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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204322

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204322

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204322
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantSEYREK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 octobre 2022, Mme E B, épouse A, représentée par Me Seyrek, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut et dans les mêmes conditions, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros à verser à Me Seyrek sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge, pour Me Seyrek, de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

La décision portant refus de séjour :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- est entachée d'une erreur de droit ;

- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 février 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme B, épouse A, a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 septembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Rouen.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme F a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E B, épouse A, ressortissante sénégalaise née le 4 novembre 1991, est entrée sur le territoire français le 28 octobre 2014 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour étudiant. Le 5 avril 2016, un titre de séjour portant la mention " étudiant " lui a été délivré, régulièrement renouvelé jusqu'au 31 août 2019. Le 20 novembre 2020, l'intéressée a bénéficié d'un titre de séjour " salarié " valable jusqu'au 19 novembre 2021. Le 2 novembre 2021, Mme B, épouse A, a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour auprès des services de la préfecture de la Marne. Le 26 avril 2022, l'intéressée a sollicité des services de la sous-préfecture du Havre un changement de statut au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 25 mai 2022, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de faire droit à ses demandes, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination.

Sur la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté n° 22-022 du 26 avril 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 76-2022-066 de la préfecture, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à M. D, sous-préfet de Dieppe, chargé de l'intérim des fonctions de sous-préfet du Havre, et, en cas d'absence ou d'empêchement de celui-ci, à Mme Julia Le Fur, secrétaire générale, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant de ses attributions par intérim, à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figurent pas celles en litige. Dans ces conditions, et alors qu'il n'est ni établi ni allégué que M. D n'aurait pas été absent ou empêché, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque en fait, et doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

4. En l'espèce, si Mme B, épouse A, fait valoir qu'elle réside sur le territoire français depuis le mois de 28 octobre 2014, il ressort des pièces du dossier qu'elle est entrée pour la dernière fois en France le 7 janvier 2022. Ainsi, la requérante n'établit pas avoir résidé de manière continue sur le territoire français depuis le 28 octobre 2014. Au demeurant, s'il n'est pas contesté que Mme B, épouse A, établit avoir suivi des études en France et avoir obtenu le 12 novembre 2018 le titre certifié d' " assistant commercial France international " et le 2 mars 2020, le titre de " Bachelor d'administration et de gestion des entreprises ", il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressée est entrée sur le territoire français munie d'un visa de long séjour étudiant, ne lui donnant pas vocation à s'établir durablement en France. De plus, s'il ressort des pièces du dossier que Mme B, épouse A, est mariée depuis le 28 décembre 2012 avec un compatriote, avec lequel elle a eu un enfant, C, née le 22 septembre 2022, il est toutefois constant que son époux réside au Sénégal, à Dakar. Il ressort des termes mêmes de la décision contestée que les parents et la fratrie de l'intéressée résident également au Sénégal. Ainsi, et à supposer même établie la circonstance qu'un oncle et une tante de Mme B, épouse A, résident régulièrement en France, aucun élément ne fait obstacle à ce que la cellule familiale de la requérante se reconstitue dans son pays d'origine, où résident son époux, ses parents et sa fratrie, et où elle a vécu la majorité de son existence. Enfin, si la requérante établit avoir occupé un emploi d'auxiliaire de vie dans le cadre de ses études du 19 septembre 2016 au 20 mars 2018, avoir conclu des contrats à durée déterminée à temps plein du 12 juin au 15 juillet 2018 et du 30 juillet au 29 août 2018 en qualité d'employée polyvalente auprès de sociétés en région parisienne, avoir conclu un contrat de professionnalisation avec l'une de ces deux sociétés du 5 novembre 2018 au 27 septembre 2020, et un contrat à durée indéterminée à temps plein avec cette même société, et, enfin, un contrat à durée indéterminée à compter du 23 juin 2021 avec une troisième société en région parisienne, toujours en qualité d'employée polyvalente, poste duquel elle a au demeurant démissionné, elle ne justifie toutefois pas d'une insertion professionnelle d'une particulière intensité et stabilité sur le territoire français, sans que ne soient remis en cause ses diplômes et ses expériences professionnelles. Dans ces conditions, au regard des conditions de son séjour en France ainsi que de ses attaches familiales dans son pays d'origine, la décision attaquée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme B, épouse A, une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle n'est pas davantage entachée d'une erreur de droit. Ces moyens doivent, par suite, être écartés.

5. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait entaché la décision contestée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme B, épouse A, n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 25 mai 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () " et aux termes de l'article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

8. La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français de Mme B, épouse A, a été prise concomitamment à celle refusant de lui délivrer un titre de séjour. Cette dernière énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, de manière suffisamment circonstanciée pour mettre utilement l'intéressée en mesure d'en discuter les motifs. La décision portant refus de séjour est ainsi suffisamment motivée, sans qu'y fasse obstacle la circonstance qu'elle ne mentionnerait pas l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de la requérante. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 4 et 5, les moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français aurait été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante doivent être écartés.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme B, épouse A, n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 25 mai 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime l'a obligée à quitter le territoire français.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B, épouse A, n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 25 mai 2022. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte, de même que celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B, épouse A, est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B, épouse A, à Me Seyrek et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Bailly, présidente,

- M. Le Duff, premier conseiller et Mme Thielleux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

La rapporteure,

Signé :

D. FLa présidente,

Signé :

P. BaillyLa greffière,

Signé :

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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