Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203848

mercredi 28 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203848
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 septembre 2022, M. A, représenté par Me Seyrek, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 septembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prononcé à son encontre une interdiction de retour vers le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'annuler l'arrêté du même jour portant assignation à résidence ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil, Me Seyrek, en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- L'interdiction de retour est entachée d'un défaut de base légale, dès lors qu'il ne s'est pas vu notifier d'arrêté portant obligation de quitter le territoire français ;

- L'arrêté est entaché d'incompétence ;

- L'arrêté est insuffisamment motivé ;

- L'arrêté a été pris en méconnaissance des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, compte tenu des risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine en raison de son orientation sexuelle, alors qu'il a sollicité la réouverture de l'examen de sa demande d'asile et qu'il dispose de liens sur le territoire français ;

- La mesure d'assignation à résidence est entachée d'incompétence ;

- Elle est insuffisamment motivée ;

- Elle est illégale par exception d'illégalité de l'interdiction de retour ;

- Elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet s'est cru en situation de compétence liée ;

- Elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2022, le préfet de la

Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme D comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 26 septembre 2022, après la présentation du rapport de Mme Bailly, vice-présidente, ont été entendues :

- les observations de Me Seyrek, pour M. A qui reprend les conclusions et moyens de la requête.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. E A, ressortissant sénégalais entré en France selon ses dires en février 2022 a été interpellé lors d'un contrôle d'identité le 21 septembre 2022. Après avoir constaté qu'il n'avait pas déféré à l'obligation de quitter le territoire français notifiée par le préfet de la Sarthe le 18 août 2022, le préfet de la Seine-Maritime a pris à l'encontre de M. A une décision d'interdiction de retour pour une durée d'un an et une mesure d'assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours par deux arrêtés du 21 septembre 2022, contestés par le requérant par la présente requête.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Eu égard aux délais dans lesquels le magistrat désigné doit se prononcer, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement M. A à l'aide juridictionnelle.

Sur la décision portant interdiction de retour :

3. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Sarthe a, par arrêté du 16 août 2022, obligé M. A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, après avoir considéré que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides avait clôturé la demande d'asile de l'intéressé par décision du 28 avril 2022 et que celui-ci n'avait pas sollicité son admission au séjour à un autre titre. Cet arrêté a été présenté le 18 août 2022 au dernier domicile connu de M. A, qui ne fait pas valoir qu'il avait informé les services préfectoraux de son changement d'adresse, alors au surplus que l'accusé réception du courrier est revenu à la préfecture avec la mention " avisé et non réclamé " et non " NPAI ". L'arrêté portant obligation de quitter le territoire français doit ainsi être regardé comme régulièrement notifié. M. A, qui s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français malgré cette décision l'obligeant à quitter le territoire français, devenue définitive, faute d'avoir été contestée, entrait, par suite, dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. A n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que l'arrêté portant interdiction de retour serait entaché d'un défaut de base légale, faute d'obligation de quitter le territoire français qui lui serait opposable.

5. Par un arrêté du 29 août 2022, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à Mme C F, cheffe du bureau de l'éloignement, et en cas d'empêchement ou d'absence de celle-ci, à son adjointe, Mme B H, à l'effet de signer notamment les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme F n'aurait pas été absente ou empêchée lorsque Mme H a pris les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

6. L'arrêté portant interdiction de retour vise les textes applicables ainsi que la décision portant obligation de quitter le territoire français notifiée le 18 août 2022 et reprend les éléments de fait relatifs à la situation personnelle de M. A, examinée par le préfet avant de prendre la décision en litige. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, qui manque en fait, doit, par suite être écarté.

7. Au regard de la durée et des conditions du séjour en France de M. A, entré en France en février 2022 et y séjournant irrégulièrement et alors même qu'il aurait des membres de sa famille sur le territoire français, la décision portant interdiction de retour pour une durée d'une année ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

8. Enfin si M. A soutient que la décision a également été prise en violation de l'article 3 de la même convention, en raison des risques qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine, un tel moyen est inopérant à l'encontre de la décision en litige, qui ne fixe pas le pays à destination duquel la mesure d'éloignement dont il fait l'objet pourra être exécutée mais se borne à lui interdire le retour sur le territoire français pour une durée d'un an à compter de l'exécution de la mesure d'éloignement. Par ailleurs, si le requérant fait valoir qu'il a sollicité la réouverture de sa demande d'asile, cette circonstance, qui est de nature à faire obstacle à l'exécution de la procédure d'éloignement tant que l'OFPRA ne se sera pas prononcé en procédure accélérée sur sa demande d'asile est toutefois sans incidence sur la légalité des mesures en litige.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision du préfet de la Seine-Maritime du 21 septembre 2022 portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an doivent être rejetées.

Sur la mesure d'assignation à résidence :

10. Par un arrêté du 29 août 2022, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à Mme C F, cheffe du bureau de l'éloignement, et en cas d'empêchement ou d'absence de celle-ci, à son adjointe, Mme B H, à l'effet de signer notamment les décisions d'assignation à résidence. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme F n'aurait pas été absente ou empêchée lorsque Mme H a pris les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

11. L'arrêté portant assignation à résidence vise les textes applicables ainsi que les considérations de fait sur lesquelles elle se fonde. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, qui manque en fait, doit, par suite être écarté.

12. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; ".

13. M. A entrait bien dans le champ d'application de ces dispositions. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier ni des termes de l'arrêté en litige que le préfet se serait cru en situation de compétence liée. Le préfet a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation ni méconnaître les dispositions précitées assigner M. A à résidence en vue d'exécuter l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet.

14. La mesure d'assignation à résidence n'a pas été prise en application de la mesure d'interdiction de retour, qui ne constitue pas non plus la base légale de l'assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la mesure d'interdiction de retour soulevé à l'encontre de la mesure d'assignation à résidence ne peut qu'être écarté comme étant inopérant.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la mesure d'assignation à résidence doivent également être rejetées.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des deux arrêtés du 21 septembre 2022 du préfet de la Seine-Maritime lui interdisant le retour sur le territoire français pour un an et portant assignation à résidence. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2022.

La magistrate désignée,

Signé :

P. D

La greffière,

Signé :

M. G

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.