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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203493

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203493

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203493
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantBECHE AURELIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 août 2022, le groupement agricole d'exploitation en commun (GAEC) de l'Andelle, représenté par la SELARL Advocare, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 5 avril 2022 par lequel le préfet de la région Normandie a rejeté sa demande d'autorisation d'exploiter les parcelles cadastrées ZA nos 228, 229, 230 et 251 sur le territoire de la commune de Perruel, ensemble la décision du 5 juillet 2022 de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet de la région Normandie de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime et de l'article 3.3 du schéma directeur régional des exploitations agricoles dès lors qu'il n'est pas établi que l'entreprise agricole à responsabilité limitée (EARL) B ne comporte pas de nouvel associé, ni le cas échéant, que celui-ci remplit les conditions pour relever de la priorité 2 du schéma ;

- il est entaché d'illégalité dès lors que, les propriétaires des parcelles en litige ne souhaitant pas concéder de bail à l'EARL B, l'autorisation d'exploiter délivrée à cette dernière a vocation à devenir caduque ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 17 juillet 2023, l'EARL B, représentée par la SELARL Dauge Avocats et associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge du GAEC de l'Andelle au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 janvier 2024, le préfet de la région Normandie conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cotraud, premier conseiller,

- et les conclusions de Mme Delacour, rapporteure publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Le 5 novembre 2021, le GAEC de l'Andelle, qui exploite une activité d'élevage de vaches laitières et de culture céréalière, a déposé une demande d'autorisation d'exploiter, en dernier lieu, les parcelles cadastrées ZA nos 228, 229 et 251, pour une surface totale de 16,8671 hectares, situées sur le territoire de la commune de Perruel. Le 25 janvier 2022, l'EARL B a déposé une demande d'autorisation d'exploiter concurrente. Après avis du 24 mars 2022 de la section spécialisée " structure " de la commission départementale d'orientation de l'agriculture de l'Eure et par l'arrêté attaqué du 5 avril 2022, le préfet de la région Normandie a rejeté la demande d'autorisation d'exploiter du GAEC de l'Andelle. Par courrier du 24 mai 2022, ce dernier a formé un recours gracieux contre cet arrêté, rejeté par une décision du 5 juillet 2022 également attaquée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 331-3 du code rural et de la pêche maritime : " L'autorité administrative () vérifie, compte tenu des motifs de refus prévus à l'article L. 331-3-1, si les conditions de l'opération permettent de délivrer l'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 et se prononce sur la demande d'autorisation par une décision motivée ". Aux termes de l'article R. 331-6 du même code : " () / II.- La décision d'autorisation ou de refus d'autorisation d'exploiter prise par le préfet de région doit être motivée au regard du schéma directeur régional des exploitations agricoles et des motifs de refus énumérés à l'article L. 331-3-1. () "

3. L'arrêté attaqué vise les dispositions dont il fait application, mentionne le rang de priorité respectif des demandes d'autorisation déposées par l'EARL B et par le GAEC de l'Andelle, puis indique le motif de refus de la demande d'autorisation de ce dernier, qui figure au nombre de ceux énumérés à l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué, en méconnaissance des dispositions précitées, doit être écarté.

4. En deuxième lieu et d'une part, aux termes de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime : " I.- L'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 peut être refusée : / 1° Lorsqu'il existe un candidat à la reprise ou un preneur en place répondant à un rang de priorité supérieur au regard du schéma directeur régional des structures agricoles mentionné à l'article L. 312-1 ; () ".

5. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'il est saisi de demandes d'autorisation concurrentes par un preneur en place ou un candidat à la reprise répondant à des rangs de priorité différents au regard des prescriptions du schéma directeur régional, le préfet fait en principe application de l'ordre fixé par le schéma pour rejeter la demande placée à un rang de priorité inférieur. Il peut toutefois délivrer une autorisation concurrente à une demande de rang inférieur si l'intérêt général ou des circonstances particulières, en rapport avec les objectifs du schéma directeur, le justifient.

6. D'autre part, aux termes de l'article 3 du schéma directeur régional des exploitations agricoles de Normandie : " () / 3.3 Priorités () / Ainsi, les priorités sont définies comme suit : () / Priorité 2 : Installations aidées telles que définies à l'article 1 du présent arrêté, y compris progressives, individuellement ou en société avec mise à disposition ou non de terres supplémentaires, dans la limite d'une surface totale de l'exploitation après reprise fixée à 140 hectares, majorée de 70 hectares par associé exploitant à temps plein au-delà du 1er et plafonnée à 350 ha () ". Aux termes de l'article 1 du même schéma : " () / 1.2 Autres définitions () / Installation aidée : installation d'un agriculteur qui s'est engagé dans un parcours à l'installation aidée cofinancée par le FEADER (plan de professionnalisation personnalisé (PPP) agréé) ou financé par la région (inscription au stage 21 h) () ".

7. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour rejeter la demande d'autorisation d'exploiter du GAEC de l'Andelle, le préfet a estimé qu'elle relevait du rang de priorité 5 " Autres installations, agrandissements ou réunions d'exploitations ", alors que celle de l'EARL B correspondait au rang de priorité 2 " installations aidées ".

8. D'une part, il ressort des pièces du dossier, en particulier de la demande d'autorisation d'exploiter de l'EARL B, que cette autorisation est sollicitée en vue de l'installation de M. A B, en remplacement de son père malade, et que celui-là est déclaré comme troisième sociétaire, aux côtés de ses deux parents, déjà sociétaires. Dans ces conditions, la circonstance que les statuts de l'EARL B n'ait pas été modifiés à la date de l'arrêté attaqué, qui n'est pas de nature à remettre en cause le rang de priorité conféré à la demande de l'EARL B, est ainsi sans incidence sur sa légalité.

9. D'autre part, le préfet verse à l'instance l'agrément délivré à M. A B, le 1er avril 2021, pour son plan de professionnalisation personnalisé, condition requise pour qu'une demande d'autorisation puisse relever du rang de priorité 2. En outre, les conditions de surface mentionnées par le GAEC de l'Andelle, qui concernent le rang de priorité 1, ne peuvent être utilement invoquées pour contester le rang de priorité accordé à la demande d'autorisation de l'EARL B. En tout état de cause, après adjonction de la surface supplémentaire pour laquelle l'autorisation d'exploiter lui a été accordée, la surface totale de cette exploitation, portée à 78,401 hectares, demeure inférieure au plafond de 140 hectares fixé pour relever de la priorité 2.

10. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées aux points 4 et 6, en ce que l'EARL B ne remplirait pas les conditions requises pour relever du rang de priorité 2, doit être écarté.

11. En dernier lieu, la législation sur les baux ruraux étant indépendante de la réglementation des structures agricoles, le GAEC de l'Andelle ne peut utilement faire valoir que les propriétaires des parcelles litigieuses n'entendent pas les louer à l'EARL B. Par ailleurs, en dehors de celle-ci, le GAEC de l'Andelle ne fait état d'aucune circonstance particulière en rapport avec les objectifs du schéma directeur justifiant qu'une autorisation concurrente lui soit délivrée, alors que sa demande relevait d'un rang de priorité inférieur. Dans ces conditions, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ne délivrant pas une telle autorisation, au regard des dispositions de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime. Ces deux moyens doivent par suite être écartés.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 5 avril 2022 du préfet de la région Normandie, ensemble la décision du 5 juillet 2022 rejetant le recours gracieux du GAEC de l'Andelle, doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par le GAEC de l'Andelle et non compris dans les dépens. Il y a en revanche lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de ce dernier une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par l'EARL B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du GAEC de l'Andelle est rejetée.

Article 2 : Le GAEC de l'Andelle versera à l'EARL B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au GAEC de l'Andelle, au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire et à l'EARL B.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet de la région Normandie.

Délibéré après l'audience du 19 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Berthet-Fouqué, président,

M. Cotraud, premier conseiller,

Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 21 mai 2024.

Le rapporteur,

Signé :

J. Cotraud

Le président,

Signé :

J. Berthet-FouquéLe greffier,

Signé :

J.-B. Mialon

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

C. HENRY

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