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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203336

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203336

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203336
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantPICARD LEBEL QUEFFRINEC BEAUHAIRE MOREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 18 août 2022, le 22 novembre 2022, le 29 novembre 2022 et le 11 avril 2023, Mme F H et Mme I J, représentées par Me André, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 21 avril 2022 par lequel le maire de la commune de la Chapelle-Longueville a délivré à M. C le permis de construire n° PC 27554 21 F0024 pour la construction de deux maisons jumelées, ainsi que la décision du 11 juillet 2022 de rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de la Chapelle-Longueville, de M. C et de Mme G, une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la demande de permis de construire est incomplète faute de mentionner sa proximité avec des éléments patrimoniaux protégés ;

- l'avis de l'architecte des bâtiments de France est irrégulier dès lors qu'il ne mentionne pas les monuments historiques et leurs abords concernés en méconnaissance de l'article R. 425-1 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué méconnait les dispositions de l'article UB11 du règlement du plan local d'urbanisme de Saint-Pierre-d'Autils ;

- l'arrêté attaqué méconnait les dispositions de l'article UB12 du règlement du plan local d'urbanisme de Saint-Pierre-d'Autils ;

- l'arrêté attaqué méconnait les dispositions de l'article UB15 du règlement du plan local d'urbanisme de Saint-Pierre-d'Autils ;

- les conclusions reconventionnelles présentées par M. et Mme C et Mme G sont portées devant une juridiction incompétente et irrecevables.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2022, la commune de la Chapelle-Longueville conclut au rejet et de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérantes une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la requête est irrecevable dès lors que les requérantes n'ont pas intérêt à agir, et que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense et en intervention, enregistrés les 21 octobre 2023 et 27 mars 2023, M. B C, Mme E C et Mme A D divorcée G, représentés par Me Beauhaire, demandent au tribunal :

1°) de rejeter la requête ;

2°) de condamner Mme H et Mme J à verser à Mme G les sommes de 37 199,20 et 38 310,88 euros au titre du préjudice matériel subis du fait du retard pris par la vente en raison du recours contre le permis de construire ; à titre subsidiaire, si le permis de construire était annulé, de verser à Mme G la somme de 73 600 euros en raison préjudice qu'elle subirait à ce titre ;

3°) de condamner Mme H et Mme J à verser à M. et Mme C une somme de 46 942,84 euros au titre des préjudices qu'ils estiment avoir subis ;

4°) de condamner Mme H et Mme J à verser à Mme G d'une part et à M. et Mme C d'autre part les sommes de 5 000 euros chacun à titre de dommages-intérêts pour recours abusif ;

5°) de mettre à la charge de Mme H et Mme J une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

6°) de mettre à la charge de Mme H et Mme J les entiers dépens.

Ils soutiennent que :

- Mme G connait, du fait de l'absence de finalisation de la vente en raison du recours exercé contre le permis de construire, un préjudice financier né et actuel, à hauteur de 37 199,20 euros à raison du remboursement du crédit et de 38 310,88 euros au titre des coûts d'entretien du terrain, ;

- si le permis de construire devait être annulé, Mme G subirait alors un préjudice financier à hauteur de 73 600 euros en raison de la perte de valeur du terrain ;

- Mme G connait un préjudice moral à hauteur de 5 000 euros ;

- M. et Mme C subissent un préjudice financier à hauteur de 46 942,84 euros pour la majoration du coût de construction, le raccordement à l'eau potable, l'étude géotechnique, le réseau télécom, les plans de permis de construire, le coût de création de la SCI, le coût d'enregistrement de la promesse de vente, et le coût d'affichage du permis de construire ;

- M. et Mme C connaissent un préjudice moral à hauteur de 5 000 euros ;

- la requête est abusive de sorte que les requérantes doivent être condamnées à leur verser les sommes 5 000 euros de dommages-intérêts, à Mme G d'une part et à M. et Mme C d'autre part.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Esnol,

- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique,

- et les observations de Me André, représentant Mme H et Mme J.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C ont déposé le 17 décembre 2021, une demande de permis de construire n° PC 27 554 21 F0004, pour la construction de deux maisons jumelées sur le territoire de la commune de la Chapelle-Longueville, sur les parcelles cadastrées AH 137, 138 et 188. Par un arrêté du 21 avril 2022, le maire de la commune de la Chapelle-Longueville a délivré à M. C le permis de construire sollicité. Mme H et Mme J, voisines immédiates du projet, ont présenté un recours gracieux le 18 juin 2022 qui a été rejeté par une décision du 11 juillet 2022. Par la présente requête, Mme H et Mme J demandent l'annulation pour excès de pouvoir de l'arrêté du 21 avril 2022 et de la décision de rejet de leur recours gracieux.

2. Le décès de Mme I J a été porté à la connaissance du tribunal administratif par un courrier enregistré au greffe le 18 septembre 2023. A cette date, l'affaire était en état d'être jugée si bien qu'il y a lieu de statuer sur les conclusions de cette dernière.

Sur la recevabilité des conclusions :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposées en défense :

3. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager que si la construction, l'aménagement ou les travaux sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. / Le présent article n'est pas applicable aux décisions contestées par le pétitionnaire. "

4. Il résulte de l'article L .600-1-2 du code de l'urbanisme qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme H et Mme J sont toutes deux voisines immédiates du projet de construction. Elles démontrent, par les photographies et le constat d'huissier qu'elles produisent à l'instance, qu'elles auront des vues directes sur le projet de construction. Particulièrement, les ouvertures des deux maisons d'habitation projetées créent des vues directes sur l'habitation de Mme H. Elles font ainsi état de ce que le projet est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de leurs biens. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir des requérantes doit être rejetées.

En ce qui concerne l'intervention de Mme G :

6. Aux termes de l'article R. 632-1 du code de justice administrative : " L'intervention est formée par mémoire distinct ".

7. L'intervention de Mme A G a été présentée non par mémoire distinct mais dans un mémoire présenté par M. et Mme C, défendeurs à l'instance. Dès lors, l'intervention de Mme G n'est pas recevable.

En ce qui concerne les conclusions tendant à la condamnation de Mme H et Mme J à réparer les préjudices subis par M. et Mme C :

8. D'une part, aux termes de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager est mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts. La demande peut être présentée pour la première fois en appel. "

9. Les conclusions présentées par M. et Mme C tendant à la condamnation des requérantes à réparer les préjudices moraux et financiers qu'ils estiment avoir subis du fait du recours ainsi que pour " procédure abusive " sont irrecevables dans le cadre d'un recours pour excès de pouvoir dès lors qu'il s'agit de conclusions reconventionnelles. En tout état de cause, à supposer que les défendeurs aient entendu se prévaloir des dispositions de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme, ces conclusions reconventionnelles n'ont pas été présentées par un mémoire distinct d'une part, et il ne résulte pas de l'instruction que le présent recours traduirait un comportement abusif des requérantes d'autre part. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par M. et Mme C sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme ne peuvent qu'être rejetées.

10. D'autre part, si M. et Mme C présentent également des conclusions aux fins de condamnation des requérantes au titre du préjudice matériel lié aux frais déjà engagés pour le projet et exposés inutilement en cas d'annulation du permis de construire, de telles conclusions reconventionnelles à l'encontre de personnes privées sont portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître. Par suite, ces conclusions doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le dossier de permis de construire :

11. Aux termes de l'article R 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant :/ 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ;/ 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet :/ a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; /b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement. " Et aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : / a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. "

12. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

13. D'une part, contrairement à ce que soutiennent les requérantes, il ne résulte pas des dispositions précitées que la demande de permis de construire devait mentionner l'existence de " l'Ermitage " comme élément de patrimoine remarquable identifié par le plan local d'urbanisme.

14. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le dossier de demande de permis de construire comprend des photographies des parcelles environnantes, depuis plusieurs points de vue, notamment en direction des maisons des requérantes, ainsi que des vues d'insertion du projet dans le paysage environnant. En outre, la notice architecturale mentionne que les constructions environnantes n'ont pas de caractère architectural prédominant, et qu'elles sont traditionnelles. Le terrain se trouve en zone d'habitat pavillonnaire traditionnel en zone UB du plan local d'urbanisme. Cette description du bâti environnant est cohérente avec les photographies d'insertion versées au dossier ainsi qu'avec les photographies versées par les requérantes à l'appui de leur requête. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que des omissions ou incohérences des pièces du dossier auraient été de nature à induire en erreur l'administration sur son appréciation du projet.

15. Par suite, le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de demande de permis de construire doit être écarté.

En ce qui concerne la régularité de l'avis de l'architecte des bâtiments de France :

16. Aux termes de l'article R. 425-1 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans les abords des monuments historiques, le permis de construire, le permis d'aménager, le permis de démolir ou la décision prise sur la déclaration préalable tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 621-32 du code du patrimoine si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, le cas échéant assorti de prescriptions motivées, ou son avis pour les projets mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine. " Aux termes de l'article L. 632-1 du code du patrimoine : " Dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, sont soumis à une autorisation préalable les travaux susceptibles de modifier l'état des parties extérieures des immeubles bâtis, y compris du second œuvre, ou des immeubles non bâtis () / L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur du site patrimonial remarquable. " Enfin, aux termes du I de l'article L. 632-2 du même code : " L'autorisation prévue à l'article L. 632-1 est, sous réserve de l'article L. 632-2-1, subordonnée à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, le cas échéant assorti de prescriptions motivées. A ce titre, ce dernier s'assure du respect de l'intérêt public attaché au patrimoine, à l'architecture, au paysage naturel ou urbain, à la qualité des constructions et à leur insertion harmonieuse dans le milieu environnant. "

17. En l'espèce, l'architecte des bâtiments de France a rendu un avis favorable sur le projet litigieux le 3 janvier 2022. Contrairement à ce que soutiennent les requérantes, il ne résulte pas des dispositions précitées que l'avis de l'architecte des bâtiments de France, qui ne contient aucune prescription, aurait dû être motivé et aurait dû mentionner l'ensemble des monuments historiques concernés. En outre, il est constant que dans son avis du 29 septembre 2021, se prononçant sur un projet similaire au projet litigieux, l'architecte des bâtiments de France mentionnait au titre de la servitude " abords des monuments historiques ", l'Eglise de Saint Pierre d'Autils, le clocher, l'abri sous roche de Menestreville, le château de Saint Just et son parc ainsi que le château de Pressagny l'Orgueilleux. il ressort également des données librement accessibles sur le site internet geoportail.gouv.fr, que les parcelles d'assiette du projet sont situées à proximité de murs et enceintes caractérisés par le plan local d'urbanisme comme " patrimoine bâti, paysager ou éléments de paysage à protéger pour des motifs d'ordre culturel, historial, architectural ou écologique " et que ces parcelles sont soumises à une servitude relative aux monuments historiques " immeubles classés et inscrits, abords des monuments historiques " en raison de leur proximité avec l'Eglise de Saint-Pierre-d'Autils. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que l'architecte des Bâtiments de France n'a pu ignorer l'existence de l'Eglise Saint-Pierre-d'Autils, dès lors qu'elle est expressément mentionnée et cartographiée sur le site internet geoportail.gouv.fr, ni des autres monuments historiques mentionnés dans son avis du 29 septembre 2021. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis rendu par l'architecte des bâtiments de France ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article UB15 du règlement du plan local d'urbanisme :

18. Aux termes de l'article UB15 du règlement du plan local d'urbanisme de Saint-Pierre-d'Autils : " PERFORMANCES ENERGETIQUES ET ENVIRONNEMENTALES / Dans la mesure du possible, l'orientation du bâtiment sera déterminée de manière à optimiser les caractéristiques bioclimatiques du terrain pour profiter des apports solaires et protéger l'habitation des vents dominants "

19. Il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit la construction de deux maisons d'habitation jumelées, présentant des ouvertures sur les façades nord et sud. Si la façade nord comprend au total quatre baies vitrées donnant sur le jardin, il ressort des pièces du dossier et notamment des plans de façades, que la façade sud des maisons comprend deux portes d'entrée vitrées et deux portes fenêtres avec une ouverture à double battant ainsi qu'un total de quatre fenêtres en lucarne. Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier que l'orientation du bâtiment n'optimise pas les caractéristiques bioclimatiques du terrain et ne profite pas des apports solaires. La circonstance que des ouvertures en baie vitrée soient prévues sur la façade nord du projet alors que l'optimisation des apports solaires est sollicitée " dans la mesure possible " par les dispositions précitées du plan local d'urbanisme, n'est pas de nature à entacher d'illégalité la décision attaquée. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UB15 du règlement du plan local d'urbanisme de Saint-Pierre-d'Autils doit ainsi être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance des dispositions de l'article UB11 du plan local d'urbanisme :

20. Aux termes de l'article UB11 du règlement du plan local d'urbanisme de Saint-Pierre-d'Autils : " ASPECT EXTERIEUR DES CONSTRUCTIONS ET AMENAGEMENT DE LEURS ABORDS / Les constructions neuves à usage d'habitation et leurs annexes : / Intégration de la construction dans le site : - Par leur aspect extérieur, les constructions et leurs abords, de quelque nature qu'elles soient, devront conforter les caractéristiques du paysage naturel et urbain, en particulier en ce qui concerne les rythmes, les implantations en altimétrie et plan masse et la composition générale de celles-ci dans l'environnement. - Le permis de construire peut-être refusé, ou n'être accordé que sous réserve de prescriptions spéciales, si les constructions, par leur situation, leur architecture, leur dimension ou l'aspect extérieur des bâtiments à édifier et de leurs abords, sont de nature à porter atteinte au site et aux paysages. () Aspect extérieur des constructions: Façades : () - Les couleurs à privilégier pour les bâtiments devront s'apparenter à celles des constructions locales traditionnelles environnantes. () / Toitures : () Les matériaux de couverture autorisés sont l'ardoise naturelle, la tuile plate de terre cuite à pose traditionnelle (avec un minimum de 59 tuiles au mètre carré) de teinte sombre et non brillante, le zinc, l'inox et le cuivre non brillants. () / Clôtures, murs, portails : () - Les clôtures doivent répondre aux caractéristiques suivantes : Haies végétales champêtres d'une hauteur maximale de 2 mètres éventuellement doublées d'un grillage plastifié vert ou gris. Les poteaux seront en bois ou métalliques, et d'une hauteur maximum de 1,50 mètres. Le thuya est interdit. (Confer l'annexe 1 Cahier des servitudes paysagères) Clôtures minérales en appareillage de pierres locales ou en bauge, d'une hauteur maximale de 2 mètres. "

21. En premier lieu, si les constructions projetées portent atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ou encore à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé, dans le second temps du raisonnement, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux mentionnés par cet article et, le cas échéant, par le plan local d'urbanisme de la commune.

22. Il ressort des pièces du dossier et notamment des photographies des lieux environnants versées à l'instance que les parcelles d'assiette du projet sont entourées, pour l'essentiel, par des maisons d'habitation de type pavillonnaire, construites dans un style traditionnel avec des façades en enduit clair présentant des lucarnes. S'il est constant que le projet est également situé à proximité de constructions et d'un mur d'enceinte en pierre ancienne, ces éléments ne constituent pas le bâti majoritaire aux abords du projet. La circonstance que le projet inclut un portail et un grillage métallique n'est pas de nature à porter atteinte à la qualité du paysage environnant composé de constructions majoritairement traditionnelles et pavillonnaires. En outre, le projet de construction prévoit l'édification de deux maisons jumelées, dans un style traditionnel, avec une toiture terre cuite et un enduit de façade ton pierre clair. Le projet s'insère ainsi dans le bâti majoritaire environnant. Par suite, les aspects extérieurs de la construction ne sont pas de nature à porter atteinte à la qualité du paysage environnant.

23. En deuxième lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article UB11 du règlement du plan local d'urbanisme que les toitures en tuile plate de terre cuite à pose traditionnelle doivent prévoir un minimum de 59 tuiles au mètre carré. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux prévoit une toiture en terre cuite plate avec 20 unités de tuile par mètre carré, inférieure au minimum de 59 tuiles. La circonstance que, par un avis du 29 septembre 2021 l'architecte des bâtiments de France, se prononçant sur un précédent projet de construction porté par le pétitionnaire, avait prescrit une modification de la toiture pour prévoir " une pente à 45° en tuile plates à 20u/m² " n'est pas de nature à exonérer les pétitionnaires du respect des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UB11 du règlement du plan local d'urbanisme de Saint-Pierre-d'Autils relatives aux matériaux de couverture doit être accueillie en tant que le projet prévoit une toiture composée de tuiles en terre cuite dont le nombre d'unité est inférieur au minimum de 59 au mètre carré.

24. En troisième lieu, Mme H et Mme J ne peuvent se prévaloir de la méconnaissance de l'avis du 29 septembre 2021 de l'architecte des bâtiments de France se prononçant sur un projet antérieur. En tout état de cause, le projet prévoit des ouvertures en lucarne compte tenu de la pente de toiture et de l'orientation de l'ouverture au niveau des combles, conformément aux prescriptions de cet avis.

25. En quatrième lieu, il est constant que le projet de construction supprime, ainsi que l'indique le plan de masse existant, une partie de la haie végétale préexistante le long de la limite parcellaire ouest, mais maintient la clôture préexistante. Contrairement à ce que soutiennent les requérantes, les dispositions de l'article UB11 du plan local d'urbanisme ne font pas obstacle à la suppression d'une haie préexistante. Si le document graphique suggère qu'une haie sera au contraire installée en limite ouest, il n'est pas établi que cette haie serait incompatible avec la présence d'une place de stationnement. Dans ces conditions, le dernière branche du moyen tiré de la méconnaissance de l'article UB 11 du plan local d'urbanisme de Saint-Pierre-d'Autils en raison du défaut de clôture doit être écartée.

En ce qui concerne la méconnaissance des dispositions de l'article UB12 du plan local d'urbanisme :

26. Eu égard à ce qui a été dit au point précédent, Mme H et Mme J ne sont pas fondées à soutenir qu'une haie sera implantée en lieu et place des emplacements de stationnement. Il ressort des pièces du dossier que les quatre places de stationnement projetées sont situées au sud-ouest du projet, et sont accessibles par le portail situé au sud de la parcelle donnant sur la rue aux Barrats. Dans ces conditions, il est constant que les places de stationnements prévues au dossier conformément aux dispositions de l'article UB12 du règlement du plan local d'urbanisme de Saint-Pierre-d'Autils ne sont pas incompatibles avec la configuration de la parcelle et la présence d'une clôture. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

Sur l'application de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme :

27. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé. "

28. Il résulte de ce qui précède que le vice mentionné au point 23 relatif au nombre de tuiles en terre cuite par mètre carré de la toiture n'affecte qu'une partie identifiable du projet et peut, par sa nature, faire l'objet d'une mesure de régularisation.

29. Il résulte de tout ce qui précède que Mme H et Mme J sont seulement fondées à demander l'annulation de l'arrêté du 21 avril 2022 et de la décision du 11 juillet 2022 en tant qu'ils autorisent une toiture en tuile en terre cuite dont le nombre est inférieur à 59 unités par mètre carré.

Sur les frais d'instance :

30. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme H et Mme J qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, les sommes que la commune de la Chapelle-Longueville, et M. et Mme C ainsi que Mme G demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de la commune de la Chapelle-Longueville, de M. et Mme C et Mme G la somme sollicitée par Mme H et Mme J au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

31. Les conclusions présentées par M. et Mme C tendant à la mise à la charge des requérantes des dépens doivent également être rejetées, la présente instance n'ayant entrainé aucun dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention de Mme D divorcée G n'est pas admise.

Article 2 : L'arrêté du 21 avril 2022 du maire de la commune de la Chapelle-Longueville ainsi que la décision de rejet du recours gracieux du 11 juillet 2022 sont annulés en tant qu'ils autorisent une toiture comprenant un nombre de tuiles en terre cuite inférieur à 59 unités par mètre carré.

Article 3 : Les conclusions reconventionnelles aux fins d'indemnisation présentées par M. et Mme C sont rejetées comme présentées devant une juridiction incompétente pour en connaître

Article 4 : Les conclusions indemnitaires présentées par M. et Mme C pour recours abusif sont rejetées.

Article 5 : Les conclusions de la commune de la Chapelle-Longueville et de M. et Mme C présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Les conclusions de M. et Mme C tendant à la mise à la charge des requérantes des entiers dépens sont rejetées.

Article 7 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à Mme F H, représentante unique des requérantes en sa qualité de première dénommée, à M. B C et Mme E C, à la commune de la Chapelle-Longueville et à Mme A G.

Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire d'Evreux, en application de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

M. Bellec, premier conseiller,

et Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.

La rapporteure,

B. Esnol

La présidente,

C. Galle La greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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