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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203292

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203292

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203292
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantMASSARDIER JULIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 12 et 30 août 2022, M. A B, représenté par Me Massardier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 juillet 2022 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a rejeté son recours administratif préalable obligatoire contre les décisions du président de la commission de discipline de la maison d'arrêt de Rouen du 24 juin 2022 prononçant à son encontre deux sanctions, l'une d'interdiction de recevoir des subsides durant trente jours et l'autre de sept jours de cellule disciplinaire ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, cette condamnation valant renonciation par son conseil au versement de l'aide juridictionnelle, ou à défaut, de lui verser cette somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure relatif à la procédure 2022000394 dès lors que le compte-rendu d'incident ne mentionne pas le nom de l'agent rédacteur si bien qu'il ne peut pas être vérifié que l'agent était bien un agent de l'administration pénitentiaire au sens de l'article 11 de la loi du 24 novembre 2009, qu'il a bien été témoin des faits, qu'il n'a pas siégé dans la commission de discipline ni qu'il a prêté serment ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure relatif à la procédure 2022000395 dès lors que le compte-rendu d'incident ne mentionne pas le nom de l'agent rédacteur si bien qu'il ne peut pas être vérifié que l'agent était bien un agent de l'administration pénitentiaire au sens de l'article 11 de la loi du 24 novembre 2009, qu'il a bien été témoin des faits, que l'agent n'a pas siégé dans la commission de discipline ni qu'il a prêté serment ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur dans la matérialité des faits reprochés dans le cadre de la procédure 2022000394 ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur dans la matérialité des faits reprochés dans le cadre de la procédure 2022000395.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir les moyens de la requête de M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision 21 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code pénitentiaire ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Esnol, conseillère,

- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, incarcéré depuis le 26 mai 2021, est détenu à la maison d'arrêt de Rouen. Par une décision n°202200394 du président de la commission de discipline de la maison d'arrêt de Rouen du 24 juin 2022, M. B a fait l'objet d'une sanction de trente jours d'interdiction de recevoir des subsides de l'extérieur. Par une seconde décision du même jour n°202200395, il a fait l'objet d'une sanction de sept jours de cellule disciplinaire. M. B a formé un recours préalable obligatoire contre ces deux décisions devant la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes qui, par une décision du 25 juillet 2022 a confirmé les sanctions prononcées. M. B demande l'annulation de la décision du 25 juillet 2022.

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 234-12 du code pénitentiaire : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline. "

3. M. B soutient que, conformément à ce que prévoit notamment la circulaire du 9 juin 2011 relative au régime disciplinaire des détenus, le compte-rendu de l'incident doit préciser, en principe, le nom et le prénom de l'agent des services pénitentiaires qui l'a rédigé, ce qui n'a pas été le cas en l'espèce. Toutefois, la circonstance que le compte-rendu ayant donné lieu à l'édiction de la sanction contestée ne comporte pas ces mentions est par elle-même, sans incidence sur la régularité de la procédure suivie. En outre, il ressort des pièces du dossier que le compte-rendu d'incident du 16 juin 2022 relatif à la procédure n°202200394 a été rédigé à 12h21 par un surveillant dont le nom a partiellement été anonymisé mais comporte les initiales de son rédacteur soit " C. C. ", et que le compte rendu d'incident rédigé le même jour à 11h37, relatif à la procédure n°202200395 l'a été par un surveillant dont le nom a partiellement été anonymisé mais comporte les initiales de son rédacteur soit " L. A. ", alors que le surveillant qui a siégé à la commission de discipline porte un nom partiellement anonymisé dont les initiales sont " N. D. ", qui ne correspondent pas aux initiales des agents auteurs des comptes rendus d'incident. Ces seules mentions, en l'absence de contradiction sérieuse, sont par ailleurs suffisantes pour établir la qualité d'agents de l'administration pénitentiaire des signataires, réputés avoir prêté serment. Par suite, les moyens tirés du vice de procédure dès lors que les noms des rédacteurs des comptes-rendus d'incident du 16 juin 2022 n'étant pas mentionnés, il n'est pas possible de s'assurer de la régularité de la procédure, doivent être écartés.

4. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 232-5 du code pénitentiaire : " Constitue une faute disciplinaire du deuxième degré le fait, pour une personne détenue : () / 1° De refuser de se soumettre à une mesure de sécurité définie par une disposition législative ou réglementaire, par le règlement intérieur de l'établissement pénitentiaire, défini aux articles L. 112-4 et R. 112-22, ou par toute autre instruction de service ou refuser d'obtempérer immédiatement aux injonctions du personnel de l'établissement ; () ".

5. M. B soutient ne pas avoir manifesté de refus de remonter de promenade et que l'heure mentionnée par le compte rendu d'indicent est antérieure à l'heure de fin de promenade. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le compte rendu d'incident du 16 juin 2022 relatif à la procédure n°2022000394 mentionne que M. B a catégoriquement refusé de remonter de promenade avec les personnes détenues de son étage, ce qui a retardé le mouvement de la promenade. La circonstance que le compte-rendu d'incident mentionne que les faits se sont produits à 9h30, horaire que M. B estime antérieur à l'heure de la fin de promenade, n'est pas de nature à remettre en cause les éléments mentionnés par le compte-rendu d'indicent dès lors que d'une part, le requérant n'indique pas l'horaire de fin de la promenade et d'autre part, que le compte rendu fait nécessairement état d'un fait antérieur à la fin de la promenade puisqu'il a été de nature à créer un retard du mouvement de promenade. Dans ces conditions, les faits reprochés à M. B relatifs à son refus de remonter de promenade après injonction du personnel pénitentiaire sont suffisamment établis.

6. D'autre part, aux termes de l'article R. 232-4 du code pénitentiaire : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue :/ () 10° D'introduire ou tenter d'introduire au sein de l'établissement tous objets, données stockées sur un support quelconque ou substances de nature à compromettre la sécurité des personnes ou de l'établissement, de les détenir ou d'en faire l'échange contre tout bien, produit ou service ; / () 12° De proférer des insultes, des menaces ou des propos outrageants à l'encontre d'un membre du personnel de l'établissement, d'une personne en mission ou en visite au sein de l'établissement pénitentiaire ou des autorités administratives ou judiciaires ; () "

7. Si M. B nie les faits qui lui sont reprochés indiquant n'avoir ramassé aucun objet lors de sa promenade et ne pas avoir insulté le surveillant pénitentiaire, il ressort des pièces du dossier, notamment du compte rendu d'incident du 16 juin 2022 relatif à la procédure n°2022000395, que M. B a été clairement vu en train de récupérer des projections lors de sa promenade, a volontairement jeté la projection qui contenait un téléphone portable, au niveau des abords de la promenade de la division 2, et qu'il a ensuite prononcé des insultes et menaces en des termes non ambigus à l'encontre du surveillant pénitentiaire. Il n'est pas contesté qu'un téléphone a été retrouvé dans les projections. Dans ces conditions, alors que le requérant se borne à nier les faits qui ont été décrits avec précision dans le compte rendu d'incident, les faits reprochés à M. B de tentative d'introduction d'objet interdit en détention et d'insultes et menaces à l'encontre d'un membre du personnel sont suffisamment établis.

8. Par suite, les moyens tirés de l'erreur dans matérialité des faits reprochés à M. B dans le cadre de deux procédures disciplinaires doivent ainsi être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de la décision du 25 juillet 2022 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a prononcé deux sanctions de trente jours d'interdiction de subsides et de sept jours de cellule disciplinaire doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et celles présentés au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, l'instance n'ayant pas entrainé de dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Massardier et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

M. Bellec, premier conseiller,

Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La rapporteure,

B. Esnol

La présidente,

C. Galle La greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.ah

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