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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203687

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203687

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203687
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantEDEN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 septembre 2022, Mme B C, représentée par la SELARL Eden Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er avril 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour valable un an portant la mention " étudiant ", subsidiairement la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de dix jours à compter du jugement à intervenir, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros HT à verser à la SELARL Eden Avocats au titre de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, valant renonciation de l'avocat à la part contributive de l'Etat, à titre subsidiaire la somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de L'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient que :

- l'arrêté du 1e avril 2022 :

o est insuffisamment motivé ;

- la décision portant refus de séjour :

o est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

o méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice par le préfet de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;

-la décision portant obligation de quitter le territoire français :

o est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

o est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

o méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice par le préfet de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;

-la décision fixant le pays de renvoi :

o est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

o est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice par le préfet de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Par la décision du 19 août 2022, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Leprince, représentant Mme C.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante marocaine née le 10 juin 2000, est entrée en France le 24 octobre 2020 munie d'un visa long séjour valable du 13 octobre 2020 au 13 octobre 2021. Le 29 août 2021, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour étudiant sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 1er avril 2022, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué vise, notamment, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il a été fait application à Mme C. Elle mentionne également les considérations de fait, propres à cette dernière, qui constituent le fondement des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté doit être écarté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et des termes mêmes de l'arrêté attaqué, qui mentionne, notamment, la situation administrative et personnelle de Mme C, que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de sa situation. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement ses études. Le renouvellement de ce titre de séjour est ainsi subordonné à la réalité des études et à la progression du bénéficiaire dans celles-ci.

5. Mme C, arrivée en France en octobre 2020, était inscrite en première année de Bachelor à l'IES Normandie pour l'année scolaire 2020/2021, qu'elle n'a pas validée avec une moyenne annuelle de 9,8. Par ailleurs, les bulletins correspondants révèlent un total de 52 heures d'absences injustifiées. Si l'intéressée fait valoir son inscription pour les années scolaires 2021/2022 et 2022/2023 à la formation BTS gestion de la PME auprès de l'organisme Comptalia et affirme que les examens sont organisés en présentiel, l'attestation de l'organisme de formation établie le 24 novembre 2021 indique qu'il s'agit d'une formation dispensée exclusivement à distance. Par ailleurs, la circonstance qu'elle travaille à temps partiel en tant qu'auxiliaire de vie est sans incidence sur le caractère réel et sérieux de ses études. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant au requérant de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " étudiant " au motif qu'elle ne justifiait pas du caractère réel et sérieux de ses études.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

7. Le préfet de la Seine-Maritime a examiné d'office si la situation de l'intéressée lui ouvrait droit au bénéfice d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions. Mme C est entrée en France en octobre 2020 en vue d'y réaliser ses études sans toutefois justifier de leur caractère réel et sérieux. En outre, la circonstance qu'elle a travaillé à temps partiel en tant qu'agent à domicile d'août 2021 à mars 2022 auprès de l'UNA solidarité normande puis en qualité d'auxiliaire de vie de mai à juin 2022 au sein de la résidence services sénior Flaubert Les essentielles ne permet pas de caractériser une forte intégration dans la société française. Célibataire et sans enfant à charge, la requérante ne justifie pas avoir noué des liens d'une intensité particulière en France ni ne démontre être dans l'impossibilité de poursuivre ses études supérieures au Maroc où elle a vécu au moins jusqu'à l'âge de vingt ans. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu'elle serait dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine. Enfin, la circonstance que sa sœur est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle mention " étudiant " valable jusqu'au 18 octobre 2022 ne peut suffire à établir qu'elle aurait transféré en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Ainsi, Mme C n'est pas fondée à soutenir qu'en adoptant la décision attaquée, le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle de Mme C ne peut qu'être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, la décision portant refus de séjour n'étant pas illégale, la requérante n'est pas fondée à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

9. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et des termes mêmes de l'arrêté attaqué, qui mentionne, notamment, la situation administrative et personnelle de Mme C, que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

11. En premier lieu, la décision portant refus de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, la requérante n'est pas fondée à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

12. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'exercice par le préfet de son pouvoir discrétionnaire de régularisation doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme C aux fins d'annulation des décisions attaquées doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions tendant à l'application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à la SELARL Eden Avocats et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Favre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.

La rapporteure,

L. A

La présidente,

C. BOYER Le greffier,

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

CH

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