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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203695

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203695

jeudi 30 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203695
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantMASSARDIER JULIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Massardier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 septembre 2022 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a rejeté son recours administratif préalable obligatoire contre les décisions du président de la commission de discipline de la maison d'arrêt de Rouen du 24 août 2022 prononçant à son encontre une sanction disciplinaire de cinq jours de confinement en cellule assortis d'un sursis total durant quatre mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, cette condamnation valant renonciation par son conseil au versement de la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, ou à défaut, de lui verser cette somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que le compte-rendu d'incident ne mentionne pas le nom de l'agent rédacteur si bien qu'il ne peut pas être vérifié que l'agent était bien un agent de l'administration pénitentiaire au sens de l'article 11 de la loi du 24 novembre 2009, qu'il a bien été témoin des faits, qu'il n'a pas siégé dans la commission de discipline ni qu'il a prêté serment ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que la fouille au cours de laquelle les produits stupéfiants ont été détectés n'a pas été autorisée par une décision du chef d'établissement de sorte que cette fouille est irrégulière ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur dans la matérialité des faits dès lors qu'il n'est pas établi que la substance saisie était un produit stupéfiant ;

- la décision attaquée est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir les moyens de la requête de M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code pénitentiaire ;

- le code de justice administrative ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Galle,

- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, incarcéré depuis le 23 septembre 2019, a été incarcéré au centre pénitentiaire du Havre du 1er mars 2022 au 17 mai 2023. Par une décision du 24 août 2022 du président de la commission de discipline de cet établissement, M. A a fait l'objet d'une sanction de cinq jours de confinement en cellule, assortie d'un sursis total. M. A a formé un recours préalable obligatoire contre cette décision devant la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes qui, par une décision du 6 septembre 2022, a confirmé la sanction prononcée. M. A demande l'annulation de la décision du 6 septembre 2022.

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 234-12 du code pénitentiaire : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline. "

3. M. A soutient que, conformément à ce que prévoit notamment la circulaire du 9 juin 2011 relative au régime disciplinaire des détenus, le compte-rendu de l'incident doit préciser, en principe, le nom et le prénom de l'agent des services pénitentiaires qui l'a rédigé, ce qui n'a pas été le cas en l'espèce. Toutefois, la circonstance que le compte-rendu ayant donné lieu à l'édiction de la sanction contestée ne comporte pas ces mentions est par elle-même, sans incidence sur la régularité de la procédure suivie. En outre, il ressort des pièces du dossier que le compte-rendu d'incident du 14 avril 2022 a été rédigé par un surveillant dont le matricule est 00132242 et dont le nom a partiellement été anonymisé, mais dont les initiales sont DL, alors que le surveillant qui a siégé à la commission de discipline porte un nom partiellement anonymisé dont les initiales sont GE qui ne correspondent pas aux initiales de l'agent auteur du compte rendu d'incident. Ces seules mentions, en l'absence de contradiction sérieuse, sont par ailleurs suffisantes pour établir la qualité d'agent de l'administration pénitentiaire du signataire du compte-rendu incident, qui est réputé avoir prêté serment. Par suite, les moyens tirés du vice de procédure dès lors que le nom du rédacteur du compte-rendu d'incident du 14 avril 2022 n'étant pas mentionné, il n'est pas possible de s'assurer de la régularité de la procédure, doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, en vertu des dispositions de l'article 57 de la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009, codifiées aux articles L. 225-1 et suivants du code pénitentiaire à compter du 1er mai 2022 : " Hors les cas où les personnes détenues accèdent à l'établissement sans être restées sous la surveillance constante de l'administration pénitentiaire ou des forces de police ou de gendarmerie, les fouilles intégrales des personnes détenues doivent être justifiées par la présomption d'une infraction ou par les risques que leur comportement fait courir à la sécurité des personnes et au maintien du bon ordre dans l'établissement. Leur nature et leur fréquence sont strictement adaptées à ces nécessités et à la personnalité des personnes détenues. () / Les fouilles intégrales ne sont possibles que si les fouilles par palpation ou l'utilisation des moyens de détection électronique sont insuffisantes. / () ". Et en application des dispositions des articles R. 57-7-79 et R. 57-7-80 du code de procédure pénale, désormais codifiées aux articles R. 225-1 et suivants du code pénitentiaire : " Les mesures de fouilles des personnes détenues, intégrales ou par palpation, sont mises en œuvre sur décision du chef d'établissement pour prévenir les risques mentionnés au premier alinéa de l'article 57 de la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009. Leur nature et leur fréquence sont décidées au vu de la personnalité des personnes intéressées, des circonstances de la vie en détention et de la spécificité de l'établissement. () "

5. La validité de la fouille n'est pas une condition de la régularité de la procédure disciplinaire. Dès lors, le moyen tiré de l'irrégularité de celle dont M. A a fait l'objet le 14 avril 2022 ne peut être utilement soulevé pour contester la légalité de la sanction qui lui a été infligée.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R.57-7-1 du code de procédure pénale, devenu l'article R.232-4 du code pénitentiaire, applicable au litige : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : () 11° D'introduire ou tenter d'introduire au sein de l'établissement des produits stupéfiants, ou sans autorisation médicale, des produits de substitution aux stupéfiants ou des substances psychotropes, de les fabriquer, de les détenir ou d'en faire l'échange contre tout bien, produit ou service () ". Aux termes de l'article R.57-7-33 du code de procédure pénale devenu l'article R 233-1 du même code, applicable au litige : " Peuvent être prononcées à l'encontre des personnes détenues majeures les sanctions disciplinaires suivantes : () 7° Le confinement en cellule individuelle ordinaire assorti, le cas échéant, de la privation de tout appareil acheté ou loué par l'intermédiaire de l'administration pendant la durée de l'exécution de la sanction ; (). ". Aux termes de l'article R.57-7-41 du code de procédure pénale, devenu l'article R.235-5 du code pénitentiaire : " La durée du confinement en cellule ne peut excéder vingt jours pour une faute du premier degré, quatorze jours pour une faute du deuxième degré et sept jours pour une faute du troisième degré. () "

7. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un détenu ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, le 14 avril 2022, lors de la fouille de cellule de M. A, les surveillants ont trouvé plusieurs morceaux de substance brunâtre, dont M. A a reconnu qu'ils lui appartenaient. Au cours de la commission de discipline, l'intéressé a reconnu qu'il s'agissait de produits stupéfiants. Par suite, la matérialité des faits est suffisamment établie par les pièces du dossier, alors même que les produits trouvés n'auraient pas fait l'objet d'analyses. Les faits en cause justifiaient l'édiction d'une sanction disciplinaire.

9. D'autre part, eu égard à la nature et à la gravité des faits commis par M. A, la sanction de confinement en cellule individuelle pendant cinq jours intégralement assortie du sursis actif pendant quatre mois, qui correspond d'ailleurs à la nature de sanction réclamée par l'avocat du requérant durant la commission de discipline, et qui a été confirmée par la directrice interrégionale des services pénitentiaires, était proportionnée à la gravité des fautes commises, ainsi qu'à la situation personnelle de M. A, telle qu'exposée durant la commission.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 6 septembre 2022 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a confirmé la décision du président de la commission de discipline du centre pénitentiaire du Havre du 24 août 2022 sanctionnant M. A d'une mesure de confinement en cellule individuelle de cinq jours intégralement assortie d'un sursis.

11. Ses conclusions à fin d'annulation doivent par suite être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et celles présentés au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, l'instance n'ayant pas entrainé de dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Massardier et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2025 à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

M. Bellec, premier conseiller,

Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2025.

La présidente-rapporteure,

signé

C. Galle

L'assesseur le plus ancien

signé

C. Bellec La greffière,

signé

A. Hussein

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.ah

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