jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2203557 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP THEMIS AVOCATS & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Ciaudo, associé de l'AARPI, Thémis, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur du centre pénitentiaire du Havre a rejeté sa demande tendant à ce que soit respectée la règle de l'enfermement nocturne maximum de douze heures ;
2°) d'enjoindre au directeur du centre pénitentiaire du Havre de respecter la règle de l'enfermement nocturne maximum de douze heures, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, cette condamnation valant renonciation par son conseil au versement de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que la règle limitant l'enfermement nocturne à 12 heures prévue par les dispositions de l'article R. 213-5 du code pénitentiaire et par le règlement intérieur du centre pénitentiaire du Havre est, en pratique, méconnue.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir le moyen de la requête de M. B n'est pas fondé.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénitentiaire ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Esnol,
- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique.
Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, incarcéré depuis le 14 décembre 2019, a été écroué au centre pénitentiaire du Havre du 3 août 2021 au 17 mars 2023. Le 26 avril 2022, il a saisi le directeur de l'établissement d'une demande tendant à ce que soit respecté le règlement intérieur de l'établissement en tant qu'il prévoit que l'enfermement nocturne ne peut excéder 12 heures. Cette demande a fait l'objet d'un rejet implicite, dont il demande l'annulation.
2. Aux termes de l'article R. 112-23 du code pénitentiaire : " Chaque chef d'établissement pénitentiaire adapte le règlement intérieur type applicable à la catégorie dont relève l'établissement qu'il dirige en prenant en compte les modalités spécifiques de fonctionnement de ce dernier. Il recueille l'avis des personnels. / Le règlement intérieur de chaque établissement, ainsi que ses modifications le cas échéant, sont transmis pour approbation au directeur interrégional des services pénitentiaires. Il est adressé pour information au juge de l'application des peines, au président du tribunal judiciaire et au procureur de la République " Et aux termes de l'article R. 213-5 du code pénitentiaire : " Pendant la journée, les personnes détenues peuvent être réunies pour le travail, les activités physiques et sportives, l'enseignement, la formation professionnelle ou les activités religieuses, culturelles ou de loisirs. / La durée pendant laquelle la personne détenue est enfermée en cellule la nuit ne peut excéder douze heures. "
3. D'une part, les personnes détenues sont enfermées dans leur cellule la nuit pendant une durée qui ne peut excéder douze heures et, d'autre part, les personnes détenues dans les centres de détention sont également enfermées dans leur cellule le jour sauf à bénéficier d'un régime de détention prévoyant l'ouverture des portes pendant une partie de la journée. Le jour, lorsque les portes de leurs cellules ne sont pas ouvertes, elles ont néanmoins la possibilité de se déplacer accompagnées par le personnel pénitentiaire et de participer à un certain nombre d'activités.
4. Il ressort des pièces du dossier et notamment du règlement intérieur du centre pénitentiaire du Havre, dans sa version mise à jour le 1er décembre 2021, qu'en régime commun, auquel M. B est soumis, " les détenus sont libres d'aller et venir au sein de leur unité de 7h15 à 11h45 et de 13h15 à 18h00 " et que l'article 4 de ce règlement prévoit que : " la durée pendant laquelle la personne détenue est enfermée en cellule la nuit ne peut excéder douze heures ". Il s'ensuit que seule la période comprise en 19h et 7h du matin correspond à l'enfermement nocturne, tandis que la période comprise entre 7h et 7h15 et 18h à 19h correspond à un enfermement diurne défini selon le régime de détention. Dans ces conditions, les horaires mentionnés par le règlement intérieur respectent la durée d'enfermement nocturne de 12 heures prévue à l'article R. 213-5 du code pénitentiaire.
5. Si M. B soutient être enfermé le soir dans sa cellule de 17h45 jusqu'à 9h le lendemain matin en violation des horaires prévus au règlement intérieur, et en violation de la règle maximale de 12 heures d'enfermement nocturne prévue à l'article R. 213-5 du code pénitentiaire, le requérant ne fournit aucune précision à l'appui de ce moyen et ne produit aucun document de nature à démontrer que l'ouverture des cellules des détenus soumis au régime commun se déroulerait à 9h00 au lieu de 7h00. Par suite, il n'est pas établi que les horaires prévus au règlement intérieur du centre pénitentiaire du Havre ne seraient pas respectés, et le directeur du centre pénitentiaire pouvait donc légalement, par la décision attaquée, rejeter la demande présentée par M. B tendant à ce que les dispositions prévues au règlement intérieur de l'établissement prévoyant un enfermement nocturne inférieur à 12 heures soient respectées.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de la décision par laquelle le directeur du centre pénitentiaire du Havre a rejeté sa demande du 26 avril 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Ciaudo, et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Galle, présidente,
M. Bellec, premier conseiller,
Mme Esnol, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
La rapporteure,
B. Esnol
La présidente,
C. Galle La greffière,
A. Hussein
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2203557ah
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026