lundi 22 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2204172 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | BARON COSSE ANDRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 octobre 2022 et 28 septembre 2023, M. E D, représenté par Me Leroux-Bostyn, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 18 août 2022 par laquelle le préfet de la région Normandie a autorisé l'EARL du Brouillard à exploiter une superficie de 24,0625 hectares, référencée sur les parcelles ZE134 et ZE136 sur le territoire de la commune de Ferrières Haut Clocher et sur les parcelles XA200, XA104 et XB27 sur le territoire de la commune de La Croisille ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. D soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un vice de procédure au regard de l'irrégularité de l'avis émis par la commission départementale d'orientation de l'agriculture ;
- le schéma directeur régional des exploitations agricoles du 19 mars 2021 visé par l'arrêté n'est pas applicable dès lors qu'il n'était pas en vigueur à la date d'effet du congé ;
- l'autorisation d'exploiter accordée tacitement à l'EARL du Brouillard ayant été annulée par jugement du 17 janvier 2020 du tribunal, confirmé par arrêt du 2 février 2021 de la cour administrative d'appel de Douai, cette société ne pouvait pas déposer de demande d'autorisation identique ;
- l'arrêté est entaché d'erreur de droit dès lors que l'autorisation délivrée à l'EARL du Brouillard constitue un agrandissement excessif et qu'elle compromet la viabilité de son exploitation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 décembre 2023, le préfet de la région Normandie conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2023, l'EARL du Brouillard, représentée par Me Cosse, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. D la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le décret n° 2015-713 relatif au schéma directeur régional des exploitations agricoles et au contrôle des structures des exploitations agricoles ;
- l'arrêté préfectoral du 19 mars 2021 portant sur le schéma directeur régional des exploitations agricoles de Normandie ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Favre,
- les conclusions de Mme Delacour, rapporteure publique,
- et les observations de M. A, représentant l'EARL du Brouillard.
M. D et le préfet de la région Normandie n'étaient ni présents, ni représentés.
Considérant ce qui suit :
1. Le 24 mars 2016, Mmes C et Dupont ont fait délivrer à M. D un congé pour reprise pour les terres situées à Ferrières Haut Clocher et La Croisille avec effet au 28 septembre 2017, dont la contestation est pendante devant le tribunal compétent. L'EARL du Brouillard a présenté le 24 février 2022 auprès du préfet de la région de Normandie une demande pour exploiter une superficie de 24,0625 hectares, référencée sur les parcelles ZE134 et ZE136 sur le territoire de la commune de Ferrières Haut Clocher et sur les parcelles XA200, XA104 et XB27 sur le territoire de la commune de La Croisille. Par courrier du 25 mars 2022, M. D a indiqué au préfet de la région Normandie que la demande déposée par l'EARL du Brouillard portait préjudice à son exploitation. Par la décision attaquée du 18 août 2022, prise après un avis favorable émis le 30 juin 2022 par la section spécialisée de la commission départementale d'orientation de l'agriculture de l'Eure, le préfet de la région Normandie a autorisé l'EARL du Brouillard à exploiter les parcelles demandées. M. D demande l'annulation de cette décision dans la présente instance.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. En premier lieu, par un arrêté n° SGAR / 19.084 du 23 avril 2019, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de région Normandie, le préfet de la région Normandie a donné délégation à Mme F G, directrice régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt, à l'effet de signer les actes et décisions relevant de la compétence de la direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt, à l'exception desquels ne figure pas l'acte attaqué. Par arrêté du 1er septembre 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de région Normandie, Mme G a donné subdélégation de signature à M. B H, signataire de la décision contestée, à l'effet de signer dans le cadre de ses attributions et compétences les actes et décisions au nombre desquels figure la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision du 18 août 2022 doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 331-6 du code rural et de la pêche maritime : " () II.- La décision d'autorisation ou de refus d'autorisation d'exploiter prise par le préfet de région doit être motivée au regard du schéma directeur régional des exploitations agricoles et des motifs de refus énumérés à l'article L. 331-3-1.() ".
4. La décision attaquée, qui vise les dispositions du code rural et de la pêche maritime et celles du schéma directeur régional dont il est fait application, précise notamment la surface exploitée par M. D après l'opération et la perte de marge en résultant. La motivation de cette décision, qui permet au requérant de vérifier que la viabilité de son exploitation en tant que preneur en place n'est pas compromise par l'opération, satisfait ainsi aux exigences résultant des dispositions précitées de l'article R. 331-6 du code rural et de la pêche maritime.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 313-6 du code rural et de la pêche maritime : " Les sections sont placées sous la présidence du préfet ou de son représentant. / Sont membres de toutes les sections : / 1° Le président du conseil départemental ou son représentant ; / 2° Le directeur départemental des territoires et, le cas échéant, des territoires et de la mer ou son représentant ; / 3° Le directeur départemental, ou s'il y a lieu régional, des finances publiques ou son représentant ; / 4° Le président de la chambre d'agriculture ou son représentant ; / 5° Les huit représentants des organisations syndicales d'exploitants agricoles à vocation générale mentionnées à l'article R. 313-2. / Conformément à l'avis de la commission départementale d'orientation de l'agriculture, le préfet désigne les autres membres de la commission appelés à siéger dans chaque section en fonction de son objet. ".
6. Il ressort des pièces du dossier, notamment des termes mêmes des visas et des motifs de la décision attaquée, que l'avis favorable portant sur la demande de l'EARL du Brouillard a été émis par la section spécialisée " structure " de la commission départementale d'orientation et de l'agriculture de l'Eure lors de sa séance du 30 juin 2022. En tout état de cause, la circonstance que les visas de la décision attaquée seraient erronés est, dans les circonstances de l'espèce, sans incidence sur sa légalité. Par ailleurs, si le requérant doit être regardé comme excipant de l'illégalité de l'arrêté du 7 juin 2022 du préfet de l'Eure portant composition et compétence de la section spécialisée de la commission départementale d'orientation de l'agriculture, la composition de la section " structure et économie des exploitations " prévue par cet arrêté est conforme aux dispositions de l'article R. 313-6 du code rural et de la pêche maritime relatives aux sections spécialisées. En outre, le requérant ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article R. 312-12 du même code, lesquelles régissent la composition de la commission départementale d'orientation de l'agriculture. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis de la commission départementale d'orientation et de l'agriculture de l'Eure, pris en toutes ses branches, doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
7. En premier lieu, le schéma directeur régional des exploitations agricoles de Normandie, signé le 19 mars 2021 et régulièrement publié le 26 mars 2021, prévoit aux termes de son article 6 que " les demandes d'autorisation d'exploiter déposées avant cette date, ainsi que, le cas échéant, les dossiers concurrents et successifs reçus avant qu'il ne soit statué sur ces demandes, demeurent soumises aux dispositions des schémas directeurs régionaux des exploitations agricoles antérieurement en vigueur ". Ainsi, et contrairement à ce que soutient le requérant, il appartenait au préfet d'examiner la demande de l'EARL du Brouillard, déposée le 24 février 2022, au regard des dispositions du schéma directeur régional des exploitations agricoles de Normandie du 19 mars 2021, la circonstance que cette société a déposé une première demande d'autorisation d'exploiter le 9 novembre 2016, accordée tacitement le 9 mars 2017 puis annulée par le juge administratif, étant sans incidence.
8. En deuxième lieu, le requérant ne saurait utilement invoquer l'autorité de la chose jugée qui s'attache à l'arrêt de la cour administrative d'appel de Douai du 2 février 2021 devenu définitif, lequel a confirmé le jugement du tribunal du 17 janvier 2020 ayant annulé l'autorisation tacite d'exploiter accordée le 9 mars 2017 à l'EARL du Brouillard, dès lors que les conclusions visées dans la présente instance, qui tendent à l'annulation de la décision d'autorisation du 18 août 2022 accordée à cette même société, ne présentent pas d'identité d'objet avec le litige tranché par l'arrêt du 2 février 2021. En outre, aucune disposition législative ou règlementaire n'interdit le dépôt d'une nouvelle demande d'autorisation d'exploiter dès lors qu'une autorisation précédente été annulée par le juge administratif. Enfin, le requérant ne peut utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance du principe " non bis in idem " dès lors que la mesure contestée ne constitue pas une sanction.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime, dont les termes sont repris à l'article 3.2 " modalités de délivrance des autorisations d'exploiter " du schéma directeur régional des exploitations agricoles de Normandie susvisé : " I.- L'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 peut être refusée : () / 2° Lorsque l'opération compromet la viabilité de l'exploitation du preneur en place ; / 3° Si l'opération conduit à un agrandissement ou à une concentration d'exploitations au bénéfice d'une même personne excessifs au regard des critères définis au 3° de l'article L. 331-1 et précisés par le schéma directeur régional des structures agricoles en application de l'article L. 312-1, sauf dans le cas où il n'y a pas d'autre candidat à la reprise de l'exploitation ou du bien considéré, ni de preneur en place ; () ". En outre, aux termes de l'article 5.4 " Les agrandissements et concentrations excessifs d'exploitations " du schéma directeur : " Seront considérés comme excessifs, au sens de l'article L. 312-1 du code rural et de la pêche maritime, les agrandissements, concentrations et réunions d'exploitations conduisant, après reprise, à une surface supérieure à 210 hectares, majorée de 70 hectares par associé exploitant à temps plein au-delà du premier, plafonnée à 350 ha. ".
10. D'une part, il n'est pas contesté que l'EARL du Brouillard exploite, après la reprise, un total de 182 hectares au regard de l'autorisation accordée, soit une superficie inférieure au seuil de 210 hectares mentionnée à l'article 5.4 du schéma directeur régional des exploitations agricoles de Normandie applicable en l'espèce.
11. D'autre part, le requérant n'établit ni même n'allègue que, en raison de la configuration et des caractéristiques de son exploitation, la réduction des terres en litige porterait atteinte à la viabilité de son exploitation, laquelle s'étend, en dépit de la réduction des parcelles concernées, sur une surface totale de près de 177 ha. Dans ces conditions, alors que la surface des terres agricoles exploitées par le preneur en place demeure, de surcroît, au-dessus du seuil de viabilité économique fixé par le schéma directeur, la perte d'une surface de 24,0625 hectares n'apparaît pas, en l'espèce, de nature à compromettre la viabilité de l'exploitation de M. D. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu les dispositions du 2° de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime en accordant l'autorisation d'exploiter à l'EARL du Brouillard.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé, par les moyens qu'il invoque, à demander l'annulation de la décision du 18 août 2022 par laquelle le préfet de la région Normandie a autorisé l'EARL du Brouillard à exploiter une superficie de 24,0625 hectares, référencée sur les parcelles ZE134 et ZE136 sur le territoire de la commune de Ferrières Haut Clocher et sur les parcelles XA200, XA104 et XB27 sur le territoire de la commune de La Croisille.
Sur les frais liés au litige :
13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. D la somme de 1 500 euros à verser à l'EARL du Brouillard sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative. Ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. D sur leur fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : M. D versera la somme de 1 500 euros à l'EARL du Brouillard sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à l'EARL du Brouillard et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Copie en sera adressée au préfet de la région Normandie.
Délibéré après l'audience du 5 avril 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Van Muylder présidente,
- M. Armand, premier conseiller,
- Mme Favre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 avril 2024.
La rapporteure,
Signé :
L. FAVRE
La présidente,
Signé :
C. VAN MUYLDER Le greffier,
Signé :
J.-B. MIALON
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
J.-B. MIALON
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026