jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2203519 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | JURIADIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 23 août 2022, le 8 février 2023, le 30 août 2023, le 28 février 2024, le 22 mars 2024, le 3 mai 2024, le 27 mai 2024, le 12 août 2024, un mémoire récapitulatif enregistré le 7 juillet 2024, et un mémoire non communiqué du 9 septembre 2024, M. B A demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 18 mai 2022 par lequel le maire de la commune du Neubourg a délivré à la commune du Neubourg un permis d'aménager pour la réalisation d'un parc de stationnement de 30 places situé sur la parcelle D 121 ;
2°) de mettre à la charge de de la commune du Neubourg une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a intérêt pour agir ;
- l'arrêté attaqué méconnait les dispositions de l'article N. 1.1. du règlement du plan local d'urbanisme de la commune du Neubourg ;
- il méconnait les dispositions de l'article N. 2.4. du règlement du plan local d'urbanisme de la commune du Neubourg ;
- il méconnait les dispositions de l'arrêté du préfet de la région Normandie du 12 février 2021 ;
- il n'est pas conforme à l'avis de l'architecte des bâtiments de France ;
- il méconnait l'obligation de replantation complète des arbres de l'allée ;
- il méconnait les dispositions de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme.
Par des mémoire en défense, enregistrés le 4 juillet 2023, le 1er mars 2024, le 22 mars 2024, le 9 avril 2024, le 13 mai 2024 et le 13 août 2024, et un mémoire non communiqué du 6 septembre 2024, la commune du Neubourg, représentée par Me Gorand, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que le tribunal prononce un sursis à statuer ou une annulation partielle en application des articles L. 600-5-1 et L. 600-5 du code de l'urbanisme, et à ce que soit mise à la charge de M. A une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient à titre principal que la requête est irrecevable dès lors que :
- M. A n'a pas intérêt pour agir ;
- le recours gracieux n'a pas été notifié au pétitionnaire en méconnaissance de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme.
Elle soutient à titre subsidiaire que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un courrier du 20 juin 2024, le tribunal a sollicité la production d'un mémoire récapitulatif en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative qui a été produit le 7 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Esnol, conseillère,
- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique,
- les observations de M. A,
- les observations de Me Vincent, substituant Me Gorand, représentant la commune du Neubourg.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 18 mai 2022, la maire de la commune du Neubourg a délivré à la commune un permis d'aménager pour la réalisation d'un parc de stationnement de 30 places sur la parcelle D121 à l'extrémité est de l'allée du champ de Bataille, sur la parcelle cadastrée D 121. M. B A, voisin du projet, a présenté un recours gracieux le 13 juillet 2022, qui a été rejeté le 25 juillet 2022 par la maire de la commune. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 18 mai 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
4. Pour justifier de son intérêt pour agir, M. A fait valoir que sa résidence principale se situe à moins de cinquante mètres du terrain d'assiette du parc de stationnement litigieux si bien qu'il doit être regardé comme un voisin immédiat du projet, que le projet sera visible depuis la partie nord de son terrain, les haies ne masquant que partiellement la vue, que le projet n'est pas d'une ampleur limitée notamment compte tenu du calme des lieux avoisinants, que les nuisances sonores liées à la rotation des véhicules et la pollution générée par les gaz d'échappement de ceux-ci sont susceptibles d'affecter les conditions d'occupation et de jouissance de son bien et enfin que le projet conduira à une baisse de la valeur vénale de sa maison.
5. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que si l'extrémité nord-ouest de la parcelle dont M. A est propriétaire se situe à environ cinquante mètres de la limite sud-ouest de la parcelle d'assiette du projet, le projet sera implanté à quatre-vingt mètres de la maison de M. A. L'intéressé ne peut donc être regardé comme un voisin immédiat du projet. En outre, si M. A soutient que la haie bordant son terrain n'est ni marcescente, ni persistante, il ressort des pièces du dossier que l'habitation de M. A est bordée d'une haie d'aubépine et de charmilles et de plusieurs arbres et le projet prévoit une haie de charmilles et un talus entourant la place de parking si bien que, compte tenu de ce double écran végétal, il n'existera pas de vue directe sur la parcelle d'assiette du projet et les places de stationnement depuis l'habitation du requérant, y compris en hiver. Par ailleurs, les nuisances sonores invoquées par M. A relatives notamment aux bruits des moteurs et des portes des voitures ne sont pas de nature, compte tenu de l'éloignement de sa maison d'habitation, à troubler ses conditions d'occupation et d'utilisation de son bien. Enfin, si M. A se prévaut de la baisse de la valeur vénale de sa maison d'habitation et verse deux estimations de son bien réalisés par le même agent immobilier en mars 2021 et mars 2024 faisant état d'une estimation entre 400 000 et 420 000 euros en 2021, et entre 390 000 et 400 000 euros en 2024, d'une part, cette perte présente, compte tenu du caractère général des estimations produites, un caractère purement hypothétique et d'autre part, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier qu'une telle baisse, à la supposer établie, serait en lien avec la construction du parc de stationnement litigieux.
6. Dans ces conditions au regard des caractéristiques modestes du projet en litige, consistant en la création d'un parking de trente places, à la configuration des lieux et à la distance séparant le projet de la maison d'habitation de M. A, il n'est pas établi que le projet est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance de son bien par M. A. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune du Neubourg tirée du défaut d'intérêt à agir de M. A pour demander l'annulation de l'arrêté du 18 mai 2022 doit être accueillie.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 18 mai 2022 du maire de la commune du Neubourg doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune du Neubourg, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme sollicitée par la commune du Neubourg sur le fondement de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune du Neubourg présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune du Neubourg.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Galle, présidente,
M. Bellec, premier conseiller,
et Mme Esnol, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
La rapporteure,
B. Esnol
La présidente,
C. Galle La greffière,
A. Hussein
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
ah
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