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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204283

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204283

jeudi 6 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204283
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC+
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantSEYREK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 octobre 2022, M. B C, représenté par Me Seyrek, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 mai 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime lui a retiré son titre de séjour ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour pluriannuel, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation, dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- la décision a été adoptée par une autorité dont il n'est pas justifié de la compétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle est entachée d'erreur de droit dans la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 432-4 dès lors que la menace à l'ordre public alléguée n'est pas établie ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 mai 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 4 décembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 décembre 2024, à douze heures.

Un mémoire, présenté par le préfet de la Seine-Maritime, le 6 janvier 2025 a été enregistré sans être communiqué.

Des pièces, présentées par M. C le 20 janvier 2025, ont été enregistrées sans être communiquées.

Vu :

- la décision du 26 septembre 2022 rejetant la demande d'admission à l'aide juridictionnelle du requérant ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, ont été entendus :

- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller ;

- les observations de Me Seyrek, pour M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien né le 18 mars 2003, est entré sur le territoire national en 2012, selon ses déclarations. A la suite du prononcé d'une condamnation pénale à son encontre, le 1er juin 2021, le préfet de la Seine-Maritime lui a retiré son titre de séjour. Par la présente instance, le requérant demande, à titre principal, l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, Mme Julia Le Fur, secrétaire générale de la sous-préfecture du A disposait, en vertu d'un arrêté du préfet de la Seine-Maritime en date du 26 avril 2022, régulièrement publié, d'une délégation aux fins de signer la décision de retrait de titre de séjour litigieuse. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque donc en fait.

3. En deuxième lieu, la décision de retrait de titre de séjour, qui cite l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et rappelle la condamnation pénale de M. C, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit, ainsi, être écarté.

4. En troisième lieu, la seule circonstance que l'arrêté mentionne, à tort, que M. C a été condamné par " le tribunal correctionnel du A ", alors que sa condamnation a été prononcée par le tribunal pour enfants du A, n'est pas, eu égard à sa nature et à sa portée, de nature à entacher d'illégalité la décision contestée.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".

6. Au cas d'espèce, il n'est pas contesté que M. C a été condamné, le 1er juin 2021, par le tribunal pour enfants du A, à une peine de deux mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits d'extorsion avec violence ayant entraîné une incapacité de travail n'excédant pas huit jours. Cette condamnation, qui ne peut être regardée comme ancienne, à la date d'adoption de la décision litigieuse, ni plus que les faits qu'elle sanctionne, commis en 2020, suffisait à caractériser la menace pour l'ordre public retenue par l'autorité administrative pour retirer le titre de séjour du requérant et ce, alors même que l'intéressé n'a pas fait l'objet de condamnations antérieures. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, par suite, être écarté.

7. En dernier lieu, si M. C, titulaire d'un CAP d'électricien, justifie d'une amorce d'insertion professionnelle, l'intéressé est célibataire, dépourvu de charge de famille et il ne saurait être tenu pour établi qu'il est dépourvu d'attaches personnelles et familiales en Tunisie. Dans ces conditions, auxquelles s'ajoutent les motifs précédemment exposés, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par M. C, n'est pas établie.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Seyrek et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Bouvet, premier conseiller,

M. Mulot, premier conseiller,

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2025.

Le rapporteur,

C. BOUVET La présidente

A. GAILLARD

Le greffier,

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2204283

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