mardi 14 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2204000 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | EDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 octobre 2022, M. A B, représenté par la SELARL Eden Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, en tout état de cause, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à titre subsidiaire, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, faute pour le préfet d'avoir préalablement recueilli l'avis de la commission du titre de séjour ;
- elle est entachée d'erreur de fait ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- la décision du 7 septembre 2022 par laquelle M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
- l'ordonnance du 27 décembre 2022 fixant la clôture de l'instruction au 16 janvier 2023 à 12h ;
- les autres pièces du dossier, notamment celles produites par M. B, enregistrées le 23 décembre 2022.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,
- et les observations de Me Leprince, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né le 18 juillet 1981, est entré en France en septembre 2017, sous couvert d'un visa de long séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Il a bénéficié de titres de séjour en qualité de conjoint de français jusqu'au 16 juin 2020. Le 7 janvier 2022, M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français. Par l'arrêté attaqué du 21 juillet 2022, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les moyens communs aux décisions attaquées :
2. L'arrêté attaqué vise notamment les dispositions L. 611-1 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il a été fait application à M. B. Il mentionne également les considérations de fait, propres à ce dernier, qui constituent le fondement des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet n'était pas tenu de viser, spécifiquement, les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors au demeurant qu'a été examinée, eu égard à sa demande de titre de séjour, la réalité de sa participation à l'entretien et à l'éducation de son enfant de nationalité française. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays destination doivent être écartés.
Sur le refus de séjour :
3. En premier lieu, il ne ressort pas de l'arrêté attaqué que le préfet se serait déterminé au regard de faits matériellement inexacts. Si le préfet a mentionné que M. B serait entré irrégulièrement sur le territoire et qu'il constituerait une charge déraisonnable pour le système d'assurance sociale, ces circonstances sont en tout état de cause sans incidence sur l'appréciation des conditions de délivrance du titre de séjour sollicité. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet a procédé à un examen de la situation personnelle de M. B, en particulier eu égard à la réalité de sa participation à l'entretien et à l'éducation de son fils de nationalité française, ainsi qu'à sa vie privée et familiale sur le territoire. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. "
6. Il ressort des pièces du dossier que M. B est père d'un enfant de nationalité française, né le 12 mars 2019. Par un jugement correctionnel du tribunal judiciaire de Rouen en date du 11 janvier 2021, il a été condamné à quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violences volontaires ayant entraîné une incapacité n'excédant par huit jours, en présence d'un mineur, sur la personne de son épouse. Par un jugement du 11 février 2021, le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Rouen a confié l'exercice exclusif de l'autorité parentale de l'enfant à sa mère, fixé sa résidence habituelle au domicile de celle-ci, mis à la charge du père une contribution mensuelle de 50 euros et lui a octroyé un droit de visite médiatisée pour une durée de six mois. Le requérant justifie avoir exercé ce droit, dont l'association en charge d'organiser ces visites relève qu'elles se sont bien déroulées, du mois de mars 2021 au mois de juillet 2021. Cependant, il ne justifie pas avoir entretenu un quelconque lien avec son fils entre la fin de ce droit de visite et la date de la décision attaquée. Il ressort au contraire du jugement du juge aux affaires familiales du 24 novembre 2022, dont se prévaut l'intéressé, que ce dernier n'a entamé aucune démarche pendant près d'un an. La circonstance que ce jugement octroie à M. B un nouveau droit de visite en milieu médiatisé est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, à laquelle il est postérieur. Si ce jugement peut être regardé comme révélant la volonté de M. B de revoir son fils antérieurement à la décision attaquée, par la saisine du juge aux affaires familiales au mois de juin 2022, l'intéressé n'apporte cependant aucune explication sur les liens qu'il aurait le cas échéant maintenus, ou ne serait-ce que tenté de maintenir avec son fils depuis le mois de juillet 2021, ni sur les raisons pour lesquelles il n'aurait pas été en mesure de saisir cette juridiction plus tôt afin de voir renouveler son droit de visite en milieu médiatisé. Dans ces conditions, le préfet pouvait, au seul motif que M. B ne pouvait être regardé comme participant à l'éducation de son fils, lui refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.
7. En dernier lieu, dès lors que M. B ne remplissait pas les conditions de délivrance de plein droit du titre de séjour prévu l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré d'un vice de procédure à raison du défaut de saisine de la commission du titre de séjour doit être écarté.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.
9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ainsi que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.
Sur le pays de destination :
10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 juillet 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la SELARL Eden Avocats et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 21 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2023.
Le rapporteur,
Signé
A. LE VAILLANT
Le président,
Signé
P. MINNELe greffier,
Signé
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
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