Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203190
mardi 4 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2203190 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 3 |
| Avocat requérant | EDEN AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 août 2022, M. E A, représenté par la SELARL Eden Avocats, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Eure lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de huit jours à compter du jugement à intervenir et de procéder à un nouvel examen de sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros hors taxe à verser à son conseil au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ; subsidiairement, de lui verser la somme de 1440 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
* S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- sa motivation est insuffisante ;
- elle méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendu préalablement à toute décision défavorable ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
* S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est, en raison de l'illégalité de la décision lui portant obligation de quitter le territoire français, dépourvue de base légale ;
- elle est contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 août 2022 et 26 août 2022, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens dont se prévaut le requérant sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
le code des relations entre le public et l'administration ;
la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie règlementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir au cours de l'audience publique du 28 septembre 2022, présenté son rapport et entendu les observations orales de Me Leprince, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
L'instruction étant close à l'issue de l'audience, en application de l'article R.776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A est un ressortissant congolais né le 30 mai 1999, qui serait entré en France en août 2018. Sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 4 septembre 2020, décision confirmée par la CNDA le 25 janvier 2021. Le 18 mars 2021, il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement prise à son encontre par le préfet de la Seine-Maritime. Par l'arrêté attaqué du 22 juillet 2022, le préfet de l'Eure l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de destination.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président [] ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'accorder, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. Cette décision énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet pour prononcer la mesure d'éloignement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
4. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de cette décision ou s'il a privé les intéressés d'une garantie. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été interrogé, lors de son audition par les services de police le 22 juillet 2022, sur sa situation administrative en France, audition au cours de laquelle il n'a pas contesté être entré irrégulièrement sur le territoire français en 2018 et n'avoir entrepris aucune démarche administrative, depuis son arrivée, en vue de sa régularisation. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait été empêché, avant que ne fussent prises à son encontre les décisions contestées, de porter à la connaissance de l'administration des informations tenant à sa situation personnelle qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de ces actes. Par suite, l'intéressé n'a pas été privé du droit d'être entendu préalablement à l'adoption des décisions attaquées.
5. M. A soutient que l'acte attaqué porte atteinte aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. S'il soutient entretenir une relation amoureuse avec Mme D B depuis plus de sept mois, cette seule circonstance ne saurait avoir d'incidence sur la légalité de l'acte attaqué. Le requérant ne verse au dossier aucun élément établissant une vie privée et familiale sur le territoire français telle que la mesure contestée devrait être regardée comme y portant une atteinte manifeste. A cet égard, l'attestation de la personne présentée comme étant sa compagne, datée du 9 août 2022, dont le nom ne correspond au demeurant pas à celui mentionné dans la requête (Mme B), est sans incidence sur la légalité de l'acte attaqué, de même que les attestations postérieures à l'acte attaqué émanant d'une association chrétienne d'Evreux. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté. Par ailleurs, eu égard aux éléments dont fait état le préfet dans l'acte attaqué, relatif à la situation du requérant, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que la décision est entachée d'un défaut d'examen particulier.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
6. Cette décision énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet pour fixer cette destination. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
7. Ainsi qu'il a été relevé ci-dessus, et alors que la demande d'asile de M. A a été rejetée par l'OFPRA le 4 septembre 2020, décision confirmée par la CNDA le 25 janvier 2021, l'intéressé ne verse au dossier aucun élément nouveau susceptible de devoir conduire à la remise en cause desdites décisions de rejet. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier, de la méconnaissance de l'article 3 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
8. Il résulte de ce qui a été exposé précédemment que l'obligation de quitter le territoire français opposée à M. A n'est pas illégale. Par suite, il n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de cet acte.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles formées aux fins d'injonction et au paiement de frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A à la SELARL Eden Avocats et au préfet de l'Eure.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.
Le rapporteur,
Signé :
C. C
La greffière,
Signé :
N. STOCKLa République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N. STOCK
N°2203190
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