mercredi 9 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2203799 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | LECLERCQ AVOCATS ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire en réplique et un mémoire en production de pièces enregistrés le 16 septembre 2022, le 23 mai 2024 et le 4 septembre 2024, M. A B, représenté par l'AARPI Leclercq et Tarteret Avocats Associés, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 26 juillet 2022 par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé sa mise à la retraite pour invalidité non imputable au service à compter du 5 décembre 2021 ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de le réintégrer à compter du 5 décembre 2021 et de procéder à la reconstitution de sa carrière, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- il a intérêt pour agir contre la décision attaquée dès lors que sa demande de mise à la retraite était fondée sur une invalidité imputable au service ;
- la décision a été adoptée à la suite d'une procédure irrégulière dès lors que la commission de réforme qui s'est tenue le 18 janvier 2022 était irrégulièrement composée en raison de l'absence d'un médecin spécialiste des affections mentales ;
- le secrétariat de la commission de réforme ne l'a pas informé de son droit à consulter son dossier, de la possibilité de se faire entendre par un médecin de son choix et de se faire représenter, en méconnaissance des dispositions de l'article 19 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- la décision procède d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il a fait l'objet d'un harcèlement à compter de l'année 2016 qui a conduit à son état dépressif, lequel est ainsi imputable au service ;
- la décision présente un caractère rétroactif.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Deflinne, premier conseiller,
- et les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, gardien de la paix affecté à la compagnie républicaine de sécurité (CRS) 32 du Havre, placé en position de congé de maladie ordinaire depuis le 31 août 2016, avait été déclaré apte à la reprise de son service à l'issue d'une visite médicale statutaire. L'agent, qui s'était présenté le 14 novembre 2016, date prévue de la reprise, ne s'y est pas présenté à compter du lendemain, 15 novembre 2016. Par décision du 12 décembre 2016 le préfet de zone de défense et de sécurité Ouest a interrompu le versement du traitement de l'intéressé à compter du 5 décembre 2016. Cette décision a été annulée par le jugement n° 1700187 du 2 mai 2019 devenu définitif. Par le même jugement, le tribunal a regardé la décision d'affecter M. B au foyer-bar de l'unité puis, à compter du 24 mai 2016, au garage automobile avant de lui demander de faire du jardinage, couler du ciment et d'autres travaux manuels sans lien avec son statut et ses prérogatives de policier, y compris lors de la reprise de service envisagée en novembre 2016, comme constitutive de harcèlement moral et a condamné l'État à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation de ses préjudices. Parallèlement à cette procédure juridictionnelle, M. B a été placé en congé de longue maladie du 6 juin 2018 au 4 juin 2021, puis en disponibilité d'office pour raisons de santé du 5 juin 2021 au 4 décembre 2021. Le 6 juin 2018, il a sollicité la reconnaissance de l'imputabilité au service de son congé de longue maladie. Lors de sa séance du 3 décembre 2019, la commission de réforme a émis un avis défavorable sur cette demande et, par décision du 16 décembre 2019, notifiée le 17 janvier 2020, le préfet de la zone de défense et de sécurité Ouest a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie de M. B. Le 28 avril 2021, un psychiatre agréé a estimé que l'état clinique de l'intéressé ne lui permettait pas de reprendre ses fonctions au terme de son congé de longue maladie et que, compte tenu de sa pathologie, une mise à la retraite pour invalidité devait être proposée. Le 11 mai 2021, le comité médical interdépartemental de la police nationale a estimé que M. B était totalement et définitivement inapte à ses fonctions et à toutes fonctions. Le 18 janvier 2022, la commission de réforme a émis un avis favorable à l'admission à la retraite de l'agent pour invalidité non imputable au service. Le 29 juin 2022, le service des retraites de l'État a émis un avis conforme sur la demande de M. B et, par arrêté du 26 juillet 2022, dont il est demandé l'annulation, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé son admission à la retraite pour invalidité non imputable au service à compter du 5 décembre 2021 et l'a radié des cadres à cette même date.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.
3. D'une part, il a été dit pour droit par jugement du 2 mai 2019 que M. B, qui ne présentait pas d'état anxio-dépressif antérieur à l'année 2016, a subi des faits de harcèlement moral en raison de la décision de l'affecter au foyer-bar de l'unité puis, à compter du 24 mai 2016, au garage automobile avant de lui demander de faire du jardinage, couler du ciment et d'autres travaux manuels sans lien avec son statut et ses prérogatives de policier, y compris lors de la reprise de service envisagée en novembre 2016. Le requérant, régulièrement arrêté au cours de la période comprise entre 2016 et la date de son congé de longue maladie le 6 juin 2018, a ainsi vu sa manière de servir contestée et a connu une situation professionnelle très tendue, laquelle a pu, dans les circonstances de l'espèce, être à l'origine de la pathologie anxio-dépressive dont il n'est pas contesté qu'il est atteint. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'expertise du médecin psychiatre du 29 avril 2021 que l'état de santé de l'intéressé, qui a débuté à la suite de la situation de souffrance au travail apparue durant l'année 2016, l'empêche de faire face aux contraintes de son emploi depuis le 6 juin 2018. Le même médecin indique, par ailleurs, dans son rapport complémentaire du 19 mai 2021, que l'imputabilité de la maladie au service peut être notée de sorte qu'il ne peut sérieusement être relevé, comme l'indique le ministre en défense, que ce praticien se serait borné à rapporter les doléances du requérant sans émettre un avis sur l'origine de sa pathologie. Par suite, il ressort de ces différents éléments que la pathologie dont est atteint M. B doit être regardée comme présentant un lien direct avec les conditions de son travail.
4. L'administration ne fait valoir aucun élément ou comportement imputable à M. B qui pourrait être regardé comme la cause déterminante de la dégradation des conditions d'exercice professionnel de l'intéressé et susceptible de constituer un fait personnel de nature à détacher la survenance de la maladie du service. Par suite, M. B est fondé à soutenir que son état de santé, qui justifie sa mise à la retraite, est imputable au service.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 juillet 2022 du ministre de l'intérieur et des outre-mer prononçant sa mise à la retraite pour invalidité en tant qu'il refuse de reconnaître son imputabilité au service à compter du 5 décembre 2021.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. "
7. Dans la mesure où il est constant que M. B est inapte de façon définitive à l'exercice de toute fonction, l'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint à l'État de procéder au réexamen de sa situation administrative en reconnaissant le caractère imputable au service de sa mise à la retraite.
Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté en date du 26 juillet 2022 par lequel le ministre de l'intérieur a prononcé la mise à la retraite de M. B pour invalidité non imputable au service à compter du 5 décembre 2021 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de la situation administrative de M. B en tenant compte du caractère imputable au service de sa mise à la retraite pour inaptitude.
Article 3 : L'État versera une somme de 1 500 euros à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
M. Deflinne, premier conseiller,
Mme Ameline, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024
Le rapporteur,
signé
T. DEFLINNE
Le président,
signé
P MINNE
Le greffier,
signé
N. BOULAY
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N. BOULAY
N°2203799
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026