jeudi 12 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2203100 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3 ème Chambre |
| Avocat requérant | IVANOVIC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 juillet 2022 et un mémoire complémentaire enregistré le 28 février 2024, Mme B D, représentée par Me Lepeuc, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 4 juillet 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté la demande de regroupement familial au bénéfice de son époux ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui accorder le regroupement familial sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision a été adoptée par une autorité dont il n'est pas justifié de la compétence ;
- elle est entachée d'erreur de droit dans l'application des dispositions des articles L. 434-4 et L. 434-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dans la mesure où les délais d'instruction de sa demande présentent un caractère anormal au regard des dispositions de l'article L. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; de tels délais contreviennent aux prescriptions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'erreur substantielle de fait, s'agissant de ses revenus ;
- la décision procède d'une erreur de droit dans la mesure où le préfet s'est cru, à tort, en situation de compétence liée pour rejeter sa demande, eu égard à ses revenus, sans examiner l'incidence d'un refus au regard des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 10 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller ;
- les observations de Me Lepeuc, pour la requérante.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D ressortissante serbe, née le 26 avril 1999, est entrée en France le 8 août 2019 pour y poursuivre une carrière de joueuse professionnelle au sein du club " Rouen Handball ". Le 17 septembre 2021, elle a sollicité une autorisation de regroupement familial au bénéfice de son époux, M. C A. Par une décision du 4 juillet 2022, dont elle demande l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. ". Aux termes de l'article L. 434-8 du même code : " Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. / Ces ressources doivent atteindre un montant, fixé par décret en Conseil d'Etat, qui tient compte de la taille de la famille du demandeur et doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième. () ".
3. Pour refuser le bénéfice du regroupement familial sollicité, le préfet de la Seine-Maritime s'est fondé sur la seule circonstance que Mme D ne justifiait pas d'un revenu supérieur ou égal à 1 272 euros par mois, exigé pour une famille de trois personnes, sur la période de référence 2020-2021. Il ressort toutefois des éléments versés aux débats, en particulier du contrat de travail, des bulletins de salaire et des relevés bancaires de l'intéressée, établis au titre de la période de référence, que Mme D percevait, outre son salaire mensuel de 1 095 euros bruts, soit 932 euros nets, une prime de jeu d'un montant net de 350 euros versée mensuellement. A cet égard, et contrairement à ce que soutient l'administration, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment pas de l'article 5-1 du contrat de travail conclu par la requérante avec le club " Rouen Handball ", que cette prime ne présenterait pas un caractère stable et pérenne. S'il est établi que Mme D n'a pas perçu cette prime, à compter du mois de janvier 2021, en raison de son état de grossesse, cette circonstance ne pouvait, à elle seule, eu égard à sa nature même, conduire l'administration à l'exclure du calcul des revenus de la requérante, lesquels s'élevaient, par conséquent, à 1 282 euros, montant supérieur au revenu mensuel net exigé par les dispositions citées au point n° 2. Il ressort, en outre, des éléments versés aux débats, qui ne sont pas contestés par le préfet, que l'intéressée perçoit une aide au logement versée par son club s'élevant à 400 euros nets mensuels. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, en refusant le bénéfice du regroupement familial à l'époux de Mme D, l'autorité administrative a fait une application inexacte des dispositions des articles L. 434-7 et L. 434-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, cette décision encourt l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
4. Eu égard aux motifs d'annulation retenus, l'exécution du présent jugement implique que le préfet territorialement compétent délivre à Mme D l'autorisation de regroupement familial sollicitée. Il y a lieu de l'enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros à Mme D, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 4 juillet 2022 du préfet de la Seine-Maritime, est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer une autorisation de regroupement familial au bénéfice de M. A.
Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à Mme D au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à Me Lepeuc et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Gaillard, présidente,
MM. Bouvet et Mulot, premiers conseillers,
Assistés de M. Tostivint, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.
Le rapporteur,
C. BOUVET
La présidente,
A. GAILLARD
Le greffier,
H. TOSTIVINT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026