jeudi 16 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2203385 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3 ème Chambre |
| Avocat requérant | ACTANCE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 août 2022, M. A B, représenté par le cabinet Brihi Koskas et associés, demande au tribunal :
1) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 21 décembre 2021 par laquelle l'inspecteur du travail a autorisé, à la demande de la société Vallourec Tubes France, son licenciement pour motif économique ainsi que la décision implicite née du silence gardé par le ministre chargé du travail sur le recours hiérarchique qu'il a formé contre cette décision ;
2) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision de l'inspecteur du travail, la décision est insuffisamment motivée ;
S'agissant des moyens communs :
- la société défenderesse ne rapporte pas la preuve, qui lui incombe, d'un motif économique suffisant de nature à justifier le licenciement demandé ;
- l'administration a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation dans le contrôle du motif invoqué par l'employeur ;
- l'administration n'a pas porté un contrôle suffisant sur le respect par l'employeur de l'obligation de reclassement ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2023, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens dirigés contre la décision de l'inspecteur du travail et contre la décision implicite de rejet du recours hiérarchique sont inopérants, ces décisions ayant disparu de l'ordonnancement juridique.
Par des mémoires enregistrés les 10 novembre 2022, 2 octobre 2023 et 17 novembre 2023, la société Vallourec Tubes France, représentée par la SAS Actance, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 500 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Mulot, premier conseiller ;
- les conclusions de Mme Cazcarra, rapporteure publique ;
- les observations de Me Koskas, avocat du requérant ;
- et les observations de Me Duret, avocat de la société Vallourec Tubes France.
Considérant ce qui suit :
1. Il ressort des pièces du dossier que la société Vallourec Tubes France, qui exerce une activité de fabrication de tubes, tuyaux, profilés creux et accessoires correspondants en acier, a conclu le 17 mars 2021 avec les organisations syndicales représentatives de l'entreprise un accord unanime incluant un plan de sauvegarde de l'emploi portant sur 296 suppressions de postes et 7 modifications de contrats de travail. Cet accord, qui a été validé par une décision de l'autorité administrative compétente du 29 avril 2021, a notamment conduit à la fermeture de l'établissement situé à Déville-lès-Rouen et la suppression de la totalité des 190 postes de cet établissement.
2. Par un courrier du 27 octobre 2021, la société Vallourec a demandé à l'inspecteur du travail l'autorisation de licencier pour motif économique l'ensemble des salariés protégés de l'établissement, dont M. B. Par une décision du 21 décembre 2021, cette autorisation a été accordée. Saisi par le salarié d'un recours hiérarchique, le ministre chargé du travail, qui a laissé naitre une décision implicite de rejet le 21 juin 2022 du silence gardé pendant quatre mois sur ce recours, a finalement par une décision du 31 août 2022 retiré sa décision implicite, annulé la décision de l'inspecteur du travail et autorisé le licenciement de M. B.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. Par une requête enregistrée le 28 octobre 2022, M. B a introduit une requête spécifiquement dirigée contre la décision du 31 aout 2022 par laquelle le ministre chargée du travail a annulé la décision de l'inspecteur du travail du 21 décembre 2021 et autorisé, à la demande de la société Vallourec Tubes France, son licenciement. Cette requête a été rejetée par une ordonnance n°2204357 du 4 mai 2023, devenue définitive.
4. En outre, contrairement aux autres salariés protégés faisant l'objet de procédures parallèles, M. B n'a pas présenté dans la présente instance de conclusions à l'encontre de la décision expresse du 31 aout 2022 du ministre chargé du travail. Cette décision est devenue définitive.
5. Dès lors que l'annulation par le ministre du travail de la décision de l'inspecteur du travail ne laisse rien subsister de celle-ci ni de la décision implicite née du silence gardé sur le recours hiérarchique, il n'y a plus lieu pour le tribunal de statuer sur les conclusions du requérant dirigées contre la décision de l'inspecteur du travail et la décision implicite de rejet du recours hiérarchique, qui sont privées d'objet.
Sur les frais d'instance :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par le requérant au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme demandée par la société Vallourec Tubes France au même titre.
D E C I D E :
Article 1er: Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. B.
Article 2 : Les conclusions des parties présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la société Vallourec Tubes France et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Gaillard, présidente,
MM. Bouvet et Mulot, premiers conseillers,
Assistés de M. Tostivint, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.
Le rapporteur,
signé
Robin Mulot
La présidente,
signé
Anne Gaillard
Le greffier,
signé
Henry Tostivint
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Signé
S. Combes
N°2203385
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