jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2203413 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | SEYREK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 août 2022, Mme C B, représentée par Me Seyrek, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 26 juillet 2022 par laquelle la cheffe d'établissement du centre pénitentiaire du Havre a décidé la mise en place, pour une durée de trois mois, d'un parloir avec un dispositif de séparation (hygiaphone) entre elle et son compagnon détenu, ainsi que de la décision du 12 août 2022 rejetant son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure tiré du défaut de procédure contradictoire en méconnaissance de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et de disproportion.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir les moyens de la requête de Mme B ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision 5 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de procédure pénale ;
- le code pénitentiaire ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Esnol,
- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Seyrek, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B dispose d'un permis de visite en détention afin de rendre visite à son compagnon, M. D A, incarcéré au centre pénitentiaire du Havre. Par une décision du 26 juillet 2022, notifiée le 27 juillet 2022, la cheffe de l'établissement du centre pénitentiaire du Havre a décidé la mise en place, pour une durée de trois mois, d'un dispositif de séparation (hygiaphone) pour la réalisation des parloirs entre Mme B et son compagnon détenu. Mme B a présenté un recours gracieux le 2 août 2022 qui a été rejeté par une décision du 12 août 2022. Mme B demande l'annulation de la décision du 26 juillet 2022 ainsi que de la décision de rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article R. 341-13 du code pénitentiaire : " () En outre, le chef de l'établissement pénitentiaire peut décider que les visites ont lieu dans un parloir avec un tel dispositif de séparation dans l'un des cas suivants : / 1° S'il existe des raisons sérieuses de redouter un incident ; / 2° En cas d'incident survenu au cours d'une visite antérieure ; / 3° A la demande du visiteur ou de la personne visitée. "
3. Il résulte de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration que doivent être motivées les décisions administratives individuelles défavorables qui restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police. Aux termes de l'article L. 121-1 du même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. " Aux termes de l'article L. 122-1 de ce code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ".
4. Les dispositions précitées exigent que Mme B ait été mise à même, préalablement à l'édiction de la mesure de police en litige, de présenter ses observations à l'autorité compétente.
5. En l'espèce, il n'est pas contesté que la décision en litige, relative à la tenue des visites rendues par Mme B à son compagnon détenu au sein d'un parloir comportant un dispositif de séparation de type hygiaphone, n'a été précédée d'aucune procédure contradictoire préalable. A cet égard, ne saurait tenir lieu d'une telle procédure la seule mention dans la décision attaquée de ce que la requérante peut présenter ses observations en application de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors que ces observations seraient nécessairement postérieures à la décision attaquée. Il n'est, en outre, pas invoqué en défense une quelconque circonstance justifiant qu'il ait été dérogé à cette obligation, notamment pas une situation d'urgence. La requérante est en conséquence fondée à soutenir que la décision contestée a été prise au terme d'une procédure irrégulière, en méconnaissance des dispositions visées au point 3 du présent jugement. En l'espèce, en étant privée de la possibilité de présenter ses observations sur la mesure envisagée à son encontre, mesure qui faisait suite à sa condamnation pénale du 12 juillet 2022, Mme B a été effectivement privée d'une garantie, si bien que la décision attaquée instaurant un dispositif de séparation au parloir pour ses visites à son compagnon, qui a été prise au terme d'une procédure irrégulière, est entachée d'illégalité.
6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision de la cheffe d'établissement du centre pénitentiaire du Havre du 26 juillet 2022 ainsi que de la décision du 12 août 2022 de rejet de son recours gracieux.
Sur les frais liés au litige :
7. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Seyrek, représentant Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Seyrek de la somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 26 juillet 2022 par laquelle la cheffe d'établissement du centre pénitentiaire du Havre a décidé la mise en place d'un parloir avec un dispositif de séparation (hygiaphone) pour les visites de Mme B à son compagnon, et la décision du 12 août 2022 de rejet du recours gracieux, sont annulées.
Article 2 : L'Etat versera à Me Seyrek la somme de 1 500 euros, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve pour celle-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, au garde des sceaux, ministre de la justice et à Me Seyrek.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Galle, présidente,
M. Bellec, premier conseiller,
Mme Esnol, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
La rapporteure,
B. Esnol
La présidente,
C. Galle La greffière,
A. Hussein
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.ah
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026