Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203923

lundi 3 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203923
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 septembre 2022, Mme C B, représenté par Me Leroy, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite du préfet de la Seine-Maritime rejetant sa demande d'admission au séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime d'examiner sa demande d'admission au séjour dans le délai de deux mois suivant la notification de la décision à intervenir, et, dans l'attente, de lui remettre au plus tard dans les 15 jours une autorisation provisoire au séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.000 €, au profit de son conseil, par application combinée de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que Mme B est isolée sur le territoire, sans ressource et sans logement et que cette situation porte atteinte au respect de la dignité humaine ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée dès lors que :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière en méconnaissance des dispositions de l'article L.552-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence d'information préalable de l'intéressée dans une langue qu'elle comprend ;

- elle est prise en méconnaissance des articles L.551-16 et D.551-18 du même code dès lors qu'elle n'a pas été invitée à présenter ses observations ;

- elle est ne prend pas en compte sa situation de vulnérabilité méconnaissant ainsi les objectifs de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L.551-16 et D. 551-18 du même code ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

-sa demande d'aide juridictionnelle déposée le 3 juin 2022 a été accordée.

Vu :

- la décision attaquée ;

- la requête, enregistrée le 29 septembre 2022, sous le n° 2203922 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme A comme juge des référés ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande de suspension :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". L'article L. 522-3 du même code permet au juge des référés de rejeter par une ordonnance motivée, sans mener de procédure contradictoire et sans audience, une demande en référé notamment lorsqu'elle ne présente pas un caractère d'urgence. Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

2. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

3. Mme B est entrée irrégulièrement en France pour y demander l'asile le 8 janvier 2009. Après rejet de sa demande confirmée par décision de la Cour nationale du droit d'asile du 29 avril 2010, elle a sollicité le 6 décembre 2010 la régularisation de son séjour en qualité d'étranger malade. Un arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire a été pris à son encontre le 10 novembre 2011. La légalité de cet arrêté a été confirmée en dernier lieu par un arrêt de la Cour administrative de Douai du 20 novembre 2012. Après s'être soustraite à l'exécution de cette mesure, Mme B a, le 1er avril 2014, sollicité son admission au séjour au titre de la vie privée et familiale. Elle a fait l'objet le 18 mai 2015 d'un nouvel arrêté de refus de titre assorti d'une obligation de quitter le territoire à laquelle elle n'établit pas avoir déféré. Par courrier du 9 février 2016 elle a déposé une nouvelle demande de titre de séjour au titre de la vie privée et familiale et de l'entrée exceptionnelle au séjour. Cette demande a été rejetée par un arrêté du 24 janvier 2017 produit à l'instance. Elle demande dans la présente instance la suspension de la décision implicite de rejet qui aurait été opposée à sa demande du 18 janvier 2022 présentée sur le fondement des articles L.423-23 et L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à statuer, la requérante invoque des délais d'instruction anormalement longs alors qu'elle aurait adressé de nombreux courriers à la préfecture depuis avril 2019, une situation de séjour irrégulier qui ne lui permet pas d'exercer les libertés reconnues aux étrangers en situation régulière et une atteinte grave et immédiate à sa situation personnelle et familiale. Toutefois Mme B qui est entrée en France à l'âge de 52 ans pour y rejoindre sa fille et son gendre et qui se maintient sur le territoire en situation irrégulière depuis 13 ans et s'est soustraite à deux obligations de quitter le territoire, n'établit pas, par les pièces qu'elle produit, que la décision de refus de titre de séjour qui lui aurait été implicitement opposée aurait eu sur sa situation personnelle des effets de nature à faire naître une situation d'urgence. Dans ces conditions et en l'état de l'instruction, la requérante, eu égard à son parcours et à ses conditions de vie antérieures, ne justifie pas, ainsi qu'il lui incombe, d'une urgence à statuer sur cette requête qui au demeurant a été présentée plus de trois mois après que la demande d'aide juridictionnelle eut été déposée pour son engagement. Ses conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision implicite doivent, par suite, être rejetées sur le fondement de l'article L 522-3 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a également lieu de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte, ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B.

Fait à Rouen, le 3 octobre 2022.

La juge des référés,

C. A

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2203923