vendredi 26 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2204083 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 22 octobre 2022, le 24 janvier 2023, le 28 mai 2024 et le 21 juin 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, M. A B demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 mars 2022 par lequel la ministre en charge de la transition écologique a prononcé sa radiation du corps des administrateurs des affaires maritimes et mis fin d'office à son état de militaire à compter du 1er février 2022 et la décision implicite de rejet de son recours auprès de la commission des recours des militaires ;
2°) d'enjoindre à l'autorité administrative compétente de le réintégrer dans le corps des administrateurs des affaires maritimes et d'autoriser son détachement pendant la durée de sa scolarité à l'Institut national des études territoriales (INET), dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 50 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- il n'a pas bénéficié d'une procédure contradictoire, en méconnaissance du 3 de l'article 6 du traité sur l'Union européenne ;
- il n'a pas demandé la cessation de son état de militaire et son détachement dans un corps civil devait être présumé autorisé dès lors qu'il n'est pas interdit au sens de l'article 5 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;
- il n'a pas bénéficié d'une visite médicale et ne s'est pas vu remettre des documents prévus par les instructions ;
- l'administration se livre à des manœuvres dilatoires ;
- le ministre chargé de la transition écologique a commis une erreur de droit en ne faisant pas application des articles L. 1439-1 et suivants du code de la défense ;
- la décision portant refus de détachement est illégale dès lors qu'il remplit la condition d'ancienneté de services militaires et la condition portant obligation d'information auprès de son autorité d'emploi de sa volonté de s'inscrire au concours de l'INET ;
- le calcul de l'ancienneté ne peut être fondé sur le décret n° 62-765 du 8 juillet 1962 portant règlement sur la comptabilité publique en ce qui concerne la liquidation des traitements des personnels de l'Etat qui n'est pas applicable à la situation particulière des militaires, selon l'instruction du 24 juillet 1962 publiée au Journal officiel du 1er août 1962 ;
- si le ministre voulait appliquer ce mode de calcul, il devrait intégrer les bonifications pour le temps passé en opérations extérieures.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2024, et un mémoire enregistré le 7 juin 2024, le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions dirigées contre la décision du 18 mars 2022 sont irrecevables en raison de l'exercice du recours administratif préalable obligatoire ;
- les moyens soulevés contre cette décision sont inopérants ;
- les moyens, qu'il convient de regarder comme dirigés contre la décision explicite de rejet du recours administratif préalable obligatoire du 30 septembre 2022, ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la défense ;
- le décret n° 2005-1029 du 25 août 2005 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Minne, président de chambre,
- et les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Alors qu'il occupait un emploi contractuel au ministère des armées depuis le 1er janvier 2020, M. B a été admis au concours externe de l'école nationale de sécurité et d'administration de la mer (ENSAM) au titre de l'année 2021. Par arrêté du 2 août 2021, il a été nommé élève-administrateur des affaires maritimes à compter du 24 août 2021. S'étant présenté parallèlement avec succès aux épreuves du concours de recrutement des administrateurs territoriaux, auquel il a, par arrête du 1er février 2022, été nommé en qualité d'élève-administrateur à compter de son intégration, à la même date, au sein de l'institut national des études territoriales (INET). Par courrier du 10 janvier 2022, il avait sollicité son détachement au sein de cette dernière école. Par arrêté du 18 mars 2022, la ministre de la transition écologique a prononcé la radiation de M. B du corps des administrateurs des affaires maritimes à compter du 1er février précédent. Le 24 mai 2022, l'intéressé a formé un recours administratif préalable obligatoire auprès de la commission des recours des militaires. Le silence gardé sur ce recours a engendré une décision implicite de rejet. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler la décision de la ministre de la transition écologique du 18 mars 2022 refusant le détachement sollicité, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire.
2. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision expresse du 30 septembre 2022, le ministre des armées et le secrétaire d'Etat chargé de la mer placé auprès du Premier ministre ont rejeté le recours administratif préalable obligatoire de M. B. Ses conclusions à fin d'annulation, qu'il a d'ailleurs maintenues dans un mémoire complémentaire enregistré au greffe le 24 janvier 2023 après qu'il a eu connaissance de la décision expresse du 30 septembre 2022 par sa notification intervenue le 17 janvier 2023, doivent être regardées comme dirigées également contre cette décision.
Sur la recevabilité des conclusions :
3. L'institution d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Si l'exercice d'un tel recours a pour but de permettre à l'autorité administrative, dans la limite de ses compétences, de remédier aux illégalités dont pourrait être entachée la décision initiale, sans attendre l'intervention du juge, la décision prise sur le recours n'en demeure pas moins soumise elle-même au principe de légalité. En l'espèce, aucun moyen relatif à l'irrégularité de la procédure suivie devant la commission des recours des militaires n'est invoqué.
4. La décision du 30 septembre 2022 mentionnée au point 2 s'est, finalement, substituée tant à la décision de rejet implicite du recours administratif préalable obligatoire formé par M. B devant la commission de recours des militaires qu'à la décision initiale de radiation du corps des administrateurs des affaires maritimes du 18 mars 2022. Les conclusions dirigées contre ces deux dernières décisions sont, par suite, irrecevables.
Sur la légalité de la décision du 30 septembre 2022 :
5. Aux termes de l'article L. 4139-14 du code de la défense : " La cessation de l'état militaire intervient d'office dans les cas suivants : () 8° Lors de la titularisation dans la fonction publique ou, pour les militaires qui ne répondent pas aux obligations fixées au premier alinéa de l'article L. 4139-1 leur permettant d'être détachés, dès la nomination dans un corps ou cadre d'emplois de fonctionnaires, dans les conditions prévues à la section 1 du présent chapitre ; () " Aux termes de l'article L. 4139-1 du même code : " La demande de mise en détachement du militaire lauréat d'un concours de l'une des fonctions publiques civiles () est acceptée, sous réserve que l'intéressé ait accompli au moins quatre ans de services militaires, ait informé son autorité d'emploi de sa démarche visant à un recrutement sans concours ou de son inscription au concours et ait atteint le terme du délai pendant lequel il s'est engagé à rester en position d'activité à la suite d'une formation spécialisée ou de la perception d'une prime liée au recrutement ou à la fidélisation. () " Aux termes de l'article R. 4139-4 du même code : " Le militaire lauréat d'un concours qui ne réunit pas les conditions fixées à l'article L. 4139-1 pour obtenir un détachement est radié des cadres ou rayé des contrôles de l'armée active à la date de sa nomination comme élève ou fonctionnaire stagiaire. "
6. En vertu des dispositions combinées des articles L. 4111-2 et L. 4211-5 du code de la défense, la qualité de militaire est accordée aux réservistes lorsqu'ils exercent une activité pour laquelle ils sont convoqués pour servir dans la réserve opérationnelle. Le ministre fait valoir sans être contesté qu'à la date de la décision attaquée, le certificat de position militaire de M. B mentionnait, depuis son engagement de réserviste le 1er février 2004, 821 jours d'activité dans la réserve opérationnelle de l'armée de terre ainsi que 156 jours au sein du ministère chargé de la mer en qualité d'administrateur des affaires maritimes, soit un total de 977 jours. Le requérant ne justifiait donc pas de quatre années de service militaire obligatoire. Dès lors qu'il ne remplissait pas l'une des conditions auxquelles est subordonné le bénéfice du détachement prévu par l'article L. 4139-1 du code de la défense, le ministre était, pour ce seul motif, compte tenu du caractère impératif des dispositions des articles L. 4139-14 et R. 4139-4 du même code, tenu de constater la cessation de l'état militaire et de le radier des cadres ou des contrôles de l'armée active à compter de sa nomination en qualité de fonctionnaire territorial stagiaire. Par suite, les autres moyens dirigés contre la décision du 30 septembre 2022 attaquée sont inopérants.
7. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 30 septembre 2022 des ministre des armées et secrétaire d'Etat chargé de la mer. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024 à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2024.
Le président-rapporteur,
Signé :
P. MINNEL'assesseure la plus ancienne,
Signé :
H. JEANMOUGIN
Le greffier,
Signé :
N. BOULAY
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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