Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203921

mercredi 5 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203921
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 septembre 2022, M. B C, représenté par Me Seyrek, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'annuler l'arrêté du même jour portant assignation à résidence ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil, Me Seyrek, en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. C soutient que :

L'interdiction de retour sur le territoire français :

- a été adoptée par une autorité dont la compétence n'est pas justifiée ;

- est entachée d'un défaut de base légale, dès lors qu'il ne s'est pas vu notifier d'arrêté portant obligation de quitter le territoire français ;

- est insuffisamment motivée ;

- a été adoptée en méconnaissance des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, alors, notamment, qu'il est inséré sur le territoire français ;

L'assignation à résidence :

- est illégale pour être fondée sur une interdiction de retour sur le territoire français elle-même illégale ;

- a été adoptée par une autorité dont la compétence n'est pas justifiée ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet s'est cru en situation de compétence liée ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. E comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 3 octobre 2022, ont été entendus :

- le rapport de M. Bouvet, magistrat désigné ;

- les observations de M. C assisté de M. F, interprète en malinké, officiant par téléphone.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant guinéen né le 10 mai 2002 déclare être entré en France irrégulièrement en 2018. Le 27 septembre 2022, il a été interpellé par les services de police dans le cadre d'un contrôle d'identité et placé en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour. Après avoir constaté qu'il ne s'était pas conformé à une obligation de quitter le territoire français notifiée le 28 avril 2022, le préfet de la Seine-Maritime a pris à l'encontre de M. C une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et une mesure d'assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours par deux arrêtés du 27 septembre 2022. Par la présente instance, M. C demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Eu égard aux délais dans lesquels le magistrat désigné doit se prononcer, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement M. C à l'aide juridictionnelle.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

3. En premier lieu, par arrêté du 29 août 2022, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à Mme D G, cheffe du bureau de l'éloignement, et en cas d'empêchement ou d'absence de celle-ci, à son adjointe, Mme A I, à l'effet de signer, notamment, les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme G n'aurait pas été absente ou empêchée lorsque Mme I a pris les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français cite notamment l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et vise la décision portant obligation de quitter le territoire français du 11 avril 2022, notifiée le 28 avril 2022. L'arrêté reprend les éléments de fait relatifs à la situation personnelle de M. C, examinée par le préfet avant de prendre la décision en litige. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, qui manque en fait, doit, dès lors, être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime a, par arrêté du 11 avril 2022, obligé M. C à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, après avoir rejeté sa demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cet arrêté a été présenté le 28 avril 2022 au domicile déclaré de l'intéressé, sis 33 rue de Mulhouse, au Havre. L'accusé de réception du courrier est revenu à la préfecture avec la mention " pli avisé et non réclamé ". L'arrêté portant obligation de quitter le territoire français doit ainsi être regardé comme régulièrement notifié. M. C, qui s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français malgré cette décision l'obligeant à quitter le territoire français, devenue définitive, faute d'avoir été contestée, entrait, par suite, dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le requérant n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que l'arrêté portant interdiction de retour serait entaché d'un défaut de base légale, faute d'obligation de quitter le territoire français qui lui serait opposable.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

8. Au regard de la durée et des conditions du séjour de M. C en France, qui y séjourne irrégulièrement, sans charge de famille, et alors même qu'il justifie d'une insertion professionnelle dans le domaine de la restauration, la décision portant interdiction de retour pour une durée d'une année ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, dès lors, être écarté.

9. En cinquième lieu, si M. C soutient que la décision a également été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, un tel moyen est inopérant à l'encontre de la décision en litige, qui ne fixe pas le pays à destination duquel la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet pourra être exécutée mais se borne à lui interdire le retour sur le territoire français pour une durée d'un an à compter de l'exécution de la mesure d'éloignement.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de la décision du préfet de la Seine-Maritime du 27 septembre 2022 portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, doivent être rejetées.

Sur l'assignation à résidence :

11. En premier lieu, la mesure d'assignation à résidence litigieuse n'a pas été prise en application de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, qui ne constitue pas non plus la base légale de l'assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'interdiction de retour soulevé à l'encontre de la décision portant assignation à résidence, ne peut qu'être écarté en tant qu'il est inopérant.

12. En deuxième lieu, par un arrêté du 29 août 2022, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à Mme D G, cheffe du bureau de l'éloignement, et en cas d'empêchement ou d'absence de celle-ci, à son adjointe, Mme A I, à l'effet de signer, notamment, les décisions d'assignation à résidence. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme G n'aurait pas été absente ou empêchée lorsque Mme I a pris la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

13. En troisième lieu, l'arrêté litigieux vise les textes applicables, en particulier l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les considérations de fait sur lesquelles le préfet de la Seine-Maritime a entendu se fonder pour édicter la mesure d'assignation à résidence litigieuse. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, qui manque en fait, doit, par suite être écarté.

14. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

15. Au cas d'espèce, M. C, sous le coup d'une mesure d'éloignement pour laquelle le délai de départ volontaire était expiré, entrait bien dans le champ d'application de ces dispositions. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier, ni des termes de l'arrêté en litige, que le préfet se serait cru en situation de compétence liée pour édicter la décision litigieuse. Dès lors, le préfet a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation ni méconnaître les dispositions précitées, assigner M. C à résidence en vue d'exécuter l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la mesure d'assignation à résidence doivent également être rejetées.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des deux arrêtés du 27 septembre 2022 du préfet de la Seine-Maritime. Ses conclusions à fin d'annulation doivent dès lors être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé :

C. E

La greffière,

Signé :

M. H

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.