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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204412

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204412

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204412
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantFIDAL CAEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme J N, M. F E, M. et Mme M B, M. C G et Mme L D ont demandé au tribunal administratif de Rouen d'annuler, d'une part, l'arrêté du 12 juin 2020 par lequel le maire de la commune de Dieppe a délivré à la société anonyme d'habitations à loyer modéré (SA HLM) Sodineuf habitat normand un permis de construire un immeuble de 60 logements locatifs et des espaces partagés en serres, ensemble la décision du 29 septembre 2020 ayant rejeté leur recours gracieux, d'autre part, l'arrêté du 24 août 2020 par lequel le maire de la commune de Dieppe a délivré à la SA HLM Sodineuf habitat normand un permis de construire modificatif.

Par une ordonnance n° 2004699 du 29 mars 2021, la présidente de la deuxième chambre du tribunal administratif de Rouen a rejeté cette demande.

Par un arrêt n° 21DA00924 du 18 octobre 2022, la cour administrative d'appel de Douai, statuant sur l'appel de Mme N et M. E, a, en premier lieu, annulé l'ordonnance de la présidente de la deuxième chambre du tribunal administratif de Rouen, dans un deuxième temps, rejeté les conclusions des parties tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et, en dernier lieu, renvoyé l'affaire devant le tribunal administratif de Rouen pour qu'il soit statué sur la demande de Mme N et autres.

Procédure devant le tribunal :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 27 novembre 2020, 24 octobre 2022, 20 janvier 2023, 14 mars 2023, 20 avril 2023 et 30 mai 2023, ce dernier mémoire, produit postérieurement à la clôture d'instruction, intervenue le 10 mai 2023, n'ayant pas été communiqué, Mme J N et M. F E, représentés par Me Gillet, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 avril 2020 par lequel le maire de la commune de Dieppe a délivré à la société 3F Normandie un permis de construire pour la construction d'un immeuble de 60 logements locatifs et des espaces partagés en serres ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2020 par lequel le maire de la commune de Dieppe a délivré à la société 3F Normandie un permis de construire " annule et remplace " pour la construction d'un immeuble de 60 logements locatifs et des espaces partagés en serres ;

3°) d'annuler l'arrêté du 24 août 2020 par lequel le maire de la commune de Dieppe a délivré à la société 3F Normandie un permis de construire modificatif ;

4°) d'annuler la décision du 29 septembre 2020 du maire de la commune de Dieppe rejetant leur recours gracieux du 6 août 2020 dirigé contre les arrêtés du 29 avril 2020 et du 12 juin 2020 ;

5°) de mettre à la charge de la commune de Dieppe ainsi que de la société 3F Normandie à leur verser chacun la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que :

- les arrêtés contestés sont entachés d'incompétence ;

- ils sont illégaux, dès lors que le dossier de permis de construire est incomplet :

- au regard des dispositions des articles R. 431-4, R. 431-5, R. 431-8 et R. 431-9 du code de l'urbanisme, en raison de l'insuffisance du plan de masse et de la notice architecturale, de l'absence de mention des partis pris retenus pour une meilleure insertion du projet dans le site ;

- au regard des dispositions de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme, en ce qu'il ne comporte pas d'accord de la commune de Dieppe en sa qualité de gestionnaire du domaine public ;

- au regard des dispositions de l'article R.*431-24 du code de l'urbanisme, en ce qu'il ne comporte pas de plan de division, de projet de constitution d'une association syndicale ou de convention portant transfert des voies et espaces communs ;

- au regard des dispositions des articles R. 431-22 et *R. 442-11 du code de l'urbanisme, en ce qu'il ne comporte pas le certificat prévu par ces dispositions ;

- méconnaissent les dispositions de l'article UM 3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Dieppe, dès lors que le projet, qui accueillera 60 véhicules supplémentaires, induira, compte tenu de sa localisation et de ses accès, un accroissement des difficultés de circulation et une aggravation des risques en matière de sécurité routière ;

- méconnaissent les dispositions de l'article UM 4 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Dieppe, dès lors, d'une part, que le débit de fuite projeté concernant les eaux pluviales ne tient pas compte du risque d'inondation existant dans ce secteur de la commune, et en particulier au niveau de la rue Montigny, et, d'autre part, que l'implantation de l'aire provisoire de collecte des déchets, dont la localisation n'est pas précisée, n'est pas conforme à ces dispositions ;

- méconnaissent les dispositions de l'article UM 9 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Dieppe, dès lors que le projet autorisé par ces arrêtés et le projet autorisé par arrêté du 24 janvier 2023 ont une emprise au sol de 6 298,46 m², soit plus de 35 % du terrain d'assiette des projets, qui ne fait l'objet d'aucune division parcellaire ;

- méconnaissent les dispositions de l'article UM 10 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Dieppe, dès lors, d'une part, que la hauteur du bâtiment est de 15,20 mètres, et, d'autre part, que les édicules projetés n'ont pas été pris en compte dans le calcul de la surface de toiture libre ;

- méconnaissent les dispositions de l'article UM 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Dieppe, au regard du gabarit des immeubles avoisinants et du caractère particulièrement préservé de ce secteur de la commune ;

- méconnaissent les dispositions de l'article UM 12 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Dieppe, dès lors que le nombre de places de stationnement prévu n'est pas vérifiable ;

- méconnaissent les dispositions de l'article UM 13 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Dieppe, dès lors, d'une part, qu'aucune précision n'est donnée quant au nombre d'arbres de haute tige existants, et, d'autre part, que les espaces de pleine terre représentent moins de 50 % de la surface du terrain ;

- les prescriptions spéciales contenues dans l'arrêté du 12 juin 2020 sont illégales, dès lors, d'une part, qu'elles renvoient à celles prévues par l'arrêté du 29 avril 2020 alors que cet arrêté a disparu de l'ordonnancement juridique, et, d'autre part, que la prescription relative à la gestion des eaux pluviales est insuffisamment motivée et insuffisante ;

- les arrêtés contestés méconnaissent les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dès lors que :

- le projet engendre un risque sérieux pour la sécurité des personnes tant par éboulement de la falaise ou chute de blocs qu'effondrement du terrain par la présence de cavités souterraines à proximité immédiate du projet, non traitées ou levées ; le projet ne respecte pas le périmètre de sécurité de 35 mètres concernant les pieds de falaise institué par l'étude de recensement des falaises annexée au plan local d'urbanisme de la commune de Dieppe ;

- le projet, qui accueillera 60 véhicules supplémentaires, induira, compte tenu de sa localisation et de ses accès, un accroissement des difficultés de circulation et une aggravation des risques en matière de sécurité routière ;

- le projet, situé en zone grise du plan de prévention des risques d'inondation de la vallée de l'Arques, porte atteinte à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques et de son implantation ; le niveau du terrain longeant la falaise est plus haut que le plancher habitable, contrairement à ce que prévoit le règlement du plan de prévention des risques d'inondation de la vallée de l'Arques.

Par des mémoires en défense enregistrés les 3 janvier 2023, 23 février 2023, 31 mars 2023 et 24 mai 2023, ce dernier mémoire, produit postérieurement à la clôture d'instruction, intervenue le 10 mai 2023, n'ayant pas été communiqué, la commune de Dieppe, représentée par Me Leblond, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à statuer en application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et en tout état de cause, à la mise à la charge des requérants de la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable au regard des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme, dès lors que les requérants ne justifient d'aucun intérêt à agir à l'encontre des arrêtés qu'ils contestent ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 janvier 2023, la SA 3F Normandie, venant aux droits de la SA HLM Sodineuf habitat normand par fusion absorption du 30 septembre 2022, représentée par Me Gey, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à statuer en application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et à ce qu'elle soit invitée à formuler une demande de permis modificatif, et en tout état de cause, à la mise à la charge des requérants de la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une lettre du 17 mai 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité, au regard des dispositions de l'article R. 600-5 du code de justice administrative, du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UM 9 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Dieppe.

Le 23 mai 2023, Mme N et M. E ont présenté une réponse à ce moyen susceptible d'être relevé d'office.

Par des lettres des 16 et 19 juin 2023, le tribunal a informé les parties qu'il était susceptible de surseoir à statuer en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme pour permettre la régularisation des vices tiré de la méconnaissance, par les permis contestés, de l'article R*431-24 du code de l'urbanisme, dès lors qu'il n'est pas justifié de la conclusion, entre la société pétitionnaire et la commune de Dieppe, d'une convention prévoyant le transfert dans le domaine de la commune de la totalité des voies et espaces communs une fois les travaux achevés, ainsi que de l'article 6 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Dieppe (risques liés aux falaises) et du règlement graphique annexé à ce plan, dès lors qu'il n'est, en l'état du dossier, pas justifié de ce que le projet en litige serait situé hors du périmètre inconstructible défini par l'étude ANTEA et intitulé "Etude ANTEA : Périmètre falaise".

Le 21 juin 2021, la SA 3F Normandie ainsi que Mme N et M. E ont présenté des observations.

Le 22 juin 2021, la commune de Dieppe a présenté des observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code électoral ;

- le code de l'urbanisme ;

- la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020, en particulier son article 19 ;

- le règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Dieppe ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme K,

- les conclusions de M. Cotraud, rapporteur public,

- et les observations de Me Gillet, représentant Mme N et M. E, ainsi que celles de Me Gey, représentant la SA 3F Normandie.

Considérant ce qui suit :

1. Le 16 octobre 2019, la SA Sodineuf habitat normand a déposé une demande de permis de construire un immeuble de 60 logements locatifs et des espaces partagés en serres sur la parcelle cadastrée BP n° 36 située 19 rue Montigny à Dieppe. Par arrêté du 29 avril 2020, le maire de la commune de Dieppe a délivré à cette société le permis de construire sollicité pour une surface de plancher de 4 558,32 m². Par arrêté du 12 juin 2020, le maire a rectifié le permis de construire initial en ce qui concerne la surface de plancher du projet, réduite à 4 327,46 m². Cet arrêté, qui ne fait suite à aucune nouvelle demande de permis de construire et dont il ressort qu'il a pour seul objet de modifier la surface de plancher créée reportée dans l'arrêté précédent du 29 avril 2020, doit être regardé comme un permis de construire rectificatif et non comme un nouveau permis de construire. Par un courrier du 7 août 2020, Mme J N, M. F E, M. et Mme M B, M. C G et Mme L D ont formé un recours gracieux contre les arrêtés des 29 avril 2020 et 12 juin 2020, rejeté le 29 septembre 2020. Par arrêté du 24 août 2020, le maire de la commune de Dieppe a délivré à la SA Sodineuf habitat normand un permis de construire modificatif portant sur la surface de pleine terre et le nombre d'arbres qui en découle et sur le nombre de places de stationnement. Par leur requête, Mme N et M. E demandent l'annulation des arrêtés des 29 avril 2020, 12 juin 2020 et 24 août 2020, ainsi que de la décision du 29 septembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée par la commune de Dieppe :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Il appartient ensuite au juge de l'excès de pouvoir de former sa conviction sur la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci.

4. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

5. En l'espèce, Mme N et M. E sont propriétaires d'un bien en vis-à-vis du terrain d'assiette du projet en cause et peuvent ainsi être regardés comme des voisins immédiats du projet. Ce projet consiste en la construction de deux bâtiments de logements locatifs en R+4 et R+5, soit la création de 60 logements locatifs au total. En invoquant notamment les vues qu'ils auront depuis leur propriété, les requérants font état d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction qui sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance de leur propriété et sont ainsi de nature à leur donner intérêt pour agir, les éléments contraires apportés en défense pour contester la réalité de cette atteinte étant insuffisants.

6. Il suit de là que la fin de non-recevoir opposée par la commune de Dieppe doit être écartée.

En ce qui concerne la légalité des permis de construire en litige :

7. Lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure les respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Il peut, de même, être régularisé par un permis modificatif si la règle relative à l'utilisation du sol qui était méconnue par le permis initial a été entretemps modifiée. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.

S'agissant des moyens dirigés contre les dispositions du permis de construire initial qui n'ont pas été modifiées par les permis de construire modificatifs délivrés ultérieurement :

8. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu () ".

9. D'autre part, aux termes de l'article 19 de la loi du 23 mars 2020 d'urgence pour faire face à l'épidémie de covid-19 : " () IV. - Par dérogation à l'article L. 227 du code électoral : / 1° Dans les communes pour lesquelles le conseil municipal a été élu au complet, les conseillers municipaux en exercice avant le premier tour conservent leur mandat jusqu'à l'entrée en fonction des conseillers municipaux élus au premier tour. Le cas échéant, leur mandat de conseiller communautaire est également prorogé jusqu'à cette même date ; / () Les délégations attribuées aux élus dont le mandat est prolongé non plus qu'aucune délibération ne deviennent caduques de ce seul fait. () ".

10. Par un arrêté du 13 juillet 2017, régulièrement publié et transmis en préfecture, le maire de la commune de Dieppe a accordé à M. H I, huitième adjoint en charge du projet de ville, du renouvellement urbain, de l'attractivité de territoire, de l'urbanisme et de l'habitat, signataire de l'arrêté du 29 avril 2020, délégation de signature à l'effet de signer tous documents d'urbanisme, soit, notamment, les permis de construire. La commune fait valoir que les élections municipales sont intervenues le 15 mars 2020 et que par délibération du 28 mai 2020, régulièrement publiée le 2 juin 2020 et transmise en préfecture le 29 mai 2020, le maire et ses adjoints nouvellement élus ont été installés dans leurs fonctions. Ainsi, et en application des dispositions précitées, l'arrêté du 13 juillet 2017 était toujours en vigueur au 29 avril 2020. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 29 avril 2020 doit être écarté.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire comprend : / a) Les informations mentionnées aux articles R. 431-5 à R. 431-12 ; / b) Les pièces complémentaires mentionnées aux articles R. 431-13 à R. * 431-33-1 ; / c) Les informations prévues aux articles R. 431-34 et R. 431-34-1. / Pour l'application des articles R. 423-19 à R. 423-22, le dossier est réputé complet lorsqu'il comprend les informations mentionnées au a et au b ci-dessus. / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente. ". Aux termes de l'article R. 431-5 de ce code : " La demande de permis de construire précise : / a) L'identité du ou des demandeurs, qui comprend son numéro SIRET lorsqu'il s'agit d'une personne morale en bénéficiant et sa date de naissance lorsqu'il s'agit d'une personne physique ; / b) L'identité de l'architecte auteur du projet, sauf dans les cas prévus à l'article R*431-2 ; / c) La localisation et la superficie du ou des terrains ; / d) La nature des travaux ; / e) La destination des constructions, par référence aux différentes destinations et sous-destinations définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28 ; / f) La surface de plancher des constructions projetées, s'il y a lieu répartie selon les différentes destinations et sous-destinations définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28 ; () ".

12. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

Quant à la notice et au plan de masse :

13. Aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement. ".

14. De plus, aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. / Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. / Lorsque le terrain n'est pas directement desservi par une voie ouverte à la circulation publique, le plan de masse indique l'emplacement et les caractéristiques de la servitude de passage permettant d'y accéder. / Lorsque le projet est situé dans une zone inondable délimitée par un plan de prévention des risques, les cotes du plan de masse sont rattachées au système altimétrique de référence de ce plan. ".

15. Il ressort des pièces du dossier que la société pétitionnaire a joint au dossier de demande de permis de construire un plan de masse, une notice, un " schéma VRD " et un plan des réseaux précisant les modalités de raccordement de son projet aux réseaux publics. Le plan des réseaux figurant au dossier de permis de construire matérialise au demeurant le tracé des réseaux projetés et leurs raccordements aux réseaux existants. Il ressort également des pièces du dossier que le dossier de permis de construire comporte un plan de situation, " PC 1 ", sur lequel est représentée la localisation des arbres sur le terrain d'assiette du projet de la société pétitionnaire. Si le plan de masse ne fait pas apparaître " les plantations maintenues, supprimées ou créées ", cette insuffisance est palliée par la notice de présentation du projet, qui mentionne notamment le nombre d'arbres à planter et que " les arbres de haute tige existants sont préservés ou remplacés par des sujets de développement équivalent ", ce qui a pu permettre au service instructeur d'apprécier la régularité du projet par rapport aux dispositions de l'article UM 13 du règlement du plan local d'urbanisme communal. En tout état de cause, le plan de masse produit à l'appui du dossier de demande de permis de construire modificatif mentionne expressément les arbres plantés et les arbres existants. Aucune incohérence entre le plan de masse et le plan de géomètre, soit le plan de situation " PC 1 ", ne ressort des pièces du dossier, le premier de ces plans comportant une description du projet tandis que le second représentant l'état existant du terrain d'assiette de ce projet. Il ne ressort en outre pas des seules pièces produites que la végétation existante aurait été minimisée par la société pétitionnaire sur ces plans. Par ailleurs, le plan de masse mentionne les cotes du nivellement général de la France (NGF), la parcelle étant classée en zone d'aléa dans le plan de prévention des risques naturels d'inondation de la vallée de l'Arques élaboré par référence à ce système altimétrique.

16. De plus, il ressort des termes mêmes de la notice, " PC4 ", annexée à la demande de permis de construire que la présence de falaises est expressément mentionnée. Il est à cet égard notamment précisé que " le terrain est enchâssé dans un relief constitué par des falaises de craies qui constituent son enveloppe à l'est, à l'ouest, et au sud, la rue de Montigny qui le surplombe sur sa face nord-ouest ". Ces falaises sont également visibles sur les photographies et photomontages annexés au dossier de demande de permis de construire. Par ailleurs, la notice décrit l'état initial du terrain et de ses abords, et notamment " la végétation et les éléments paysagers existants ", ces éléments figurant au demeurant sur le plan " PC 1 ". Elle précise également les " partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages ", soit notamment qu'il s'agit d'un terrain " à proximité du centre-ville, mais en lisière d'urbanisation, son alentour se [caractérisant] par un tissu hétéroclite et varié ", que " le projet ambitionne de fédérer un programme de logements et un lieu public en prolongement des caractéristiques du lieu ". Il est également précisé que les espaces partagés au dernier étage " mêlent une architecture de serre, et des espaces végétalisés, en dialogue avec les espaces verts en crête de falaises qui lui font face " et que " considérant la falaise qui le définit l'environnement, les bâtiments projetés proposent une homothétie volumétrique de cette dernière, qui constitue leur écrin et participe de l'intégration des bâtiments dans leur environnement immédiat ".

17. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées des articles R. 431-4, R. 431-5, R. 431-8 et R. 431-9 du code de l'urbanisme doit être écarté.

Quant à l'accord de la commune de Dieppe :

18. Aux termes de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet de construction porte sur une dépendance du domaine public, le dossier joint à la demande de permis de construire comporte une pièce exprimant l'accord du gestionnaire du domaine pour engager la procédure d'autorisation d'occupation temporaire du domaine public. ".

19. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet de construction porte sur une dépendance du domaine public. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet appartient à l'établissement public foncier de Normandie et non à la commune de Dieppe. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'arrêté du 29 avril 2020 méconnaîtrait les dispositions précitées de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme au motif que le dossier de permis de construire ne comporte pas d'accord de la commune de Dieppe en sa qualité de gestionnaire du domaine public doit être écarté.

Quant au plan de division et à la convention prévoyant le transfert de la totalité des voies et espaces communs dans le domaine communal une fois les travaux achevés :

20. Aux termes de l'article R.*431-24 du code de l'urbanisme : " Lorsque les travaux projetés portent sur la construction, sur une unité foncière ou sur plusieurs unités foncières contiguës, de plusieurs bâtiments dont le terrain d'assiette comprenant une ou plusieurs unités foncières contiguës, doit faire l'objet d'une division en propriété ou en jouissance avant l'achèvement de l'ensemble du projet, le dossier présenté à l'appui de la demande est complété par un plan de division et, lorsque des voies ou espaces communs sont prévus, le projet de constitution d'une association syndicale des acquéreurs à laquelle seront dévolus la propriété, la gestion et l'entretien de ces voies et espaces communs à moins que l'ensemble soit soumis au statut de la copropriété ou que le demandeur justifie de la conclusion avec la commune ou l'établissement public de coopération intercommunale compétent d'une convention prévoyant le transfert dans leur domaine de la totalité des voies et espaces communs une fois les travaux achevés. ".

21. Il ressort des pièces du dossier que le dossier de demande de permis de construire comporte un plan de masse, " PC 2-0 ", sur lequel est représenté une " limite parcelle valant division ". Ainsi, et alors même que ce plan de masse n'est pas également intitulé " plan de division ", ce plan doit être regardé comme valant " plan de division " au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article R*431-24 du code de l'urbanisme. A supposer même que les limites de cette division ne soient pas identiques à celles déterminées dans le cadre d'un arrêté du 24 janvier 2023 valant permis de construire s'agissant de la halle située à l'ouest du projet de la société pétitionnaire, cette circonstance, postérieure de plus de deux ans à la date des arrêtés contestés, qui ont au demeurant une portée purement déclarative, est sans incidence sur leur légalité. Cette branche du moyen doit, dès lors, être écartée.

22. En revanche, s'il est constant que la société pétitionnaire a adressé le 14 février 2020 un courrier à la commune de Dieppe en vue de la rédaction d'un " projet de convention commune exposant la création et l'aménagement des voiries et réseaux divers de desserte et d'alimentation " des bâtiments projetés pour " procéder à la rétrocession de ces derniers destinés au classement dans le domaine public communal ", aucune des pièces du dossier ne permet d'établir que la société pétitionnaire aurait effectivement conclu une telle convention de rétrocession avec la commune à la date de l'arrêté du 29 avril 2020, non plus qu'à la date des arrêtés des 12 juin 2020 et 24 août 2020. Cette omission a, en l'espèce, été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

Quant au certificat prévu à l'article *R. 442-11 du code de l'urbanisme :

23. D'une part, aux termes de l'article R. 431-22 du code de l'urbanisme : " Lorsque les travaux projetés portent sur une construction à édifier sur un terrain inclus dans un lotissement, la demande est accompagnée, s'il y a lieu, du ou des certificats prévus à l'article *R. 442-11. ".

24. D'autre part, aux termes de l'article R.*442-1 du code de l'urbanisme : " Ne constituent pas des lotissements au sens du présent titre et ne sont soumis ni à déclaration préalable ni à permis d'aménager : / () d) Les divisions de terrains effectuées conformément à un permis de construire prévu à l'article R*431-24 ; () ".

25. Il ressort des pièces du dossier que le permis de construire en litige vaut division de la parcelle sur laquelle le projet a vocation à être édifié, conformément aux dispositions précitées de l'article R*431-24 du code de l'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 431-22 du code de l'urbanisme, qui ne sont applicables qu'en cas de travaux portant sur " une construction à édifier sur un terrain inclus dans un lotissement ", doit être écarté comme inopérant.

26. En troisième lieu, aux termes de l'article UM 3, " Conditions de desserte des terrains par les voies publiques ou privées et d'accès aux voies ouvertes au public ", du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Dieppe : " () II - Voirie / Les caractéristiques des voies doivent être adaptées à l'importance ou à la destination des constructions projetées et doivent notamment permettre l'approche du matériel de lutte contre l'incendie, des services de sécurité et de collecte des déchets. / Les nouvelles voies doivent avoir au moins 8 mètres d'emprise et en cas de voirie en impasse, elles seront aménagées pour permettre le demi-tour des véhicules. () ".

27. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le projet sera desservi par la rue Montigny, qui est une voie dont il n'est pas contesté qu'elle est d'une largeur permettant l'approche du matériel de lutte contre l'incendie, des services de sécurité et de collecte de déchets. Si cette voie est en partie à sens unique et sans trottoir, soit uniquement sur la partie située au sud de l'accès au projet en litige, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ne serait pas adaptée à l'importance et la destination du projet, qui prévoit la création de 60 logements locatifs. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu'existeraient des difficultés en termes de visibilité en sortie de la rue Montigny, celle-ci étant au demeurant à sens unique à gauche de la voie de desserte du projet, aucun véhicule ne pouvant donc provenir de cette direction. Il n'est pas plus établi que l'affluence des piétons et des véhicules sur cette voie serait telle qu'elle ne serait pas adaptée au projet de la société pétitionnaire. Enfin, la circonstance qu'un arrêté du 24 janvier 2023 valant permis de construire s'agissant de la halle située à l'ouest du projet de la société pétitionnaire a été délivré par le maire de la commune de Dieppe, portant création de 23 chambres d'hôtel, est postérieure aux arrêtés contestés et est ainsi sans incidence sur leur légalité.

28. D'autre part, et en tout état de cause, il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire que la voie interne du projet mesurera entre 6,50 et 8,50 mètres de large et intègrera, dans cette largeur, un trottoir de 1,50 mètre de large et, sur la partie d'une largeur de 8,50 mètres, des places de 2 mètres de large. La voie interne du projet, qui est en impasse, comprendra également une " aire de retournement " permettant le demi-tour des véhicules, ainsi que des virages, dont il n'est pas établi qu'ils ne seraient pas adaptés audit projet. La circonstance que l'accès au parking souterrain projeté ne permette pas le croisement des véhicules entrant et sortant dudit parking est sans incidence sur la légalité du permis de construire en litige au regard des dispositions précitées, qui n'imposent pas une telle obligation. Enfin, et ainsi que cela a déjà été rappelé, la circonstance qu'un arrêté du 24 janvier 2023 valant permis de construire s'agissant de la halle située à l'ouest du projet de la société pétitionnaire a été délivré par le maire de la commune de Dieppe, qui prévoit des places de stationnement en créneau en limite de la voie interne au projet, est postérieure aux arrêtés contestés et est ainsi sans incidence sur leur légalité.

29. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UM 3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Dieppe doit être écarté.

30. En quatrième lieu, aux termes de l'article UM 4, " Conditions de desserte des terrains par les réseaux publics d'eau, d'électricité, d'assainissement et de réalisation d'un assainissement individuel ", du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Dieppe : " () II - Assainissement / () Eaux pluviales / Quantitativement / Afin de limiter les apports et le débit de fuite vers le réseau public des eaux pluviales provenant des surfaces imperméabilisées, des techniques alternatives au rejet au réseau doivent être privilégiées (noues, fossés drainant, puits d'infiltration,). Le débit de fuite au réseau d'assainissement est fixé à 2 l/s/ha, pour une pluie décennale de 35 mm en 4 heures. Les aménagements réalisés doivent permettre de limiter le débit de fuite par des dispositifs adaptés à la construction, à la topographie du terrain et à la nature du sous-sol. / () IV - Collecte des déchets / Tout projet de construction ou de réhabilitation d'immeubles d'au moins deux logements devra prévoir un local destiné aux containers de tri sélectif des déchets ainsi qu'à ceux destinés à recevoir les ordures ménagères en attente de collecte. Ce local devra être dimensionné en conséquence. () ".

31. D'une part, il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire, et notamment du plan de masse et de la note sur la gestion des eaux pluviales, que des techniques alternatives au rejet des eaux pluviales au réseau ont été prévues par la société pétitionnaire, en particulier l'absorption des eaux par des terrasses végétalisées, par des noues et bassins de rétention. La notice du dossier de permis de construire prévoit également que " pour les eaux pluviales, les apports et le débit de fuite vers le réseau public provenant des surfaces imperméabilisées, résultent des notes de calcul et études pédologiques jointes en annexes, et conforme au débit de fuite autorisée ", soit 2 l/s/ha. Ainsi, il n'est pas sérieusement contesté que les aménagements réalisés permettent de limiter le débit de fuite par des dispositifs adaptés à la construction, à la topographie du terrain et à la nature du sous-sol, la surverse des eaux pluviales n'ayant au demeurant été autorisée par la commune qu'en cas d'épisodes pluviaux supérieurs à un évènement centennal.

32. D'autre part, il est constant que cinq containers seront réalisés dans le cadre du projet pour la collecte des déchets, qui, d'après la notice, seront " dimensionnés selon les besoins identifiés " et destinés tant au tri sélectif des déchets qu'aux ordures ménagères. S'il est également constant que, " préalablement à l'aménagement global du site, l'accès des engins de collecte est prévu conformément au cahier des charges de Dieppe Maritime ainsi qu'une aire de stockage extérieure prévue en limite de propriété ", les requérants ne contestent pas qu'il s'agit de modalités d'exécution des travaux qui sont sans incidence sur la légalité du permis de construire contesté.

33. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UM 4 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Dieppe doit être écarté.

34. En cinquième lieu, aux termes de l'article UM 9, " Emprise au sol des constructions ", du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Dieppe : " L'emprise au sol maximale de l'ensemble des constructions de toute nature sur une même unité foncière est fixée à 35 %. ".

35. L'emprise au sol du projet autorisé par l'arrêté du 24 janvier 2023, soit postérieurement aux arrêtés en litige, n'a pas à être prise en compte dans l'appréciation de la régularité du projet au regard des dispositions de l'article UM 9 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Dieppe, ces projets étant situés sur deux unités foncières distinctes au vu de la division parcellaire effectuée. Ce moyen doit, dès lors, être écarté comme inopérant.

36. En sixième lieu, aux termes de l'article UM 10, " Hauteur maximale des constructions ", du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Dieppe : " Les constructions doivent s'inscrire à l'intérieur d'un gabarit implanté à la limite du retrait imposé à l'article UM6, composé de trois éléments : / - un segment vertical (V), / - une ligne horizontale (H) / - un segment de droite (C) à 45° ayant comme point d'appui le haut du segment vertical. / Le segment vertical est limité à 13 mètres. / Le plafond général figuré par la ligne horizontale est fixé à 15 mètres. / () Saillies sur gabarit de couronnement ou édicule sur toiture : / Au minimum 80 % de la surface de toiture doit être libre de saillies du types : chien-assis, lucarne, outeau, groupe technique, édicule ) () ".

37. Le lexique de ce règlement définit la notion de " gabarit enveloppe " comme étant l' " ensemble des lignes qui forment l'enveloppe dans laquelle doivent s'inscrire les constructions ". Il prévoit que " ces lignes sont tracées dans le plan perpendiculaire, soit à l'alignement ou à la limite qui s'y substitue, soit à la limite du terrain ". Selon le lexique de ce règlement, " la hauteur des constructions est mesurée à partir du sol naturel jusqu'au faîtage ou acrotère de terrasse ".

38. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le projet en cause, hors édicules techniques, ceux-ci étant situés au-dessus de l'acrotère, présente un gabarit inférieur à 15 mètres de hauteur, en prenant en compte la cote NGF de 41,31 s'agissant du point le plus haut du projet, constitué par les édicules, et la cote NGF de 27,40 comme point le plus bas du projet, correspondant au niveau du terrain naturel. Ainsi, et contrairement à ce que soutiennent les requérants, les constructions projetées ne méconnaissent pas le plafond général figuré par la ligne horizontale mentionnée au point 36 du présent jugement, fixée à 15 mètres.

39. D'autre part, la notice du permis de construire en cause précise que " Considérant une architecture contemporaine avec des toits plats qui intègrent le traitement des eaux pluviales et une végétalisation des terrasses, très localement (et de manière très inférieure aux 80 % de surface de toitures libres de saillies admis par le PLU) nous avons conçu des acrotères verticaux toujours contenus dans le plafond des 15 m, et ce, pour masquer des édicules ou saillies techniques ". Ainsi, contrairement à ce que soutiennent les requérants, il ne ressort pas des pièces du dossier que les édicules techniques figurant sur les deux bâtiments projetés et reproduits sur les plans annexés au dossier de demande de permis de construire n'auraient pas été pris en compte dans le calcul des surfaces de toiture libre.

40. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UM 10 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Dieppe doit être écarté.

41. En septième lieu, aux termes de l'article UM 11, " Aspect extérieur ", du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Dieppe : " Les constructions, bâtiments et ouvrages à édifier ou à modifier, ne doivent pas porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, du fait de leur situation, de leur architecture, de leurs dimensions ou de leur aspect extérieur. ".

42. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à l'intérêt des lieux avoisinants, des sites, des paysages naturels ou urbains au sens des dispositions précitées, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité des lieux avoisinants, des sites, des paysages naturels ou urbains sur lesquels la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

43. Il ressort des pièces du dossier que le projet en cause doit être réalisé dans un quartier de la commune de Dieppe situé en " lisière d'urbanisation " présentant des constructions relativement hétérogènes, et que l'architecte des bâtiments de France a émis un avis favorable assorti de prescriptions à ce projet. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les deux bâtiments projetés sont, dans les circonstances de l'espèce, compte tenu de la diversité du bâti existant, notamment en termes de façades, de hauteurs et de toitures, dans les environs proches, de nature, eu égard à leurs implantations respectives, leur volume et au parti pris architectural adopté, notamment s'agissant des matériaux des façades, à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants ou au paysage urbain, qui n'est altéré ni dans sa structure ni dans ses caractères essentiels. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article UM 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Dieppe doit être écarté.

44. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".

45. En vertu de ces dispositions, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité du projet aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

46. Par ailleurs, aux termes de l'article 6 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Dieppe : " () Les falaises présentent des risques différents selon qu'elles sont qualifiées de vives ou de mortes. Les falaises vices ou littorales sont attaquées en pied de falaise par la mer, des reculs importants de falaises sont possibles. Les falaises mortes ne sont plus en contact avec la mer, elles représentent néanmoins des risques. Des périmètres de sécurités sont définis, en pied et en crête de falaise. Les relevés sont regroupés dans un document annexe au PLU intitulé : Plan de zonage des risques souterrains et falaises. / Dans ces périmètres identifiés sur la carte de localisation des risques liés aux cavités souterraines et aux falaises, et en l'absence d'étude particulière, toute construction est interdite () ". aux termes du rapport de recensement des falaises sur le territoire communal annexé au plan local d'urbanisme de la commune de Dieppe, : " 5.1 Détermination des périmètres de sécurité / () 5.1.1. Périmètre en pied / Pour tous les pieds de falaise (morts ou littorales " vives "), le périmètre a été établi de la façon suivante : 1,5 x H (où H est la hauteur de la falaise en mètres). Ce périmètre est pris depuis le pied de la falaise. () ". Le règlement de la zone UM du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Dieppe dispose que : " Il convient d'appliquer en complément des règles définies par le présent règlement, les prescriptions qui résultent () du recensement des falaises du territoire communal () ".

47. Enfin, aux termes du règlement du plan de prévention des risques d'inondation de la vallée de l'Arques : " () La zone GRISE correspond : / - soit aux secteurs exposés aux effets des ruissellements diffus ; / - soit à une zone de précaution. / () Il convient dans la zone GRISE de prendre des précautions pour y réduire l'exposition aux phénomènes de ruissellements des zones urbanisées existantes et projetées. / 2.9 Prescriptions particulières aux projets en zone GRISE / Les projets doivent respecter les prescriptions suivantes : / - Prescriptions applicables à tous les projets : / - Le projet ne doit pas aggraver les risques liés aux inondations en amont ou en aval. / - Prescriptions applicables aux constructions : / - Les projets de constructions ne doivent pas faire obstacle aux ruissellements. / - Le plancher habitable sera placé à 50 cm au-dessus du niveau maximal du terrain naturel sur l'emprise de la construction projetée. / - Les sous-sols peuvent être autorisés sous réserve que leurs accès soient conçus pour que les écoulements superficiels ne [puissent] y pénétrer (orientation de la trémie d'accès, cote de la voie d'accès inférieur au plancher du sous-sol, aérations, ouvertures). () ". Le règlement de la zone UM du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Dieppe dispose que : " Il convient d'appliquer en complément des règles définies par le présent règlement, les prescriptions qui résultent () du plan de prévention des risques () ".

48. En l'espèce, il est constant que le projet est entouré, sur trois côtés, de falaises de craie. Il ressort des pièces du dossier qu'une " étude particulière ", au sens des dispositions précitées du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Dieppe, relative à la stabilité des falaises du site " Biomarine ", sur lequel le projet en litige doit être réalisé, a été effectuée en 2011 par la société Ingetec. Dans la partie " Conclusions et recommandations " de cette étude, il est rappelé qu' " une distance de sécurité en pied de falaise a été prescrite par le CETE qui estime qu'elle doit être d'une fois et demi la hauteur de cette falaise ", distance reprise postérieurement par le rapport de recensement des falaises mentionné au point 46 du présent jugement. Il est également précisé que le contexte géomorphologique de ce site est " particulier " et il est proposé d'instaurer une zone de sécurité de 10 mètres à partir de la base de la falaise, " à condition de mettre en œuvre dans ce périmètre certains aménagements (fossés, merlons) dont le but est de contrôler la trajectoire des blocs instables qui risque de porter atteinte à l'intégrité du bâti et éventuellement de provoquer des pertes humaines ". Il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire que le projet en cause est situé à plus de 10 mètres du pied de falaise et que des merlons de protection sont prévus. Au surplus, il ressort des pièces du dossier, et notamment du document d'information communal sur les risques majeurs de la commune de Dieppe, qu'aucun éboulement ne s'est produit dans le secteur. Ainsi, en application des dispositions précitées, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet a été pris en violation du périmètre de sécurité institué par le recensement des falaises.

49. Par ailleurs, eu égard à ce qui a été dit aux points 27 et 28 du présent jugement, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet induira un accroissement des difficultés de circulation et une aggravation des risques en matière de sécurité routière.

50. Enfin, il est constant que le terrain d'assiette du projet est situé en zone grise du plan de prévention des risques d'inondation de la vallée de l'Arques et qu'il est exposé à des phénomènes de ruissellements diffus ou est potentiellement exposé aux effets des ruissellements torrentiels concentrés ou diffus. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des pièces relatives à la gestion de eaux pluviales, que le projet n'a pas pour effet d'aggraver les risques liés aux inondations en amont ou en aval. Enfin, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le plancher habitable projeté serait placé à moins de 50 cm au-dessus du niveau du terrain naturel.

51. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être écarté.

S'agissant du moyen dirigé contre les dispositions du permis de construire initial modifiées par les permis de construire modificatifs :

52. En premier lieu, aux termes de l'article UM 12, " Obligations imposées aux constructeurs en matière de réalisation d'aires de stationnement ", du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Dieppe : " Lors de toute opération de construction, de transformation de locaux ou de changement d'affectation, les aires de stationnement seront réalisées en dehors des voies publiques selon les dispositions suivantes / I - Normes de stationnement / Mode de calcul des places : Les places sont calculée par tranche entamée. / 1. Pour les constructions à usage d'habitation : / Pour l'habitation 1 place de stationnement par tranche de 70 m² de surface de plancher, à partir de 40 m² par surface de plancher. / () 9. Stationnement des deux roues motorisés et des deux roues non motorisés : / Pour les constructions à usage d'habitation : / Logements collectifs : / Pour les programmes de plus de 3 logements, / 1 emplacement 2 roues motorisés pour 5 logements / 1 emplacement 2 roues non motorisés par logement () ".

53. D'une part, il est constant que la surface de plancher du projet en cause est de 4 327,46 m². En application des dispositions précitées, ce projet doit ainsi prévoir la création de 62 places de stationnement. Il ressort des pièces du dossier de permis de construire modificatif que le projet prévoit dorénavant la construction de 60 places de stationnement en sous-sol et de 12 places de stationnement sur un parking extérieur, ces places étant de 2,50 mètres de large, ainsi qu'au demeurant de 13 places de stationnement extérieur le long de la voie de desserte interne, ces places étant de 2 mètres de large, correspondant, ainsi que le font valoir la commune et la société pétitionnaire sans être sérieusement contestées, à la largeur normée des places de stationnement dites " longitudinales ".

54. D'autre part, il est constant que le projet en cause porte sur la création de 60 logements locatifs. En application des dispositions précitées, ce projet doit ainsi prévoir la création de 12 places de stationnement pour les véhicules deux roues motorisés et 60 places de stationnement pour les véhicules deux roues non motorisés. Il ressort des pièces du dossier de permis de construire modificatif que le projet prévoit dorénavant 12 places de stationnement pour les véhicules deux roues motorisés, et 3 places supplémentaires le cas échéant, ainsi que la création d'un local vélo en sous-sol de 27,91 m², dont il n'est pas contesté qu'il répond aux exigences des dispositions citées au point 52 du présent jugement.

55. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UM 12 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Dieppe doit être écarté.

56. En second lieu, aux termes de l'article UM 13, " Obligations imposées aux constructeurs en matière de réalisation d'espaces libres, d'aires de jeux, de loisirs et de plantations ", du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Dieppe : " Les arbres de haute tige existants doivent être préservés au maximum ou remplacés par des sujets de développement équivalent. / Les espaces de pleine terre représenteront au minimum 50 % de la surface du terrain et seront aménagés en espaces verts et/ou en aires de jeux. Deux arbres de haute tige seront plantés pour 100 m² de pleine terre. / Les arbres dits " à haute tige " seront des spécimens d'une hauteur minimum de 2,5 mètres et d'un diamètre de tronc au moins égal à 16-18 centimètres et dont les essences doivent être spécifiées. / Les aires de stationnement extérieures doivent être traitées avec un aménagement paysager comprenant des plantations et comportant au minimum un arbre de haute tige pour quatre places de stationnement. Ces arbres pourront être regroupés en bosquets. / La marge de recul le long de l'alignement devra majoritairement être traitée en espace vert. ".

57. D'une part, il ressort des pièces du dossier de permis de construire modificatif que la surface de pleine terre du projet est de 4 307 m², soit plus de 50 % de la surface du terrain, qui est de 8 354 m².

58. D'autre part, au vu de la surface de pleine terre du projet, ce dernier doit prévoir la plantation de 87 arbres de haute tige. Ainsi que cela a été dit précédemment, le plan de masse produit à l'appui du dossier de demande de permis de construire modificatif mentionne expressément les arbres plantés et les arbres existants, qui sont au nombre total de 87. La notice de ce dossier mentionne que 87 arbres de haute tige seront plantés et que " les aires de stationnement extérieures sont traitées avec un aménagement paysager comprenant des plantations et comportant au minimum un arbre de haute tige pour quatre places de stationnement ".

59. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UM 12 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Dieppe doit être écarté.

S'agissant des moyens dirigés exclusivement contre les dispositions des permis de construire modificatifs :

S'agissant de l'arrêté du 12 juin 2020 :

60. En premier lieu, par un arrêté du 5 juin 2020, régulièrement publié le 9 juin 2020 et transmis le même jour en préfecture, le maire de la commune de Dieppe a accordé à M. H I, troisième adjoint, chargé de l'urbanisme et de l'habitat, du renouvellement urbain et de l'opération de revitalisation du territoire, signataire de l'arrêté du 12 juin 2020, délégation de signature à l'effet de signer les documents et actes relevant notamment de l'urbanisme opérationnel, soit, en particulier, les permis de construire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 12 juin 2020 doit être écarté.

61. En second lieu, aux termes de l'article R. 424-5 du code de l'urbanisme : " () Si la décision () est assortie de prescriptions (), elle doit être motivée. () ".

62. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, l'arrêté du 29 avril 2020 ne doit pas être regardé comme ayant été retiré par l'arrêté du 12 juin 2020 mais seulement modifié par ce dernier arrêté. Ainsi, le maire de la commune de Dieppe a valablement pu prévoir, à l'article 3 de l'arrêté du 12 juin 2020, que " les prescriptions particulières mentionnées au permis de construire initial [restaient] applicables dans leur intégralité ". De plus, eu égard aux rectifications apportées par le permis rectificatif, qui ne sont pas contestées, les requérants ne peuvent utilement soutenir que l'arrêté du 12 juin 2020 serait illégal en ce que la prescription relative à la gestion des eaux pluviales serait insuffisamment motivée et insuffisante. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

S'agissant de l'arrêté du 24 août 2020 :

63. Il est constant que l'arrêté du 24 août 2020 a été signé par le maire de la commune de Dieppe, autorité compétente en application des dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme. Ce moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté.

64. Il résulte de tout ce qui précède que Mme N et M. E sont fondés à soutenir que l'arrêté du 29 avril 2020 est illégal.

Sur les articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

65. D'une part, aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. () ".

66. D'autre part, aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. () ".

67. Le vice relevé au point 22 du présent jugement, tiré de l'incomplétude du dossier de demande de permis de construire en raison de l'absence de convention signée entre la société pétitionnaire et la commune de Dieppe, prévoyant le transfert dans le domaine communal de la totalité des voies et espaces communs une fois les travaux achevés, n'affecte qu'une partie du projet et est susceptible d'être régularisé. Cette régularisation du permis de construire attaqué n'implique pas, en l'état du dossier, d'apporter au projet litigieux un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Dans ces conditions, il y a lieu de faire application non pas des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme mais des dispositions de l'article L. 600-5 du même code et de prononcer l'annulation partielle de l'arrêté du 29 avril 2020, en tant qu'il porte sur les voies et espaces communs. En application de l'article L. 600-5 précité, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder au titulaire de l'autorisation un délai courant jusqu'au 6 octobre 2023 pour solliciter la régularisation du permis sur ce point.

Sur les frais liés au litige :

68. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, les sommes que la commune de Dieppe et la SA 3F Normandie demandent au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de ces mêmes dispositions, de mettre à la charge de la commune de Dieppe une somme globale de 1 500 euros à verser aux requérants.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 29 avril 2020 du maire de la commune de Dieppe est annulé en tant seulement qu'il porte sur les voies et espaces communs.

Article 2 : Le délai accordé à la SA 3F Normandie pour solliciter la régularisation du permis litigieux en application de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme expirera le 6 octobre 2023.

Article 3 : La commune de Dieppe versera à Mme N et M. E une somme globale de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par la commune de Dieppe tendant à l'application des articles L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Les conclusions présentées par la SA 3F Normandie tendant à l'application des articles L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme J N, à M. F E, à la commune de Dieppe et à la SA 3F Normandie.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Bailly, présidente,

- Mme K et Mme A, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.

La rapporteure,

D. KLa présidente,

P. BaillyLe greffier,

J.-L. Michel

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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