mardi 18 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2203169 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 juillet 2022, et un mémoire, enregistré le 26 août 2022, Mme B A doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté portant titularisation, en tant qu'il la classe au 8ème échelon de son grade sans ancienneté conservée ;
2°) d'annuler l'arrêté du 14 septembre 2020 de la préfète de la zone de défense et de sécurité Ouest portant révision de carrière ;
3°) d'annuler l'arrêté du 4 février 2022 de la préfète de la zone de défense et de sécurité Ouest portant révision de carrière en tant qu'il la fait bénéficier d'un indice majoré de rémunération de 420 ;
4°) d'annuler la décision mettant à sa charge un rappel de traitement de 93,72 euros brut au titre de la période du 1er avril 2020 au 31 janvier 2021 ;
5°) d'enjoindre à l'administration de réviser sa situation administrative et de lui rembourser les sommes prélevées à tort.
Mme A soutient que :
- la tardiveté de sa requête s'explique par le fait qu'elle ne s'est aperçue de sa rétrogradation qu'en janvier 2021, au moment où un indu de rémunération lui a été réclamé ;
- elle a immédiatement joint les services en charge des ressources humaines, le syndicat qui a tenté une médiation avec le service a mis beaucoup de temps à la recontacter et elle a connu des soucis de santé fin 2021 et début 2022 ;
- l'arrêté de titularisation aurait dû tenir compte de la circonstance qu'avant d'être agent spécialisé de police technique et scientifique (ASPTS), elle était technicienne de laboratoire classée à l'échelon 5 et à l'indice 428 et qu'il ne pouvait retirer une décision créatrice de droits la nommant en qualité d'ASPTS principale au-delà du délai de 4 mois ;
- son paiement à l'indice 420 méconnaît le principe de la conservation de l'indice majoré prévu par le décret n° 2016-580.
Par courrier du 19 août 2022, le tribunal a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office de la tardiveté des conclusions dirigées contre l'arrêté du 14 septembre 2020, présentées au-delà du délai raisonnable d'un an.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 2 septembre 2022 et le 17 mai 2024, le préfet délégué pour la défense et la sécurité Ouest conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne comporte ni le nom ni l'indication du domicile de la requérante et qu'elle n'est pas signée ;
- les conclusions dirigées contre l'arrêté du 14 septembre 2020 notifié le jour même sont tardives.
Par courrier du 25 avril 2024, le tribunal a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur les moyens relevés d'office tirés, d'une part, de la tardiveté des conclusions dirigées contre l'indu de rémunération porté à la connaissance de Mme A en janvier 2021, présentées au-delà du délai raisonnable d'un an et, d'autre part, de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre l'arrêté du 4 février 2022 en tant qu'il la fait bénéficier d'un indice majoré de rémunération de 420 dès lors qu'avant même l'enregistrement de la requête l'arrêté du 2 juin 2022 avait fixé cet indice à 428.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 2002-812 du 3 mai 2002 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jeanmougin, première conseillère,
- les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique,
- et les observations de Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, agente spécialisée de police technique et scientifique (ASPTS) titulaire, doit être regardée comme demandant au tribunal l'annulation de l'arrêté du 16 mars 2020 portant titularisation en tant qu'il la classe au 8ème échelon de son grade sans ancienneté conservée, des arrêtés du 14 septembre 2020 et du 4 février 2022 de la préfète de la zone de défense et de sécurité Ouest par lesquels sa situation administrative a été fixée et de la décision mettant à sa charge un rappel de traitement de 93,72 euros brut au titre de la période du 1er avril 2020 au 31 janvier 2021.
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 16 mars 2020 portant titularisation dans le corps des ASPTS a été notifié à l'intéressée, avec la mention des voies et délais de recours, le 18 juin 2020. Les conclusions présentées le 29 juillet 2022 contre cet arrêté, postérieurement au délai de deux mois courant de sa notification, sont tardives.
3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 14 septembre 2020 de la préfète de la zone de défense et de sécurité Ouest portant révision de carrière a été notifié à l'intéressée le jour même, avec la mention des voies et délais de recours. Les conclusions présentées le 29 juillet 2022 contre cet arrêté, postérieurement au délai de deux mois courant à compter de sa notification, sont également tardives.
4. En troisième lieu, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable, qui est en principe d'un an.
5. Il ressort des pièces du dossier que l'administration a mis à la charge de Mme A un rappel de traitement de 93,72 euros brut pour la période du 1er avril 2020 au 31 janvier 2021 au motif qu'elle avait été rémunérée à l'indice majoré 430 au lieu de l'indice 428. La requérante a été informée de cet indu par courrier du 20 janvier 2021 et celui-ci a été récupéré par prélèvement sur sa rémunération de février 2021. Les éléments avancés par l'intéressée ne constituent pas des circonstances particulières permettant d'allonger le délai de recours qui lui était imparti. Les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de cet indu de rémunération ont été présentées au tribunal le 29 juillet 2022, soit après l'expiration du délai d'un an et sont donc tardives.
6. En dernier lieu, il ressort des pièces produites par la requérante que par arrêté du 2 juin 2022, portant reclassement dans un corps, le préfet délégué de la zone de défense et de sécurité Ouest a fait bénéficier Mme A, à compter du 1er janvier 2022, d'un indice majoré de carrière d'un indice majoré de rémunération de 428. Cet arrêté a donc abrogé l'arrêté en litige du 4 février 2022 par lequel la préfète de la zone de défense et de sécurité Ouest avait fait bénéficier Mme A, à compter du 1er janvier 2022, d'un indice majoré de rémunération de 420. Les conclusions de Mme A, qui a pris connaissance le 3 juin 2022 de l'arrêté du 2 juin 2022, tendant à annulation de cette dernière décision en tant qu'elle fixait son indice majoré de rémunération à 420 avaient perdu leur objet avant même l'enregistrement de la requête.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres fins de non-recevoir, que Mme A n'est pas recevables à demander l'annulation des décisions de classement qu'elle attaque. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera transmise, pour information, au préfet délégué de la zone de défense et de sécurité Ouest.
Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.
La rapporteure,
H. JEANMOUGIN
Le président,
P. MINNELe greffier,
N. BOULAY
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