cohérente avec les objectifs ainsi définis. Toutefois, la charte d'un parc naturel régional ne peut légalement imposer par elle-même des obligations aux tiers, indépendamment de décisions administratives prises par les autorités publiques à leur égard. Elle ne peut davantage subordonner légalement les demandes d'autorisations d'installations classées pour la protection de l'environnement à des obligations de procédure autres que celles prévues par les différentes législations en vigueur. Si les orientations de protection, de mise en valeur et de développement que la charte détermine pour le territoire du parc naturel régional sont nécessairement générales, les mesures permettant de les mettre en œuvre peuvent cependant être précises et se traduire par des règles de fond avec lesquelles les décisions prises par l'Etat et les collectivités territoriales adhérant à la charte dans l'exercice de leurs compétences doivent être cohérentes, sous réserve que ces mesures ne méconnaissent pas les règles résultant des législations particulières régissant les activités qu'elles concernent.

53. Lorsque l'autorité administrative est saisie d'une demande d'autorisation d'implanter ou d'exploiter une installation classée pour la protection de l'environnement au sein d'un parc naturel régional, elle doit s'assurer de la cohérence de la décision individuelle ainsi sollicitée avec les orientations et mesures fixées dans la charte de ce parc et dans les documents qui y sont annexés, eu égard notamment à l'implantation et à la nature des ouvrages pour lesquels l'autorisation est demandée, et aux nuisances associées à leur exploitation.

54. Le président du parc naturel régional des boucles de la Seine a donné un avis défavorable au projet le 2 décembre 2020. Cet avis est motivé par la faiblesse de l'intégration de la logique " éviter réduire compenser " (ERC) du dossier, la typologie des déchets acceptés sur le site, les risques d'écoulement des eaux en aval et l'absence de modalités d'un engagement de l'entretien à long terme des noues et des bassins de rétention, le manque de précisions sur la provenance des graines et des plants, de la craie pour la reconstitution du milieu et l'absence d'engagement sur la gestion à long terme des milieux naturels recréés.

55. En premier lieu, l'objectif 1.2.1 de la charte du parc naturel régional des boucles de la Seine est d'affirmer la qualité paysagère et environnementale du territoire et l'inscrire dans la dynamique de l'axe Seine. La Charte indique qu'il est nécessaire que tout projet (économique, d'infrastructure, culturel) s'inscrive dans le site et renforce la qualité paysagère, environnementale et l'identité locale. Il résulte de l'instruction que la vue lointaine du site d'exploitation ne donne à voir que les falaises de la carrière et cela sera le cas également pendant l'exploitation et à la fin de l'exploitation. Par ailleurs, à l'achèvement de l'exploitation du site, les parcelles seront entièrement renaturées avec la reconstitution d'un boisement et d'une pelouse calcicole, permettant le développement d'une faune et d'une flore typique des coteaux de la Seine. Le fait que des camions vont circuler sur la RD 64 pendant quatre ans ne porte pas atteinte à la qualité des paysages. Dès lors, le moyen tiré de l'incohérence de l'arrêté en cause avec l'objectif 1.2.1 de la charte du parc naturel régional des boucles de la Seine doit être écarté.

56. En deuxième lieu, l'objectif 1.5.2 de la charte du parc naturel régional des boucles de la Seine est de préserver et restaurer la qualité des sols. Aux termes de l'article R. 541-8 du code de l'environnement : " () Déchet inerte : tout déchet qui ne subit aucune modification physique, chimique ou biologique importante, qui ne se décompose pas, ne brûle pas, ne produit aucune réaction physique ou chimique, n'est pas biodégradable et ne détériore pas les matières avec lesquelles il entre en contact d'une manière susceptible d'entraîner des atteintes à l'environnement ou à la santé humaine. () ".

57. Le comblement de la carrière se fera par l'accueil de 383 500 m3 de déchets inertes tels que définis par l'article R. 541-8 du code de l'environnement susvisé. Ces déchets n'auront aucune incidence sur la qualité des sols. En tout état de cause, l'arrêté contesté prévoit le contrôle régulier des déchets qui seront stockés sur le site et notamment concernant le taux de sulfate éventuellement contenu dans ces déchets. Dès lors, le moyen tiré de l'incohérence de l'arrêté en cause avec l'objectif 1.5.2 de la charte du parc naturel régional des boucles de la Seine doit être écarté.

58. En troisième lieu, l'objectif 1.5.3 de la charte du parc naturel régional des boucles de la Seine est de préserver et restaurer la qualité de l'air. Le projet autorisé a bien pris en compte cet objectif dès lors que les matériaux en provenance de l'Ile-de-France seront transportés par barge sur la Seine. Le transport en camion se fera uniquement sur une distance de 7 kilomètres entre l'appontement d'Anneville-Ambourville et le site. Selon le dossier d'enregistrement, 95% du transport des déchets inertes ont un impact carbone limité. Dès lors, le moyen tiré de l'incohérence de l'arrêté en cause avec l'objectif 1.5.3 de la charte du parc naturel régional des boucles de la Seine doit être écarté.

59. En quatrième lieu, l'objectif 2.1.2 de la charte du parc naturel régional des boucles de la Seine est de développer les filières d'utilisation des matériaux locaux. Cet objectif concerne l'utilisation de matériaux locaux afin de maintenir et développer une production de matériaux durable sur le territoire, et de développer le recyclage. La seule circonstance que les déchets inertes à enfouir sur le site proviendront principalement d'Ile-de-France, et non de chantiers de construction locaux n'est pas incohérent avec l'objectif poursuivi par la charte du parc naturel régional. Le moyen doit donc être écarté.

60. En cinquième lieu, le site est classé en réservoir de biodiversité non humide et corridor écologique par la charte du parc naturel régional des boucles de la Seine. Toutefois, le site ne comporte aucune espèce recensée dans les directives européennes de protection de la faune et de la flore. Par ailleurs, des mesures sont prises pour préserver et rétablir la biodiversité du site notamment la préservation du haut des fronts de taille de l'ancienne carrière. Enfin, l'arrêté attaqué impose que soit conclue entre le propriétaire du site et la commune de Mauny une convention de type obligation réelle environnementale (ORE) afin de veiller à ce que la pelouse calcicole soit mise en place suite au réaménagement de l'installation de stockage de déchets et qu'elle soit gérée et préservée dans le temps, sur une durée de 30 ans, avec un passage régulier. Dès lors, l'arrêté contesté n'est pas incompatible avec la classification du site en réservoir de biodiversité et corridor écologique selon la charte du parc naturel régional des boucles de la Seine.

En ce qui concerne le document d'orientations et de gestion du site classé de la boucle de Roumare :

61. Il résulte de l'instruction que par un arrêté du 22 mars 2022, la ministre de la transition écologique a autorisé, en application des dispositions des articles L. 341-10 et L. 414-4 du code de l'environnement, les travaux en cause de comblement d'une carrière sur des parcelles situées sur la commune de Mauny situées en site classé, en l'espèce le site classé " Vallée de la Seine Boucle de Roumare ". Cet arrêté impose des prescriptions relatives à l'insertion paysagère du site une fois la phase de remise en état terminée.

62. Par suite, les travaux en cause ayant été autorisés par une décision relevant d'une législation distincte de celle applicable aux installations classées pour la protection de l'environnement, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de ce que le projet ne serait pas compatible avec le document d'orientations et de gestion du site classé de la boucle de Roumare. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires de Normandie et le plan régional de prévention de gestion des déchets :

63. Aux termes de l'article L. 541-13 du code de l'environnement :

" I.- Chaque région est couverte par un plan régional de prévention et de gestion des déchets. Le plan concourt, à l'échelle régionale, à l'atteinte des objectifs nationaux mentionnés à l'article L. 541-1. (). II.- Pour atteindre les objectifs mentionnés à l'article L. 541-1, le plan comprend : () 3° Des objectifs en matière de prévention, de recyclage et de valorisation des déchets, déclinant les objectifs nationaux de manière adaptée aux particularités territoriales ainsi que les priorités à retenir pour atteindre ces objectifs ; (). " Aux termes de l'article L. 541-15 du code de l'environnement : " I.- Les décisions prises par les personnes morales de droit public et leurs concessionnaires dans le domaine de la prévention et de la gestion des déchets et, notamment, les décisions prises en application du chapitre unique du titre VIII du livre Ier, du titre Ier du présent livre et les délibérations d'approbation des plans et des programmes prévus à la présente sous-section sont compatibles : / 1° Avec les plans prévus aux articles L. 541-11, L. 541-11-1 et L. 541-13 ; / 2° Avec les objectifs et règles générales du schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires. () ".

64. Il résulte de l'article L. 541-15 du code de l'environnement dans sa version applicable à la date du jugement que les autorisations environnementales prises dans le domaine de la prévention et de la gestion des déchets sont soumises à une obligation de compatibilité avec le schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires (SRADDET), qui intègre désormais le plan régional de prévention et de gestion des déchets. Pour apprécier cette compatibilité, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire pertinent pour prendre en compte les prescriptions du schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires, si l'autorisation environnementale délivrée ne contrarie pas les objectifs et les orientations d'aménagement et de développement fixés par le schéma, compte tenu du degré de précision des orientations adoptées, sans rechercher l'adéquation de l'autorisation à chaque orientation ou objectif particulier.

65. En premier lieu, si l'objectif 53 de ce schéma tend à " développer et mettre en œuvre des mesures de réduction et/ou de stockage des émissions de gaz à effet de serre d'origine non énergétique ", les émissions de gaz à effet de serre générés par le trafic engendré par le projet seront, au contraire, d'origine énergétiques et cet objectif ne vise pas la circulation des véhicules. Le moyen doit donc être écarté.

66. En deuxième lieu, l'objectif 63 du SRADDET tend à " préserver les milieux naturels réservoirs de biodiversité calcicoles et leur fonctionnalité ". Toutefois, d'une part, les requérants n'établissent pas, contrairement à ce qu'ils allèguent, que le site de l'installation projetée situerait au sein d'un réservoir de biodiversité neutro-calcicole identifié dans le SCoT du Roumois. Au demeurant, le projet vise justement à restaurer une pelouse calcicole sur environ 60 % du site. Le moyen tiré de l'incompatibilité du projet avec l'objectif 63 du schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires de Normandie doit donc être écarté.

67. En troisième lieu, l'objectif 66 tend à " adapter les pratiques culturales durables à la nature des sols et garantir une utilisation permettant leur intégrité " en vue de promouvoir les actions en faveur de la biodiversité dans les secteurs de grande culture. Le site de 23 000 m2 n'est pas cultivé et est enclavé, de sorte que les requérants n'établissent pas en quoi le projet serait incompatible avec cet objectif.

68. En quatrième lieu, l'objectif 69 du SRADDET tend à " améliorer le bilan carbone des aménagements et activités économiques et prendre en compte le long terme dans la conception des projets par l'intégration de la notion de cycle (naturels, matière, ou énergétiques) " et à " réduire les consommations énergétiques et les émissions de gaz à effet de serre ". Le SRADDET précise qu'il s'agit de favoriser le report modal des marchandises pour privilégier les modes de transport plus respectueux de l'environnement (rail et voie fluviale) tout en incitant à la conversion des véhicules et moyens de transport vers des carburants ou technologie propres. En l'espèce, les matériaux en provenance de l'Ile-de-France seront transportés par barge sur la Seine. Le transport en camion se fera uniquement sur 7 km entre l'appontement d'Anneville Ambourville et le site. Par suite, les modalités de transport des déchets ont pour effet de réduire significativement l'émission de carbone. Le moyen tiré de ce que le projet serait incompatible avec l'objectif 69 du schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires de Normandie doit être écarté.

69. En cinquième lieu, l'objectif 74 du SRADDET tend à " décliner des objectifs spécifiques de recyclage et de valorisation des déchets pour la Normandie ". L'arrêté du 25 avril 2022 prévoit que le site accueille des déchets inertes. Les requérants ne démontrent pas, en se bornant à soutenir qu'un effort doit porter sur la réutilisation ou le recyclage de matériaux, que l'arrêté attaqué serait incompatible avec l'objectif 74 du SRADDET.

70. Enfin, les requérants soutiennent qu'au moment de l'édiction de l'arrêté le 25 avril 2022, le plan régional de prévention et de gestion des déchets projetait les capacités de stockage de déchets inertes à créer jusqu'en 2021. Toutefois, ce plan n'interdit pas la création de capacité nouvelle au-delà de 2021. Il indique seulement que lors de l'adoption du plan, des créations sont prévues jusqu'en 2021. Enfin, contrairement à ce que soutiennent les requérants, le plan prévoit bien d'accueillir les déchets inertes de l'Ile-de-France. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté d'enregistrement n'est pas compatible avec le plan régional de prévention et de gestion des déchets annexé au SRADDET doit être écarté.

En ce qui concerne la compatibilité du projet avec le schéma de cohérence territoriale du Roumois :

71. Aux termes de l'article L. 514-6 du code de l'environnement : " I. - Les décisions prises en application des articles L. 512-7-3 à L. 512-7-5, L. 512-8, L. 512-12, L. 512-13, L. 512-20, L. 513-1, L. 514-4, du I de l'article L. 515-13 et de l'article L. 516-1 sont soumises à un contentieux de pleine juridiction. Par exception, la compatibilité d'une installation classée avec les dispositions d'un schéma de cohérence territoriale, d'un plan local d'urbanisme, d'un plan d'occupation des sols ou d'une carte communale est appréciée à la date de l'autorisation, de l'enregistrement ou de la déclaration. Un décret en Conseil d'Etat précise les délais dans lesquels les décisions mentionnées au premier alinéa du présent article peuvent être déférées à la juridiction administrative. ".

72. Si le législateur a prévu, en ajoutant par la loi du 17 août 2015 un deuxième alinéa au I de l'article L. 514-6 du code de l'environnement, que, lorsqu'est en cause la légalité d'une décision relative à la police des installations classées au regard d'un des documents d'urbanisme visés à l'article L. 123-5, devenu l'article L. 152-1, du code de l'urbanisme, le juge doit se fonder, par exception au régime du contentieux de pleine juridiction dont relèvent en principe ces décisions, sur l'état du droit en vigueur à la date de cette décision, y compris s'agissant du schéma de cohérence territoriale si la compatibilité du plan local d'urbanisme avec ce schéma est contestée devant lui, il n'a, en revanche, pas entendu étendre aux installations classées pour la protection de l'environnement la liste des opérations qui doivent être directement compatibles avec le document d'orientation et d'objectifs des schémas de cohérence territoriale. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige serait incompatible avec le schéma de cohérence territoriale du Roumois doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne la compatibilité du projet avec les documents d'urbanisme de la commune de Mauny et de la commune de Bardouville :

73. Ensuite, aux termes de l'article L. 161-4 du code de l'urbanisme : " La carte communale délimite les secteurs où les constructions sont autorisées et les secteurs où les constructions ne sont pas admises, à l'exception : / 1° De l'adaptation, du changement de destination, de la réfection ou de l'extension des constructions existantes ainsi que de l'édification d'annexes à proximité d'un bâtiment existant ; / 2° Des constructions et installations nécessaires : / a) A des équipements collectifs ; / b) A l'exploitation agricole ou forestière, à la transformation, au conditionnement et à la commercialisation des produits agricoles lorsque ces activités constituent le prolongement de l'acte de production ; / c) A la mise en valeur des ressources naturelles ; / d) Au stockage et à l'entretien du matériel des coopératives d'utilisation de matériel agricole. / Les constructions et installations mentionnées au 2° ne peuvent être autorisées que lorsqu'elles ne sont pas incompatibles avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière sur le terrain sur lequel elles sont implantées et qu'elles ne portent pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels ou des paysages. / Les constructions et installations mentionnées aux b et d du même 2° sont soumises à l'avis de la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers. ". Aux termes de l'article R. 161-4 du même code : " Le ou les documents graphiques délimitent les secteurs où les constructions sont autorisées et ceux où les constructions ne peuvent pas être autorisées, à l'exception de celles mentionnées à l'article L. 161-4 ".

74. La parcelle se situe dans une zone inconstructible de la carte communale de la commune de Mauny. Le projet litigieux contribue à la satisfaction de besoins collectifs tenant à la valorisation et au stockage des déchets inertes, outre qu'il conduit à la réhabilitation du site en cause. Il présente de ce fait un intérêt public qui lui confère le caractère d'un équipement collectif au sens de l'article L. 161-4 du code de l'urbanisme. Il ne saurait être sérieusement contesté que le projet en litige, qui vise, ainsi qu'il a déjà été dit, à combler une ancienne carrière et à revégétaliser un site, ne porte pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels ou des paysages. Dès lors, le moyen doit être écarté.

75. Par ailleurs, l'arrêté préfectoral du 25 avril 2022 autorisant le projet ne porte sur aucune parcelle située sur le territoire de la commune de Bardouville. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du plan local d'urbanisme de la commune de Bardouville est inopérant. En tout état de cause, comme indiqué au point 15, la commune de Bardouville est couverte par le plan local d'urbanisme intercommunal de la métropole Rouen Normandie et non par un plan local d'urbanisme communal.

En ce qui concerne les articles R. 111-2 et R. 111-4 du code de l'urbanisme :

76. Aux termes de l'article R.111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Aux termes de l'article R. 111-4 du même code : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature, par sa localisation et ses caractéristiques, à compromettre la conservation ou la mise en valeur d'un site ou de vestiges archéologiques. ".

77. Les requérants ne peuvent utilement invoquer la méconnaissance des articles R. 111-2 et R. 111-4 du code l'urbanisme à l'encontre de l'arrêté du 25 avril 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a enregistré la demande présentée par la société Environnement et Minéraux en vue de l'exploitation d'une installation de stockage de déchets inertes dès lors que l'arrêté d'enregistrement d'une installation classée pour la protection de l'environnement et l'autorisation d'urbanisme relèvent de législations distinctes. Le moyen doit donc être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne les intérêts protégés par l'article L. 511-1 du code de l'environnement : et les mesures de la séquence " éviter, réduire, compenser " :

78. Aux termes de l'article L. 512-7 du code de l'environnement : " I. - Sont soumises à autorisation simplifiée, sous la dénomination d'enregistrement, les installations qui présentent des dangers ou inconvénients graves pour les intérêts mentionnés à l'article L. 511-1, lorsque ces dangers et inconvénients peuvent, en principe, eu égard aux caractéristiques des installations et de leur impact potentiel, être prévenus par le respect de prescriptions générales édictées par le ministre chargé des installations classées. () ". Aux termes de l'article L. 512-7-3 du code de l'environnement : " L'arrêté d'enregistrement est pris par le préfet après avis des conseils municipaux intéressés. / En vue d'assurer la protection des intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 et, le cas échéant, à l'article L. 211-1, le préfet peut assortir l'enregistrement de prescriptions particulières complétant ou renforçant les prescriptions générales applicables à l'installation. () / Le préfet ne peut prendre l'arrêté d'enregistrement que si le demandeur a justifié que les conditions de l'exploitation projetée garantiraient le respect de l'ensemble des prescriptions générales, et éventuellement particulières, applicables. Il prend en compte les capacités techniques et financières que le pétitionnaire entend mettre en œuvre, à même de lui permettre de conduire son projet dans le respect des intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 et, le cas échéant, à l'article L. 211-1, et d'être en mesure de satisfaire aux obligations de l'article L. 512-7-6 lors de la cessation d'activité.".

79. Aux termes de l'article L. 511-1 du même code : " Sont soumis aux dispositions du présent titre les usines, ateliers, dépôts, chantiers et, d'une manière générale, les installations exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l'agriculture, soit pour la protection de la nature, de l'environnement et des paysages, soit pour l'utilisation économe des sols naturels, agricoles ou forestiers, soit pour l'utilisation rationnelle de l'énergie, soit pour la conservation des sites et des monuments ainsi que des éléments du patrimoine archéologique. () ".

80. Aux termes du 2° du II de l'article L. 110-1 du code de l'environnement : " Le principe d'action préventive et de correction, par priorité à la source, des atteintes à l'environnement, en utilisant les meilleures techniques disponibles à un coût économiquement acceptable. Ce principe implique d'éviter les atteintes à la biodiversité et aux services qu'elle fournit ; à défaut, d'en réduire la portée ; enfin, en dernier lieu, de compenser les atteintes qui n'ont pu être évitées ni réduites, en tenant compte des espèces, des habitats naturels et des fonctions écologiques affectées ; Ce principe doit viser un objectif d'absence de perte nette de biodiversité, voire tendre vers un gain de biodiversité ". Aux termes du I de l'article L. 163-1 du même code : " Les mesures de compensation des atteintes à la biodiversité sont les mesures prévues au 2° du II de l'article L. 110-1 et rendues obligatoires par un texte législatif ou réglementaire pour compenser, dans le respect de leur équivalence écologique, les atteintes prévues ou prévisibles à la biodiversité occasionnées par la réalisation d'un projet de travaux ou d'ouvrage ou par la réalisation d'activités ou l'exécution d'un plan, d'un schéma, d'un programme ou d'un autre document de planification. Les mesures de compensation des atteintes à la biodiversité visent un objectif d'absence de perte nette, voire de gain de biodiversité. Elles doivent se traduire par une obligation de résultats et être effectives pendant toute la durée des atteintes. Elles ne peuvent pas se substituer aux mesures d'évitement et de réduction. Si les atteintes liées au projet ne peuvent être ni évitées, ni réduites, ni compensées de façon satisfaisante, celui-ci n'est pas autorisé en l'état ".

S'agissant des dangers et inconvénients pour la commodité de voisinage :

81. Comme indiqué précédemment, le bruit sera généré par un engin de terrassement et le passage des camions sur la RD 64 afin de procéder aux livraisons de déchets et ils rouleront à 30 km/h sur le site, les jours ouvrés, de 8 h à 18 heures, avec des horaires d'interdiction de circulation en cours de journée. La prescription 2.1.5 de l'arrêté contesté prévoit la réalisation de mesure de bruits au plus tard 3 mois après le début d'exploitation et ensuite annuellement et précise les modalités de réalisation de ces études qui devront être tenues à disposition de l'inspection des installations classées. Ainsi qu'il a été dit au point 46, le projet respecte les prescriptions générales relatives au bruit causé par l'installation en litige, et il n'est pas établi que l'exploitation sera à l'origine de nuisances sonores. En tout état de cause, une prescription prévoit que l'exploitant prendra des mesures correctives nécessaires en cas de dépassement des valeurs réglementaires. Il n'est pas établi que les mesures complémentaires prévues ne suffiraient pas à assurer la prévention des nuisances sonores. Ce moyen doit dès lors être écarté.

S'agissant des dangers et inconvénients pour la santé :

82. En premier lieu, la prescription 2.1.4 de l'arrêté contesté prévoit que chaque barge doit faire l'objet d'un prélèvement pour analyse et ces analyses seront affichées mensuellement dans les mairies de Mauny et de Bardouville et transmises à l'inspection des installations classées de protection de l'environnement. Elle prévoit les types de déchets inertes acceptés en remblaiement, les seuils d'acceptabilité des déchets inertes, les paramètres et valeurs limites à respecter en contenu total et indique que l'inspection des installations classées peut à tout moment procéder à des prélèvements inopinés et procéder à des analyses aux frais de l'exploitant. Si un prélèvement n'est pas conforme aux règles prévues par l'arrêté contesté, le remblaiement du site cessera immédiatement, sans déchargement de la barge. Dès lors, cette prescription est précise contrairement à ce que soutiennent les requérants.

83. En deuxième lieu, les requérants soutiennent que la circulation des camions va augmenter la pollution atmosphérique et qu'aucune mesure de compensation n'a été prise. Toutefois, le nombre de trajet réalisé par les camions est faible au regard des 1 700 véhicules empruntant la RD 64 quotidiennement. Il n'est pas établi que les émissions liées à l'augmentation de la circulation en l'espèce porteraient une atteinte anormale à la qualité de l'air. Par ailleurs, les matériaux en provenance de l'Ile-de-France seront transportés par barge sur la Seine. Le transport en camion se fera uniquement sur 7 km entre l'appontement d'Anneville-Ambourville et le site.

84. En troisième lieu, la prescription 2.1.6 de l'arrêté contesté est relative au contrôle de la qualité des eaux avec un contrôle annuel afin de s'assurer que la qualité des eaux ne soit pas impactée par l'exploitation en ce qui concerne le puits privé présent à proximité du lieu d'exploitation du projet. Le remblaiement de la carrière se fait avec des déchets inertes qui n'auront pas d'incidence sur la qualité de l'eau. Si les requérants indiquent qu'aucun suivi n'est prévu pour le captage présent à proximité de l'hôtel-restaurant du Val Sarah, il résulte de l'instruction et notamment de la figure 49 " autres points d'eau souterraine " présente à la page 139 du dossier de demande d'enregistrement, et il n'est pas sérieusement contesté, que ce captage d'eau n'est pas destiné à la consommation humaine. De plus, l'Agence Régionale de Santé n'a émis dans son avis aucune remarque sur les modalités d'analyse des eaux et leur périodicité dans son avis. Dès lors, les prescriptions édictées par l'arrêté contesté sont suffisantes pour préserver des dangers ou des inconvénients pour la santé au sens de l'article L. 511-1 du code de l'environnement.

S'agissant des dangers et inconvénients pour la sécurité :

85. En premier lieu, la prescription 2.1.3 de l'arrêté contesté prévoit qu'un débourbeur/nettoyeur sera installé pour permettre de nettoyer les roues des camions et garantir l'absence de dépôts et de salissures sur les routes. Si les requérants soutiennent que cette prescription est " plus que légère " et que le préfet aurait dû imposer de bâcher les camions pour éviter la diffusion de poussières, toutefois, ils n'apportent aucun élément à l'appui de leur affirmation.

86. En deuxième lieu, les requérants soutiennent que le passage des camions va entrainer des vibrations. Toutefois, ils n'établissent pas que le passage des camions serait par lui-même susceptible de créer des vibrations ayant une incidence sur les habitations voisines. En outre, les engins utilisés dans le cadre du projet ne produisent pas de vibration notable, comme l'indique le dossier de demande d'enregistrement. Par ailleurs, la RD 64 accueille déjà plus de 1 700 véhicules par jour et l'augmentation du trafic routier du fait du projet n'aura pas d'incidence particulière sur les vibrations.

87. En troisième lieu, les requérants soutiennent que le projet va entrainer une augmentation de la circulation de camions sur la RD 64 ce qui porterait atteinte à la sécurité publique pour les usagers de cette route départementale. Ce point est confirmé, selon les requérants, par l'avis défavorable des services de la Métropole de Rouen Normandie du 4 février 2022. Il résulte de l'instruction que l'avis défavorable de la métropole Rouen Normandie concernait un autre tracé, finalement abandonné, qui empruntait la RD 265. Le trafic quotidien sur la RD 64 est de 1 700 véhicules dont 84 camions. Les livraisons de déchets inertes sur le site auront pour effet d'augmenter la circulation de 6 à 10 % sur la RD 64. La prescription 2.1.1 de l'arrêté contesté prévoit notamment que le trafic des camions est interrompu les lundi, mardi, jeudi et vendredi, hors vacances scolaires aux heures d'entrée et de sortie des écoles dans la commune de Bardouville et le hameau de Beaulieu pendant les créneaux horaires suivants : de 8h00 à 8h15, de 11h15 à 11h45, de 12h45 à 13h15 et de 15h45 à 16h15. Il résulte de la formulation même de cette prescription, et contrairement à ce que soutiennent les requérants, que le préfet a fixé des horaires précis où la circulation des camions est interdite pour assurer la sécurité lors des entrées et sorties des écoles. En ce qui concerne la sécurité de l'accès des camions à la RD 64, le préfet impose des aménagements sur la parcelle C n°202 pour élargir et faciliter l'insertion des camions au niveau de la RD 64. Le pétitionnaire devra également se rapprocher du conseil départemental de la Seine-Maritime afin de prendre des mesures complémentaires. Par ailleurs, le trajet des camions est précisément défini dans l'article 2.1.1 de l'arrêté en cause, ils devront emprunter les voies communales d'Anneville-Ambourville puis la RD 64. Les déchets de la région Ile-de-France sont transportés par barges et le nombre de barges est limité à 5 par mois. Seuls les derniers kilomètres du trajet seront réalisés par camion. L'acheminement de déchets par camion est interdit les week-ends et les jours fériés. Dès lors, les prescriptions édictées par l'arrêté contesté sont suffisantes pour préserver des dangers ou des inconvénients pour la sécurité au sens de l'article L. 511-1 du code de l'environnement.

En ce qui concerne les dangers et inconvénients pour la protection de la nature, de l'environnement et des paysages :

88. En premier lieu, les requérants soutiennent que le projet a un impact sur les zones Natura 2000 et que les compensations prévues ne sont pas suffisantes. Toutefois, ils ne prévalent d'aucune disposition qui rendrait applicable les mesures de compensation à l'installation en litige alors que l'article L. 163-1 du code de l'environnement prévoit que de telles mesures de compensation, prévues à l'article L. 110-1 du code de l'environnement cité au point 80, doivent être rendues obligatoires par un texte législatif ou réglementaire. En tout état de cause, ainsi qu'il a été dit aux points précédents, il ne résulte pas de l'instruction que le projet serait susceptible d'entraîner une perte nette de biodiversité au sens de l'article L. 110-1 du code de l'environnement. En outre, il résulte de l'instruction, et notamment du dossier de demande d'enregistrement, que des mesures de compensation au titre du principe " éviter, réduire, compenser " sont prévues par le pétitionnaire. Ainsi, il est prévu des mesures d'évitement du risque de propagation des espèces envahissantes avec un suivi écologique pendant 5 ans à compter de l'achèvement du projet, des mesures d'évitement du risque de destruction de nids pendant l'exploitation, des mesures d'évitement du risque de destruction d'amphibiens pendant l'exploitation avec la mise en place de barrières, la mise en place de nichoirs pour la nidification du faucon crécerelle, la création d'une mare et d'une haie pour les passereaux et les batraciens, la mise en place de gites de proximité pour la protection des chiroptères, le réaménagement du site en pelouse calcicole et un reboisement réalisé progressivement lors de l'exploitation du site et, enfin, un contrat " obligations réelles et environnementales " sera signé entre le propriétaire, l'exploitant et la commune de Mauny concernant l'entretien de la pelouse et le suivi écologique sur une période de 30 ans comme précisé dans le dossier de demande qui contient une lettre d'engagement du propriétaire en ce sens.

89. En second lieu, la prescription 2.1.7 de l'arrêté en cause concerne le réaménagement du site suite à son exploitation prévue pour 4 ans et un an de remise en état. Le réaménagement se fait de manière progressive et coordonnée avec l'avancement du stockage. Si les requérants indiquent que la prescription impose une couche limoneuse de 70 cm qui n'est pas suffisante pour la plantation d'arbres, il ne résulte d'aucune des pièces du dossier que la couche limoneuse d'au moins 70 cm imposée par l'arrêté attaqué serait insuffisante. Dès lors, la prescription édictée par l'arrêté contesté est suffisante pour préserver des dangers ou des inconvénients de l'environnement et des paysages au sens de l'article L. 511-1 du code de l'environnement.

En ce qui concerne les dangers et les inconvénients pour la conservation des sites et des monuments :

90. Les requérants soutiennent qu'une sépulture collective d'au moins deux chambres sépulcrales est présente sur le site et que le passage des camions va compromettre la conservation et la mise en valeur de ce site. Toutefois, le dossier de demande d'enregistrement a bien pris en compte les sites archéologiques présent sur le site. Il résulte de l'instruction, et notamment du plan de réaménagement du site annexé à l'arrêté contesté, qu'aucune zone et aucun front de taille ne seront remblayés sur le côté est du site où se trouvent les vestiges archéologiques. La circulation des camions ne va pas altérer ces sites car les circulations se font sur la RD 64 et sur le site uniquement sur voirie interne comme le prévoit le dossier de demande d'enregistrement. Les requérants n'apportent aucun élément précis de nature à établir que l'exploitation pourrait, dans ces conditions, présenter un risque pour la conservation de ces vestiges archéologiques. Dès lors, aucune prescription complémentaire n'était nécessaire pour préserver des dangers ou des inconvénients pour la conservation des éléments du patrimoine archéologique au sens de l'article L. 511-1 du code de l'environnement.

91. En dernier lieu, si les requérants soutiennent que le passage des camions va dégrader la voie publique et que le coût des réparations sera répercuté sur les contribuables, cette argumentation est sans lien avec un intérêt protégé par L. 511-1du code de l'environnement. Le moyen doit donc être écarté comme inopérant.

92. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions présentées par les requérants tendant à l'annulation de l'arrêté du 25 avril 2022 du préfet de la Seine-Maritime doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

93. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse aux requérants une somme que ceux-ci réclament au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants une somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société environnement minéraux et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association Collectif les pieds dans l'eau et autres est rejetée.

Article 2 : Les requérants verseront une somme globale de 1 500 euros à la société environnement minéraux en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association Collectif les pieds dans l'eau, première requérante dénommée, à la société environnement minéraux et à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 12 juin 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

M. Bellec, premier conseiller,

et Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2025.

Le rapporteur,

Signé

C. Bellec

La présidente,

Signé

C. Galle La greffière,

Signé

A. Hussein

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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