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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203156

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203156

jeudi 21 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203156
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantHUON SARFATI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 29 juillet 2022 et 23 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Colliou, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 17 février 2022 par lequel le maire de la commune de Saint-Aubin-Lès-Elbeuf a accordé un permis de construire à M. C D, ensemble la décision du 3 juin 2022 rejetant son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Aubin-Lès-Elbeuf une somme de 1 100 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est recevable ;

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet en méconnaissance de l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme en raison de l'absence de la description de l'environnement bâti, de l'absence de précisions sur la division à intervenir et de l'absence de mention des emplacements de stationnement pour les vélos ;

- le projet méconnait l'article UBA1 3.1 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de la métropole de Rouen Normandie ;

- la décision méconnait l'article UBA1 4.1 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de la métropole de Rouen Normandie ;

- la décision méconnait l'article 6.2 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de la métropole de Rouen Normandie.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 23 mars 2023, la commune de Saint-Aubin-Lès-Elbeuf, représentée par Me Huon, conclut au rejet de la requête et demande à ce que soit mise à la charge de M. B une somme de 1 100 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la requête est irrecevable et à titre subsidiaire qu'aucun moyen n'est fondé.

La requête a été communiquée à M. C D, qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bellec, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique,

- et les observations de Me Colliou, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D a déposé une demande de permis de construire le 22 décembre 2021, complétée le 12 janvier 2022, sur la parcelle AE n°329 d'une superficie de 542 m2 pour édifier une construction comportant deux logements sur la commune de Saint-Aubin-Lès-Elbeuf. Par un arrêté du 17 février 2022, le maire de la commune de Saint-Aubin-Lès-Elbeuf a délivré le permis de construire. M. B, voisin immédiat, a adressé un recours gracieux à la commune le 14 avril 2022 qui l'a rejeté le 3 juin 2022. M. B demande l'annulation du permis de construire délivré le 17 février 2022 ainsi que du rejet de son recours gracieux.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Saint-Aubin-Lès-Elbeuf :

2. Aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas () de recours contentieux à l'encontre () d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, () l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. (). / L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. / La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt () du recours. / La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux. ".

3. Il résulte des dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme que c'est une copie du texte intégral du recours formé contre une autorisation individuelle d'urbanisme qui doit être notifiée à l'auteur de cette décision ainsi qu'au bénéficiaire de celle-ci ; que, par ailleurs, s'agissant d'un recours administratif, le défaut d'accomplissement des formalités de notification de ce recours dans le délai requis de quinze jours rend irrecevable le recours contentieux qui en prend la suite, sauf si ce dernier est introduit dans le délai de recours contentieux de droit commun de deux mois.

4. La commune de Saint-Aubin-Lès-Elbeuf soutient que le recours gracieux, dirigé contre le permis de construire du 17 février 2022 et formé par M. B le 14 avril 2022, n'aurait pas été notifié au pétitionnaire, ce dernier s'étant borné à l'informer de l'exercice de ce recours. Toutefois, M. B, qui conteste ces affirmations, a produit la copie des documents attestant de la remise aux services postaux, le 21 avril 2022, d'un courrier adressé au bénéficiaire du permis indiquant qu'il exerçait un recours gracieux à l'encontre du permis de construire délivré le 17 février 2022. Le pétitionnaire a accusé réception de ce courrier le 22 avril 2022. Par ailleurs, compte tenu du tarif d'affranchissement, le pli contenait nécessairement la copie du texte intégral du recours gracieux alors même que le courrier est imprécis. Dès lors, la notification du recours gracieux est régulière et il a valablement prorogé le délai de recours contentieux. Ainsi, le délai de recours contentieux n'était pas expiré le 29 juillet 2022, date à laquelle M. B a saisi le tribunal administratif. Par suite, la commune de Saint-Aubin-Lès-Elbeuf ne sont pas fondée à soutenir que le recours de M. B est irrecevable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article 3.1. " Implantation des constructions par rapport aux emprises publiques et aux voies " du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de la métropole Rouen Normandie applicable au secteur UBA1 : " Pour l'implantation le long des voies, publiques ou privées, existantes ou projetées, ouvertes à la circulation publique et le long des emprises publiques : toute construction, installation ou aménagement nouveau doit respecter les indications graphiques figurant au règlement graphique - planche 2. En l'absence de celles-ci : pour les constructions de premier rang, la façade du volume principal de la construction doit s'implanter : soit à l'alignement de fait, pour tenir compte des caractéristiques dominantes du bâti environnant et assurer la continuité ou le rythme du front bâti. / soit en cas d'absence d'alignement de fait, en fonction de l'implantation dominante des constructions existantes du même côté de la voie pour favoriser une meilleure continuité des volumes. / soit, s'il n'existe ni alignement de fait, ni implantation dominante du même côté de la voie, les constructions seront implantées à une distance minimale de 3 mètres de l'alignement () / Dans le cas de terrains bordés de plusieurs voies, la règle s'applique le long de l'une des voies au moins ".

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le projet de construction s'implante sur une parcelle de type rectangulaire, à l'angle de deux voies, d'une part, la rue Aristide Briand, et d'autre part, la rue Voltaire. Il ressort des différentes vues aériennes produites tant par le requérant que par la commune de Saint-Aubin-Lès-Elbeuf, que le bâti le long de la rue Voltaire, et de la rue Aristide Briand, présente une implantation dominante, de sorte que les constructions doivent être implantées suivant la même configuration que l'implantation dominante de l'une de ces deux rues. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier des plans masse, que la façade du bâtiment est implantée le long de la rue Voltaire, les accès piétons et voitures s'effectuant également à partir de cette seule rue et que le bâtiment se situe en retrait de la voie publique à une distance de trois mètres. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que la configuration du terrain d'assiette ne permet pas de respecter les règles d'implantation de la construction projetée par rapport à la voie publique, en se conformant à l'implantation dominante du bâti environnant. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que le projet de construction ne respecte pas la règle d'implantation par rapport à l'une au moins des voies qui borde le terrain. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3.1 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de la métropole Rouen Normandie applicable au secteur UBA1 doit, par suite, être accueilli.

7. Aux termes de l'article UBA1 4.1.4 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de la métropole Rouen Normandie : " Toitures/ Les toitures-terrasses sont autorisées. Elles doivent présenter un aspect architectural de qualité et s'intégrer aux lieux avoisinants. Lorsque la toiture-terrasse d'une construction nouvelle présente une surface continue d'au minimum 150 mètres carrés, elle doit être végétalisée sauf pour des raisons de fonctionnalité du bâtiment () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que le projet consiste en la construction d'un bâtiment de 125,54 m2 composé de deux logements distincts, comportant un étage surmonté d'une toiture-terrasse végétalisée. Compte tenu de la présence de la toiture-terrasse, le projet est en rupture avec le bâti environnant composé de maisons d'habitation individuelle avec des toitures bi-pentes. Les rares constructions environnantes à toiture-terrasse ne sont pas visibles de la parcelle assiette du projet. Dès lors, le requérant est fondé à soutenir que le permis de construire contesté méconnait l'article UBA1 4.1.4 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de la métropole Rouen Normandie.

9. Aux termes de l'article UBA1 6.2 de la section 5 du livre 1 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de la métropole Rouen Normandie : " Stationnement des vélos/ 6.2.1 Modalités de réalisation/ L'emplacement destiné au stationnement des cycles doit être : /- un espace réservé et sécurisé, / - situé de préférence au rez-de-chaussée,/ - aisément accessible depuis l'espace public et les points d'entrée du bâtiment,/ - clos, couvert, disposant d'un éclairage suffisant,/ - équipé d'un système d'attache, / - d'une surface minimum de 1,5 m2 par place requise. La surface totale de l'emplacement destiné au stationnement des cycles ne peut être inférieur à 5m2.

10. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du plan masse, que ce plan désigne par deux mentions " stationnement vélo réservé 5 m2 " assorties de flèches pointant chacune vers une extrémité de la construction, deux espaces qui seraient dédiés au stationnement des cycles. Toutefois, aucun local clairement identifiable pour le stationnement des vélos n'est mentionné sur ce plan. Le tableau des surfaces présent dans le dossier de demande de permis de construire, qui fait apparaitre, pour chaque logement, une surface d'environ 32 m2 pour le rez-de-chaussée qui comprend un séjour, une cuisine, les toilettes et un dégagement, et une surface d'environ 30 m2 pour l'étage, ne mentionne aucun espace réservé et clos pour le stationnement des cycles. Dès lors, aucun espace n'est prévu pour le stationnement des cycles. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision contestée méconnait l'article 6.2 de la section 5 du Livre 1 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de la métropole Rouen Normandie.

11. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est de nature à entraîner l'annulation de l'arrêté contesté.

Sur la demande de sursis à statuer :

12. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. "

13. Compte tenu de la forme du terrain d'assiette du projet et de la taille de la parcelle, le projet en litige ne peut être régularisé par la délivrance d'un permis de construire modificatif, sans que les modifications n'apportent au projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

14. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 février 2022 par lequel le maire de la commune de Saint-Aubin-Lès-Elbeuf a accordé un permis de construire à M. C D ainsi que la décision du 3 juin 2022 rejetant son recours gracieux.

Sur les frais d'instance :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du requérant, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Saint-Aubin-lès-Elbeuf demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Saint-Aubin-lès-Elbeuf la somme de 750 euros à verser à M. B, au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 17 février 2022 par lequel le maire de la commune de Saint-Aubin-Lès-Elbeuf a accordé un permis de construire à M. C D sur la parcelle cadastrée section AE n°329 ainsi que la décision du 3 juin 2022 rejetant le recours gracieux de M. B sont annulés.

Article 2 : La commune de Saint-Aubin-lès-Elbeuf versera à M. B la somme de 750 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Aubin-lès-Elbeuf au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la commune de Saint-Aubin-Lès-Elbeuf et M. C D.

Copie en sera transmise au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Rouen en application de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

M. Bellec, premier conseiller,

et Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024.

Le rapporteur,

C. Bellec

La présidente,

C. Galle La greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

ah

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